b) Les Centres locaux de développement de la région de Montréal : 1998--




La Politique de soutien au développement local et régional (Gouvernement du Québec, 1998) transférait la responsabilité de l’allocation budgétaire en économie sociale aux Centres locaux de développement (CLD) de chaque MRC. Issus des anciens commissariats industriels, les CLD sont des guichets multiservices qui ont, entre autres, le mandat de soutenir l’implantation d’entreprises en économie sociale. La composition des conseils d’administration des CLD est variable, mais la Politique exige que les secteurs suivants y soient représentés : milieu des affaires (industriel, manufacturier et commercial), syndicats, municipalités, milieux agricole, coopératif, communautaire, et institutionnel (santé, éducation). Aucun secteur ne pouvait être majoritaire au conseil d’administration d’un CLD. Les députés, les responsables du Centre local d’emploi (CLE), des représentants du MAMM[8] ainsi que le directeur du CLD ou de la CDÉC y siégeaient également, mais sans droit de vote (MDEIE, 2005).

La structure de financement régionale de l’économie sociale à Montréal à la période des CLD a aussi différé de celle des autres régions étudiées. L’enveloppe budgétaire dédiée au financement des projets en économie sociale[9] transitait tout d’abord par le ministère des Affaires municipales et de la Métropole (MAMM). Par la suite, cette enveloppe budgétaire a transité par le CLD « virtuel » de Montréal, qui distribuait les fonds entre 15 mandataires : des Corporations de développement économique communautaire (CDÉC), des CLD dans certains arrondissements[10], ainsi que d’autres mandataires desservant chacun un arrondissement précis[11]. Le montant attribué à chaque mandataire était déterminé au prorata de la population de son arrondissement. Chaque mandataire était responsable de l’allocation des subventions en économie sociale sur son territoire, à partir de lignes directrices émises par le Ministère des Affaires Municipales et de la Métropole et de critères qu’il avait lui-même déterminés. À cet effet, chaque CLD, CDÉC ou mandataire a créé un comité d’analyse et d’évaluation des projets en économie sociale. Les organismes admissibles à ces subventions étaient des coopératives ou des organismes à but non lucratif. Les critères d’admissibilité des projets étaient liés à la finalité sociale du projet et à l’arrimage du projet au  Plan local d’action[12] du CLD de Montréal. Enfin, seuls certains postes budgétaires pouvaient faire l’objet d’une subvention[13] (MDEIE, 2005).

Certains informateurs-clés de la région ont mentionné que les CDÉC ont hésité avant d’accepter le mandat de gestion des mesures en économie sociale. Bien qu’elles avaient déjà un mandat de développement économique et social, elles craignaient que ce nouveau rôle ne les amène à privilégier le secteur économique plus traditionnel au détriment du développement économique communautaire. Après d’importantes discussions, plusieurs ont  cependant accepté le mandat. Notons par ailleurs que la conception plus « sociale » de l’économie sociale propre aux CDÉC a eu une influence certaine sur la sélection des projets et sur l’allocation des subventions, provoquant par le fait même des tensions avec les CLD, porteurs d’une vision plus « économique » de l’économie sociale.

Comme ailleurs, le CRÉS de Montréal s’est transformé en 1998 en comité aviseur du CRDÎM et a été rebaptisé « Comité d’économie sociale de l’Île de Montréal (CÉSÎM) ». Une permanence a été assurée financièrement par le CRDÎM[14]. Le CÉSÎM était composé d’une variété d’acteurs, sans représentants gouvernementaux ou groupes de femmes cependant. En plus d’assurer la liaison entre divers acteurs en économie sociale, le CÉSÎM a oeuvré au soutien et à la défense des entreprises d’économie sociale de la région montréalaise dont les champs d’activité ne correspondaient pas aux axes priorisés par le Chantier de l’économie sociale; il s’était donné comme mission d’être le porte-parole de ces entreprises. Il s’est aussi assuré d’intégrer l’économie sociale au sein du volet « développement économique » de la planification stratégique du CRDÎM. Au moment des entrevues, le CÉSÎM travaillait à la mise en place d’un collectif d’entreprises d’économie sociale et participait très activement à l’Inter-CRÉS, une organisation qui tentait de regrouper l’ensemble des CRÉS du Québec, dont le succès a été mitigé en raison d’un manque de moyens.

Plusieurs informateurs-clés ont mentionné la difficulté d’arrimer à Montréal des priorités à la fois locales et régionales. On retrouve en effet sur le territoire montréalais plusieurs organismes à vocation régionale et parfois même provinciale. Comme le financement en économie sociale est devenu local avec la mise sur pieds des CLD, les promoteurs régionaux ou provinciaux ont été répartis entre les différents CLD et CDÉC selon le siège social de leur organisme. Ceci a créé des tensions au sein des CLD et CDÉC concernés, car ceux dont le territoire comprenait plusieurs organismes à vocation régionale et provinciale ont reçu davantage de demandes de financement de projets, ce qui pouvait désavantager les promoteurs locaux, puisque les fonds à impartir n’étaient pas augmentés d’autant. Par ailleurs, ces CLD et CDÉC ont trouvé difficile d’arrimer leurs priorités locales à la vocation régionale ou provinciale de ces projets. Pour les responsables des CLD et CDÉC montréalais, il s’est agit là d’un mariage forcé, puisque la gestion de projets régionaux les détournait de leur mission première, celle de travailler au développement local; de plus, ils craignaient que l’allocation de subventions aux projets régionaux ou provinciaux ne se fasse au détriment du financement des projets locaux.

