En bref, à Laval
Laval a connu un développement parallèle à celui
des autres régions en matière de mise sur pied de
structures en économie sociale (CRÉS et CLD). Il a aussi
connu des débats similaires au sujet de l’économie
sociale (définition plus « sociale » ou plus
« économique » de l’économie sociale).
L’expérience des groupes de femmes lavallois dans le dossier
régional de l’économie sociale ressemble aussi à
celle d’autres régions étudiées. Dès 1996,
les groupes de femmes ont investi le CRÉS avec enthousiasme,
voyant dans ces nouvelles mesures en économie sociale une
possibilité de créer des emplois bien
rémunérés pour les femmes. Des divergences au
niveau de la définition et des objectifs de l’économie
sociale sont apparues suite au rattachement du CRÉS au CRD en
1998, et les groupes de femmes et les groupes communautaires lavallois
se sont alors retirés du CRÉS.
Les deux regroupements y sont revenus en 2001, deux ans après la
création du CLD. Rappelons que Laval est la seule région
du Québec à compter une seule municipalité rurale
de comté (MRC) et donc un seul CLD. Une collaboration
particulière et originale s’est développée entre
le CRÉS et le CLD à partir de 2001. En effet,
contrairement aux autres régions étudiées, le
CRÉS de Laval est intervenu en matière d’allocation
financière en économie sociale, déposant par
exemple un avis au CLD pour les nouveaux projets demandant une
subvention. Le CRÉS et le CRD de Laval se sont aussi entendus
pour subventionner moins de projets en économie sociale, pour
leur accorder des montants plus substantiels, et pour
privilégier la consolidation de ces projets.
Rappelons qu’il a été impossible de recenser les projets
ayant reçu une subvention en économie sociale
octroyée par le CRÉS de Laval entre 1996 et 1998. Vingt
projets ont été financés par le CLD entre 1999 et
2001. Près du tiers de ces projets ont reçu plus de 100
000 $. Ceci reflète le choix du CLD et du CRÉS de Laval
de limiter le nombre de projets subventionnés, mais de leur
accorder des montants plus substantiels. 90% des projets ont eu recours
à d’autres bailleurs de fonds. Les subventions en
économie sociale ont surtout servi à l’immobilisation, la
construction ou l’achat d’équipement. Il y a eu peu de
création et de consolidation d’emplois à même ces
subventions : seulement 4 projets (situés dans des domaines
d’activité autres que celles du Chantier de l’économie
sociale) sur 20 ont créé ou consolidé 5 emplois,
ce qui représente un ratio de 0,25 emploi par projet. Ces 5
emplois ont tous été à temps plein et
occupés par 3 femmes et 2 hommes. Les hommes ont
été plus favorisés au niveau de leur salaire
horaire, recevant près de 2 $ de l’heure de plus que les femmes.
Enfin, les organismes ont très peu investi dans la formation de
leurs employés.
La définition gouvernementale de l’économie sociale
visait à rapprocher le programme de subventions locales et
régionales des objectifs économiques classiques, dont la
création d’emplois. Mais elle n’aura pas permis d’atteindre cet
objectif, car très peu d’emplois auront été
créés à Laval à même ces subventions.
L’approche « entrepreneuriale » de l’économie
sociale adoptée par le gouvernement n’aura donc pas
été garante d’emplois mieux
rémunérés pour les femmes, quoique le petit nombre
d’emplois créés ou consolidés nous incite à
la prudence dans nos conclusions. Et ce sont les projets les plus
endogènes à la région (les projets exogènes
étant associés aux « axes sectoriels » du
Chantier) qui auront permis la création d’emplois.
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