En bref, à Montréal



Montréal a connu un développement quelque peu différent des autres régions en matière de gestion des mesures locales et régionales en économie sociale. Contrairement aux autres régions étudiées, la Table de concertation des groupes de femmes de Montréal a en effet refusé de s’impliquer à la mise sur pied du CRÉS ainsi que d’y siéger par la suite, considérant que l’économie sociale n’apporterait rien de positif aux femmes et se réservant une position de critique dans ce dossier. Par conséquent, des femmes ont siégé au CRÉS sur une base individuelle et non comme représentantes officielles de groupes de femmes et la présidence du CRÉS assumée par une femme s’est avérée plutôt symbolique, les représentants gouvernementaux y exerçant plus d’influence. Ceci a fait en sorte que les femmes siégeant au CRÉS ont eu peu de poids décisionnel en matière de critères d’admissibilité et d’allocation des subventions pour les projets en économie sociale. Les projets octroyés par le CRÉS ont été financés par trois instances ou fonds clairement identifiés (le MAMM, le CRDÎM et le FDCE), et soulignons que peu de projets issus des groupes de femmes ont été financés en économie sociale à la période CRÉS.

La structure de financement en économie sociale à la période des CLD et des CDÉC a aussi différé de celle des autres régions. D’abord des projets ont été financés dès 1998, plutôt qu’en 1999. L’enveloppe budgétaire a transité par un CLD « virtuel » qui distribuait les fonds entre 15 mandataires : des CDÉC, des CLD et autres. Des tensions sont apparues entre les CDÉC et les CLD autour des critères « économiques  » ou « sociaux » dans la sélection des projets en économie sociale, ainsi qu’autour de la difficulté d’arrimer les priorités locales aux priorités régionales ou provinciales. Les promoteurs de projets à vocation régionale ou provinciale ont été plus nombreux à présenter des demandes de financement de projets en économie sociale, ce qui aurait pu désavantager les promoteurs de projets à vocation plus locale, les CDÉC et les CLD ayant hérité des projets régionaux financés par le CRÉS selon la localisation du siège social de l’organisme. Afin d’harmoniser la gestion du financement en économie sociale, une entente spécifique de 3 ans a été signée en 2000 entre le MAMM, le CRDÎM, Emploi-Québec et le FLCP. Un fonds «  Viabilité » a été créé pour consolider le financement des projets. Mais cette entente n’a pas produit les résultats escomptés : ce ne sont pas tous les CLD et les CDÉC qui l’ont ratifiée, trop peu de ministères y ont investi et l’objectif d’harmonisation dans la gestion du financement n’a pas été atteint, chacun gardant ses propres critères de sélection des projets. 

Toutes proportions gardées, plus de projets montréalais ont été subventionnés par les CDÉC/CLD/Viabilité (149 projets à cette période et 41 projets à la période du CRÉS). Une vingtaine de ces projets ont été financés une première fois par le CRÉS et plus tard par les CDÉC/CLD/Viabilité. Alors que le CRÉS a octroyé du financement sur 3 ans à une majorité de projets, les CDÉC/CLD/Viabilité ont plutôt accordé du financement sur 1 an à une majorité de projets. Les montants des subventions sont beaucoup plus élevés pour la période du CRÉS. En effet, 55 % de ces projets ont reçu plus de 100,000 $, dont un de ceux-ci ayant même reçu plus de 250,000 $, alors que le financement accordé par les CDÉC/CLD/Viabilité ne dépasse pas 200,000 $, une majorité de projets ayant reçu entre 10 000 $ et 30 000 $. Toutefois, certains projets subventionnés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont reçu des montants encore plus élevés : 46,3 % ont en effet reçu plus de 100,000 $, et 3 d’entre eux ont reçu environ 300,000 $. Rappelons que le financement en économie sociale étant déterminé au prorata de sa population, il n’est donc pas étonnant que des projets montréalais aient reçu des montants plus élevés que les régions moins peuplées.

À Montréal, les projets dont le domaine d’activité correspondait aux « axes sectoriels » du Chantier de l’économie sociale[32] n’ont représenté que 19,5 % des projets pour la période du CRÉS, 18,1 % pour la période des CDÉC/CLD/Viabilité et 24 % pour les projets du Fonds de lutte contre la pauvreté (volet économie sociale). À la période du CRÉS on ne retrouve qu’un seul projet dans les secteurs suivants : «  femmes », défense des droits/regroupements d’organismes et en santé. On retrouve à la période des CDÉC/CLD/Viabilité cinq fois plus de projets «  femmes », ce qui constitue une tendance contraire à celle observée dans les autres régions étudiées. Cela peut s’expliquer en partie sans doute par le fait que des projets « femmes » n’ont pas été présentés au CRÉS en l’absence de la Table de concertation des groupes de femmes de Montréal. À la période des CDÉC/CLD/Viabilité, les projets en arts/culture ont quadruplé (passant de 6 à 26), ceux en éducation/formation et en alimentation ont doublé et les secteurs d’activités suivants se sont ajoutés : communications, environnement/recyclage, loisirs, soutien à la concertation et au développement communautaire.

La tarification est une autre caractéristique qui démarque la région montréalaise des autres régions québécoises. En effet, toutes périodes de financement confondues, une majorité de projets ont imposé une tarification : 95 % des projets octroyés par le CRÉS et 94,4 % des projets financés par les CDÉC/CLD/Viabilité ; à l’exception d’un seul, tous les projets financés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont aussi imposé une tarification.

