En bref, dans l'Outaouais



L’Outaouais a connu un développement parallèle à celui des autres régions en matière de mise sur pied de structures en économie sociale (CRÉS et CLD). Elle a aussi connu des débats similaires au sujet de l’économie sociale (définition plus « sociale » ou plus « économique » de l’économie sociale). Toutefois, le rattachement du CRÉS au CRDO a donné lieu à une fracture importante : des membres du CRÉS ont refusé l’intégration au CRDO et se sont incorporés à titre d’organisme sans but lucratif. Une Table aviseur en économie sociale a parallèlement été formée et rattachée au CRDO, et ces deux instances ont coexisté pendant 2 ans. Le « CRÉS incorporé » a réussi à obtenir un siège « femmes » au sein du conseil d’administration du CLD de Gatineau et la présidente du « CRÉS incorporé » a siégé à la Commission en économie sociale de ce CLD. Les groupes de femmes ont été très impliqués au sein du CRÉS jusqu’à sa disparition. Cependant, exception faite de leur présence au sein du CLD de Gatineau, les groupes de femmes ont perdu toute base d’influence sur l’allocation budgétaire en économie sociale dans les autres CLD de la région. À partir de 1999, ils n’ont fait financer aucun projet par les CLD.

Pour la même période (deux ans dans chaque cas), le nombre de projets subventionnés par les CLD de l’Outaouais a été quinze fois plus élevé que ceux octroyés par le CRÉS (3 projets). Par ailleurs, aucun projet octroyé par le CRÉS n’a reçu moins de 20 000 $, alors que c’est le cas de 50 % des projets financés par les CLD. Également, 67 % des projets octroyés par le CRÉS ont reçu entre 40 000 $ et 100 000 $ ; ce n’est le cas de 32 % des projets octroyés par les CLD. Tous les projets financés par les CLD l’ont été pour un an seulement, non renouvelable.

Par ailleurs, en Outaouais, aucun projet octroyé par le CRÉS se situait dans les « axes sectoriels » du Chantier de l’économie sociale[20], alors que ce fut le cas de 30 % des projets financés par les CLD. Les projets étiquetés « femmes » représentent 100 % des projets octroyés par le CRÉS, mais disparaissent dans la période suivante à partir de 1999. De façon générale, on constate une mutation des domaines d’activités des projets subventionnés. En effet, aucun projet lié à l’action sociale et politique (bénévolat et activités caritatives, soutien à la concertation et au développement communautaire) n’a été financé par les CLD. On note aussi l’apparition de secteurs liés à l’activité économique classique (tourisme, soutien à l’entrepreneuriat, loisirs) à cette période, ainsi que de plusieurs projets en éducation, en arts et culture. Ceci s’explique par le changement d’orientation entre la période du CRÉS et celle des CLD, en particulier en ce qui a trait à la définition de l’économie sociale. Par ailleurs, aucun projet octroyé par le CRÉS n’a eu recours à un montage financier, alors que c’est le cas de 84 % des projets financés par les CLD qui ont eu recours à une diversité de bailleurs de fonds pour ces montages financiers. À noter la généralisation de la tarification : aucun projet n’a tarifé à la période du CRÉS, mais 76 % des projets à la période des CLD l’ont fait ; cela est relié directement aux critères d’éligibilité des projets élaborés par les CLD.

Ce qui est plus étonnant par contre, c’est que la totalité des subventions octroyées par le CRÉS, mais seulement 26 % des subventions accordées par les CLD ont servi à la création ou à la consolidation d’emplois. Bien que la définition de l’économie sociale ait été de nature plus « économique » que « sociale » à la période des CLD, 36 % des subventions octroyées par ces derniers ont servi à l’immobilisation (achat de terrain, construction, rénovation) et à l’achat d’équipement. De plus, les projets créateurs ou consolidateurs d’emplois ont été proportionnellement plus nombreux dans les domaines d’activités situés en dehors des « axes sectoriels » du Chantier de l’économie sociale. Les fonds locaux en économie sociale ont donc sans doute été utilisés le plus souvent comme « subvention d’appoint » par les projets dits « sectoriels » du Chantier de l’économie sociale qui jouissent de subventions récurrentes. Le ratio de création et de consolidation d’emplois est d’un emploi par projet subventionné à la période du CRÉS, et de 0,4 emploi par projet subventionné à la période des CLD.

Toutes périodes confondues, les femmes ont été plus nombreuses à trouver un emploi au sein des projets subventionnés. Également, toutes périodes confondues, les organismes financés pour leur projet ont fait majoritairement leurs embauches à temps plein (100 % des emplois à la période du CRÉS et 90 % des emplois à la période des CLD), ce qui démarque la région de l’Outaouais des autres régions étudiées. Les salaires des emplois créés ou consolidés par le biais de ces subventions ont diminué d’une période de financement à l’autre, mais se situaient au-dessus du salaire minimum et au-dessus du taux horaire de 8,10 $, seuil inférieur fixé par les groupes de femmes en 1997. Le salaire horaire des femmes a diminué d’une période à l’autre, passant de 14,67 $ à la période du CRÉS à 12,64 $ à la période des CLD. Le salaire horaire des hommes est de 12,06 $ à la période des CLD. Enfin, seulement 20 % des organismes promoteurs de projets à la période des CLD ont offert une formation aux employés qu’ils ont embauchés.

La définition gouvernementale de l’économie sociale adoptée par les CLD visait à rapprocher le programme de subventions en économie sociale des objectifs économiques classiques, dont la création d’emplois, mais elle n’aura pas permis d’atteindre cet objectif. Le nombre peu élevé de projets octroyés à la période du CRÉS ne nous permet pas de la comparer avec la période des CLD sur la question de la création d’emplois. Cependant toutes périodes confondues, ce sont les projets les plus endogènes à la région (les projets exogènes étant associés aux « axes sectoriels » du Chantier) qui auront permis la plus grande création d’emplois. La majorité des emplois créés ou consolidés à travers les subventions octroyées par le CRÉS et par les CLD sont des emplois permanents. L’approche « entrepreneuriale » de l’économie sociale adoptée par les CLD aura permis en Outaouais une création et une consolidation d’emplois pour les femmes, comparable à celle des hommes, mais on note la présence d’une pression à la baisse sur les salaires des premières.


[20] Il s’agit de la petite enfance, des ressourceries, de l’aide domestique, de centres péri-ressources et de l’insertion en emploi. Voir la note 5 à ce sujet










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