b) Les Centres locaux de développement de la région de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine : 1999--



La Politique de soutien au développement local et régional (Gouvernement du Québec, 1998) transférait la responsabilité de l’allocation budgétaire en économie sociale aux Centres locaux de développement (CLD) de chaque MRC. Issus des anciens commissariats industriels, les CLD sont des guichets multiservices qui ont, entre autres, le mandat de soutenir l’implantation d’entreprises en économie sociale. La composition des conseils d’administration des CLD était variable, mais la Politique exige que les secteurs suivants y soient représentés : milieu des affaires (industriel, manufacturier et commercial), syndicats, municipalités, milieux agricole, coopératif, communautaire et institutionnel (santé, éducation). Aucun secteur ne pouvait être majoritaire au conseil d’administration d’un CLD. Les députés, les responsables des CLD, le sous-ministre adjoint au ministère des Régions (jusqu’en 2004)[6], ainsi que le directeur du CLD y siégeaient également, mais sans droit de vote (MDEIE, 2005).

Dans la foulée des balises émises par le ministère des Régions, six CLD[7] sont implantés sur le territoire de Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine, un par MRC. Ils géraient des enveloppes dédiées au financement des projets en économie sociale[8] qui ont transité jusqu’en 2004 par le ministère des Régions. Le montant attribué à chaque CLD à même cette enveloppe était déterminé au prorata de sa population. Chaque CLD était alors responsable de l’allocation des subventions en économie sociale sur son territoire, à partir de lignes directrices émises par le ministère des Régions et de critères qu’il avait déterminés. Les organismes admissibles à ces subventions étaient des coopératives ou des organismes sans but lucratif. Les critères d’admissibilité des projets ont été développés en lien avec la finalité sociale du projet et son arrimage au plan d’action local sur l’économie et l’emploi[9] du CLD de chaque MRC. Enfin, seuls certains postes budgétaires pouvaient faire l’objet d’une subvention[10] (MDEIE, 2005).

À l’initiative des groupes de femmes, le CRÉS a décidé de réaliser en 1999 une consultation dans l’ensemble des MRC de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine afin de faire le point sur la situation avec toutes les instances impliquées en économie sociale. Aucun consensus concernant une conception commune de l’économie sociale n’a cependant émergé de la journée de réflexion qui a clôturé cette démarche. Et à l’issue de cette tournée régionale, la Table des groupes de femmes de la région s’est retirée du dossier de l’économie sociale. Devenu une instance consultative du Conseil régional de concertation et de développement (CRCD), le CRÉS[11] s’est alors retrouvé sans présidence, mais avec un nouveau mandat : actualiser un plan d’action de cinq ans en économie sociale dans le cadre de la Planification stratégique régionale et promouvoir l’économie sociale dans la région (concertation, développement, soutien).

La présence au sein des CLD, créés en 1999, d’acteurs de provenances variées a entraîné un certain choc des idées et des cultures organisationnelles. Avec le temps, les discussions ont cependant favorisé l’ouverture réciproque des acteurs. L’importante présence du milieu communautaire au sein des conseils d’administration et des comités d’économie sociale des CLD a constitué aux yeux de plusieurs informateurs-clés un atout pour faire valoir les projets du milieu communautaire et pour faire comprendre les problématiques auxquelles il est confronté. Ainsi, un CLD s’est dit d’accord pour subventionner des projets qui ne pouvaient pas s’autofinancer en trois ans, ce qui pourtant était une des règles de base du programme de financement[12]. La majorité des organismes communautaires de la région n’ont toutefois pas été éligibles au fonds d’économie sociale, ne répondant pas aux critères d’autofinancement exigés par les cinq autres CLD.

Les modes de gestion des fonds en économie sociale par les CLD ont soulevé plusieurs critiques de la part des acteurs régionaux. Selon certains, des facteurs externes auraient représenté des contraintes importantes à la gestion de ces fonds : difficulté des CLD à saisir la nature de l’économie sociale, manque de clarté ou de directives en provenance du gouvernement provincial quant au rôle des CLD dans le dossier de l’économie sociale, insuffisance de fonds et un déséquilibre dans la répartition des fonds d’économie sociale entre les six CLD de la région. Par ailleurs, certains informateurs-clés ont remis en cause le financement de certains projets par les CLD, la finalité sociale étant absente de ces projets.

Les gens rencontrés en entrevue ont aussi reconnu que la qualité du leadership dans le dossier régional de l’économie sociale a diminué après le départ des groupes de femmes en 1999. Au conseil d’administration du CRÉS plusieurs sièges sont longtemps restés vacants, dont celui de la présidence.


[6] Le ministère des Régions n’existe plus. Il a été remplacé en avril 2004 par le Ministère du développement économique et régional et de la recherche. Et en 2005 ce dernier a été remplacé par le Ministère des affaires municipales et des régions ; et pour les questions surtout économiques, par le Ministère du développement économique, de l’innovation et de l’exportation.
[7] Les six CLD de la région Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine sont les suivants : CLD Avignon, CLD Bonaventure, CLD Côte-de-Gaspé, CLD Haute-Gaspésie, CLD Rocher-Percé et CLD des Iles-de-la-Madeleine.
[8] Jusqu’en décembre 2001, cette enveloppe n’était pas fermée et n’était donc pas réservée au financement des projets en économie sociale. Certains CLD ont alors utilisé les fonds en économie sociale pour d’autres fins que le financement direct de projets. Dans certains cas, ils ont utilisé une partie des fonds pour payer le salaire d’un agent ou d’une agente en économie sociale ou encore pour faire la promotion du Fonds d’économie sociale dans le milieu. À partir de janvier 2002, l’enveloppe en économie sociale a été fermée : le Fonds d’économie sociale ne sera utilisé que pour financer des projets en économie sociale.
[9] Le CLD de chaque MRC est doté d’un plan d’action local sur l’économie et l’emploi (PLACÉE, PALÉE ou PLAÉE, selon les CLD) habituellement établi pour 3 ans.
[10] Les dépenses admissibles étaient les suivantes : les dépenses en capital (terrain, bâtisse, équipement, matériel roulant, frais d’incorporation et autres dépenses de même nature, à l’exception des dépenses d’achalandage), l’acquisition de technologies et de brevets (à l’exception des activités de recherche et de développement), ainsi que les besoins en fonds de roulement se rapportant strictement aux opérations de l’entreprise. L’achat de services-conseils pertinents aux projets de consolidation était également admissible.
[11] Le CRÉS a été rebaptisé Commission régionale d’économie sociale.
[12] L’autofinancement en trois ans était pour tous les CLD un critère d’admissibilité des projets au financement en économie sociale. Influencé par les organismes communautaires siégeant sur son CA, ce CLD a décidé d’être plus flexible à cet effet.










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