En bref, dans les Laurentides
La région des Laurentides a connu un développement
parallèle à celui des autres régions en
matière de mise sur pied de structures en économie
sociale (CRÉS et CLD). Elle a aussi connu des débats
similaires au sujet de l’économie sociale (définition
plus « sociale » ou plus « économique
» de
l’économie sociale). Le Réseau des femmes des Laurentides
(RFL) y a exercé un leadership, en étroite collaboration
du Regroupement des groupes communautaires des Laurentides
(ROCL). À partir de la création des CLD, les
groupes de femmes ont graduellement diminué leur implication
dans le dossier de l’économie sociale et au moment des
entrevues, ils n’occupaient qu’un seul siège à la
CRÉSL. Cette implication réduite à la CRÉSL
ainsi que dans le dossier régional de l’économie sociale
aura été liée à leur constat de perte
d’influence. Soulignons aussi la collaboration du ROCL et du RFL
à la mise en place d’Économie Sociale Laurentides
(ÉSL), une ressource régionale de soutien et
d’accompagnement d’organismes communautaires et de projets en
économie sociale. Par ailleurs, le ROCL a demandé et
obtenu des sièges pour le milieu communautaire au sein des
conseils d’administration des CLD et a participé aux
comités en économie sociale des CLD pour l’analyse des
projets à financer. Le ROCL n’a cependant pas réussi
à faire adopter par les CLD une grille d’évaluation des
projets en économie sociale qui s’inspirait de celle du Chantier
de l’économie sociale.
Toutes proportions gardées, le nombre de projets
subventionnés par les CLD est deux fois plus élevé
que ceux octroyés par la CRÉSL. Les montants des
subventions durant les deux périodes de financement sont pour la
plupart inférieurs à 30 000 $. En effet, tous les projets
octroyés par la CRÉSL et 71 % des projets financés
par les CLD ont obtenu des montants inférieurs à 30 000
$. Par ailleurs, 7 projets financés par les CLD ont obtenu plus
de 30 000 $ et même jusqu’à 70 000 $. Dans les
Laurentides, 66 % des projets financés par les CLD, dont des
Centres de la petite enfance (14 des 26 projets) se situaient dans des
domaines d’activité correspondant aux « axes sectoriels
» du Chantier de l’économie sociale)[23]. À partir de
1999, les projets étiquetés « femmes »
disparaissent, et de façon générale, on constate
une mutation des domaines d’activités des projets
subventionnés. On remarque en effet à la période
des CLD l’affaiblissement des secteurs liés à l’action
sociale et politique (défense de droits et regroupement
d’organismes) et l’apparition de secteurs liés à
l’activité économique classique (tourisme, soutien
à l’entrepreneuriat). Ce phénomène peut
s’expliquer par le changement d’orientation décrit plus haut. On
remarque également une augmentation importante des montages
financiers et une diversité de bailleurs de fonds à la
période des CLD. À noter aussi la
généralisation de la tarification (31 % à la
période de la CRÉSL contre 89 % à la
période des CLD) qu’on peut relier directement à la
transformation des critères d’éligibilité des
projets.
Ce qui est le plus étonnant par contre, c’est que la
totalité des subventions octroyées par la CRÉSL a
été destinée à la création ou
à la consolidation d’emplois, alors que ce n’est le cas que de
20 % des subventions accordées par les CLD. Bien que la
définition de l’économie sociale ait été de
nature plus « économique » que « sociale » à la période des CLD, 54,4 % des subventions
octroyées par les CLD ont servi à l’immobilisation (achat
de terrain, construction, rénovation) et à l’achat
d’équipement. De plus, les projets créateurs ou
consolidateurs d’emplois ont été proportionnellement plus
nombreux dans les domaines d’activités situés en dehors
des « axes sectoriels » du Chantier de l’économie
sociale. Les fonds locaux en économie sociale ont donc sans
doute été utilisés le plus souvent comme « subvention d’appoint » par les projets dits « sectoriels
» du Chantier de l’économie sociale et par le fait
même jouissant de subventions récurrentes. Le ratio de
création et de consolidation d’emplois est de 1,18 emploi par
projet à la période de la CRÉSL, et de 0,89 emploi
par projet à la période des CLD.
Toutes périodes confondues, les femmes ont été
plus nombreuses à trouver un emploi au sein des projets
subventionnés et davantage de femmes ont été
embauchées à la période CLD qu’à la
période de la CRÉSL. L’importante présence des
femmes à titre d’employées peut en partie s’expliquer par
le financement accordé à plusieurs Centres de la petite
enfance ainsi qu’à des entreprises d’aide domestique, secteurs
traditionnellement féminins. Les organismes financés
à la période de la CRÉSL ont davantage fait
d’embauches à temps plein (68 % des emplois); ceci est le cas
que de 47 % des emplois créés ou consolidés
à la période des CLD. Les salaires des emplois
créés ou consolidés par le biais de ces
subventions se situaient au-dessus du salaire minimum (13,40 $ à
la période de la CRÉSL et 10,02 $ à la
période des CLD) et au-dessus du taux de 8,10 $ de l’heure,
seuil inférieur fixé par les groupes de femmes en 1997.
Cependant, le salaire horaire des femmes et des hommes diminue entre la
période de la CRÉSL et celle des CLD : le salaire horaire
des femmes passe de 13,41 $ à 10,80 $ et celui des hommes passe
de 13,39 $ à 9,23 $, ce qui se reflète dans un
écart de 1,57 $ de l’heure au détriment des hommes
à la période des CLD. Enfin, 85 % des organismes
créateurs d’emplois à la période de la
CRÉSL et 75 % à la période des CLD ont offert des
formations aux employés qu’ils ont embauchés.
La définition gouvernementale de l’économie sociale
adoptée par les CLD visait à rapprocher le programme de
subventions en économie sociale des objectifs économiques
classiques, dont la création d’emplois. Traduite en
critères d’admissibilité des projets, elle n’aura pas
permis d’atteindre cet objectif. Au contraire, c’est le programme qui
répondait le plus à des objectifs « sociaux »
de l’économie sociale, celui de la CRÉSL, qui aura
suscité la plus grande création d’emplois. De plus, ce
sont les projets les plus endogènes à la région
(les projets exogènes étant associés aux « axes sectoriels » du Chantier) qui auront aussi permis la plus
grande création d’emplois. Enfin, les subventions
octroyées par la CRÉSL ont suscité la
création d’une plus grande proportion d’emplois permanents et
généré le plus de formations pour les
employés embauchés. Plus d’emplois à temps partiel
ont été créés pour les femmes pendant la
période des CLD et le taux horaire des emplois
créés pour celles-ci a baissé pendant cette
période si on le compare avec celui de la période
précédente. L’approche « entrepreneuriale »
de l’économie sociale adoptée par les CLD n’aura pas
été garante d’une plus grande création d’emplois
dans les Laurentides, et aura amené une baisse de la
rémunération offerte aux personnes embauchées sur
ces projets.
[23] Il s’agit de la petite enfance, des ressourceries, de l’aide
domestique, de centres péri-ressources et de l’insertion en
emploi. Voir la note 5 à ce sujet.
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