Dans le but d’harmoniser la gestion du financement en économie sociale entre les mandataires du CLD de Montréal et de consolider le financement des projets régionaux, une entente spécifique de 3 ans a été signée en 2000 entre le MAMM, le CRDÎM, Emploi-Québec et le Fonds de lutte contre la pauvreté[15]. On espérait ainsi soutenir les projets régionaux, en assurant une récurrence des subventions. En 2000, un fonds « Viabilité » a été ajouté à la structure de financement montréalaise en économie sociale pour consolider le financement des projets en économie sociale préalablement financés pendant la période du CRÉS et aussi par les CLD et les CDÉC[16]. Des subventions « Viabilité » ont aussi été accordées à des projets non préalablement financés par les CLD et les CDÉC.

La Loi 34 adoptée en 2004 a transféré la responsabilité du développement local et régional à la Ville de Montréal. Cette dernière a signé des protocoles d’entente avec les CLD et les CDÉC mandataires portant sur le développement local, mais non spécifiquement sur l’économie sociale. Suite aux pressions du CÉSÎM, le plan stratégique 2004-2005 de la Ville de Montréal réfère (quoique succinctement), à l’économie sociale, mais les CLD et les CDÉC mandataires n’ont plus l’obligation de réserver un montant précis de leur budget à l’économie sociale.

Au moment des entrevues, cette entente spécifique tirait à sa fin et n’avait pas produit les résultats escomptés : l’adhésion à l’entente spécifique étant volontaire, peu de CLD et de CDÉC l’avaient ratifié et il n’a donc pas été possible d’harmoniser toutes les procédures d’allocation budgétaire entre ceux-ci. Chacun avait conservé ses propres critères d’allocation des fonds. On craignait aussi que la fin du financement de plusieurs projets ne représente la fin de ces projets. Cette entente spécifique aura cependant permis, selon plusieurs informateurs-clé, d’améliorer la concertation entre les CLD et les CDÉC.


[8] Le MAMM n’existe plus, il a été remplacé en 2005 par le Ministère des affaires municipales et des régions ; et pour les aspects économiques, par le ministère du développement économique, de l’innovation et de l’exportation.
[9] Jusqu’en décembre 2001, cette enveloppe n’était pas fermée et n’était donc pas réservée au financement des projets en économie sociale. Certains CLD ont donc utilisé les fonds en économie sociale pour d’autres fins que le financement direct de projets. Dans certains cas, ils ont utilisé une partie du fonds pour payer le salaire d’un agent ou d’une agente en économie sociale ou encore pour faire la promotion du Fonds d’économie sociale dans le milieu. À partir de janvier 2002, l’enveloppe en économie sociale a été fermée : le Fonds d’économie sociale ne sera utilisé que pour le financement exclusif des projets en économie sociale.
[10] Les CLD et CDÉC de la région montréalaise ont été les portes d’entrée locales pour toute demande formulée par un organisme désirant faire financer un projet d’économie sociale.
[11] Certains arrondissements n’ont nommé aucun mandataire pour gérer les fonds d’économie sociale. On pense ici notamment à l’arrondissement de St-Léonard et à celui de St-Laurent. Dans ces secteurs, aucun projet local n’a été financé en économie sociale.
[12] Chaque CLD est doté d’un plan d’action local sur l’économie et l’emploi (PLACÉE, PALÉE ou PLAÉE, selon les CLD) habituellement établi pour 3 ans.
[13] Les dépenses admissibles sont les suivantes : dépenses en capital (terrain, bâtisse, équipement, matériel roulant, frais d’incorporation et autres dépenses de même nature, à l’exception des dépenses d’achalandage), l’acquisition de technologies et de brevets (à l’exception des activités de recherche et de développement), ainsi que les besoins en fonds de roulement se rapportant strictement aux opérations de l’entreprise. L’achat de services-conseils pertinents aux projets de consolidation était également admissible.
[14] Au moment des entrevues, la région de Montréal était la seule à bénéficier d’une permanence à temps plein au CÉSÎM.

[15] Dans le cadre de cette entente, les CLD ou les CDÉC demeurent la porte d’entrée pour toute demande de financement. Les promoteurs de projets doivent préparer un plan d‘affaires triennal. L’accompagnement de la démarche se fait par les CLD ou les CDÉC.

[16] Depuis janvier 2002, les CLD des autres régions du Québec sont aussi responsables de la gestion de la mesure de soutien à la consolidation des entreprises de l’économie sociale, qui permet un financement au-delà de la période initiale d’un an[16].










Retour au début




Accueil Montréal | Préambule | Région 06 | Les mesures | CRÉS | CLD | Définitions | Les projets | En bref | Annexe I | Références | Carte |



Accueil | Crédits | Partenaires | Remerciements | Introduction | Aujourd'hui || | Centre du Québec | Gaspésie / Iles-de-la-Madeleine | | Laval | Lanaudière | Laurentides | Montréal | Outaouais || Carte | Plan du site | Nous contacter |


 Imprimer cette page    |    Document au format PDF    | 

© Denyse Côté, Danielle Fournier 2006  |   Adresse du site : http://www.uqo.ca/econsoc/