La majorité des subventions octroyées dans la région de Montréal pendant les deux périodes de financement, a été destinée à la création ou à la consolidation d’emplois. Les subventions octroyées par le CRÉS ont permis la création ou la consolidation d’emplois dans 86% des projets, ce qui a été le cas de 33 % des projets financés par les CDÉC/CLD/Viabilité. Soulignons toutefois que 27 des projets financés par les CDÉC/CLD/Viabilité ont utilisé les subventions exclusivement pour payer des salaires. Pendant les deux périodes de financement, un bon nombre de projets ont dû cependant avoir recours à d’autres sources de financement pour leur permettre de combler leur budget consacré aux salaires. Les subventions accordées par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont été destinées dans 84% des cas aux salaires. Les projets créateurs ou consolidateurs d’emplois ont été proportionnellement plus nombreux dans les domaines d’activités situés en dehors des « axes sectoriels » du Chantier de l’économie sociale. On compte à peu près le même nombre d’emplois créés ou consolidés pendant les deux périodes de financement, alors qu’il y a eu 3 fois plus de projets financés par les CDÉC/CLD/Viabilité. Le ratio de création et de consolidation d’emplois est de 5,3 emplois par projet à la période du CRÉS, et de 1,6 emplois par projet à la période des CDÉC/CLD/Viabilité. Le ratio de création et de consolidation d’emplois des projets subventionnés par le Fonds de lutte contre la pauvreté est de 4,7 emplois par projet.

Les femmes ont été 4 fois plus nombreuses à trouver un emploi au sein des projets octroyés par le CRÉS qu’à la période des CDÉC/CLD/Viabilité, une période de financement qui a été pourtant deux fois plus longue, selon notre recension. Les organismes dont les projets ont été subventionnés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont également embauché plus de femmes. On constate également plus d’emplois à temps plein que d’emplois à temps partiel créés ou consolidés pendant les deux périodes de financement. Mais, les organismes financés à la période du CRÉS ont fait plus d’embauches à temps plein (95 % des emplois créés ou consolidés), que ceux financés par les CDÉC/CLD/Viabilité (75 % des emplois); ainsi, le pourcentage d’emplois à temps partiel augmente de 5,5 % à 25,3 % d’une période à l’autre. Les salaires des emplois créés et consolidés par le biais des subventions se situaient tous au-dessus du salaire minimum (11,35 $ à la période du CRÉS et 12,20 $ à la période des CDÉC/CLD/Viabilité) et au-dessus du taux de 8,10 $ de l’heure, seuil inférieur fixé par les groupes de femmes en 1997. Cependant, le salaire horaire des hommes diminue (de 12,85 $ à 12,40 $), et celui des femmes augmente (de 10,95 $ à 12,00 $) d’une période de financement à l’autre. Les femmes embauchées dans les projets subventionnés par le Fonds de lutte contre la pauvreté reçoivent 1 $ de moins que les hommes. Enfin, plus  d’organismes créateurs d’emplois à la période du CRÉS qu’à celles des CLD/CDÉC/Viabilité ont offert de la formation aux employés qu’ils ont embauchés; et la grande majorité des organismes subventionnés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont offert une formation aux employés qu’ils ont embauchés.

C’est le CRÉS qui aura suscité la plus grande création ou consolidation d’emplois : on constate en effet une diminution de 45 % de projets créateurs ou consolidateurs d’emplois à la période des CDÉC/CLD/Viabilité, alors que trois fois plus de projets y ont été financés.  De plus, pour les deux périodes de financement, ce sont les projets les plus endogènes à la région (les projets exogènes étant associés aux « axes sectoriels » du Chantier) qui auront aussi permis la plus grande création d’emplois. Même si on compte à peu près le même nombre d’emplois créés ou consolidés pendant les deux périodes de financement, les subventions octroyées par le CRÉS et par le Fonds de lutte contre la pauvreté auront permis la création d’une plus grande proportion d’emplois permanents et généré le plus de formations pour les employés embauchés. Soulignons que quatre fois plus d’emplois étaient occupés par des femmes (173 femmes versus 46 hommes) dans les projets octroyés par le CRÉS, alors qu’on compte 147 femmes et 94 hommes dans les projets financés par les CDÉC/CLD/Viabilité. Cependant, le taux horaire des emplois créés pour les femmes a augmenté de 1.05 $ pendant la période des CDÉC/CLD/Viabilité comparativement à la période précédente. Force nous est de conclure que malgré l’absence de représentantes de la Table de concertation des groupes de femmes de Montréal au CRÉS, celui-ci a permis la création et la consolidation d’emplois plus nombreux et bien rémunérés pour les femmes.


[32] Il s’agit de la petite enfance, des ressourceries, de l’aide domestique, de centres péri-ressources et de l’insertion en emploi. Voir une note précédente à ce sujet.










Retour au début




Accueil Montréal | Préambule | Région 06 | Les mesures | CRÉS | CLD | Définitions | Les projets | En bref | Annexe I | Références | Carte |



Accueil | Crédits | Partenaires | Remerciements | Introduction | Aujourd'hui || | Centre du Québec | Gaspésie / Iles-de-la-Madeleine | | Laval | Lanaudière | Laurentides | Montréal | Outaouais || Carte | Plan du site | Nous contacter |


 Imprimer cette page    |    Document au format PDF    | 

© Denyse Côté, Danielle Fournier 2006  |   Adresse du site : http://www.uqo.ca/econsoc/