En bref, au Centre-du-Québec



Le Centre-du-Québec a connu un développement parallèle à celui des autres régions en matière de mise sur pied de structures en économie sociale (CRÉS et CLD), sauf pour la mise sur pied tardive du CRÉS résultant de la création de la région en 1997. Il a aussi connu des débats similaires au sujet de l’économie sociale (définition plus « sociale » ou plus « économique »). Les groupes de femmes y ont exercé un leadership jusqu’à la création des CLD qui leur a enlevé tout rôle officiel et, partant, toute base d’influence quant à l’allocation budgétaire locale en économie sociale. Leur retrait du CRÉS ainsi que du dossier régional de l’économie sociale aura été lié à leur constat de perte d’influence et de la nécessité de resserrer leurs priorités. L’originalité du Centre-du-Québec réside dans l’accompagnement systématique des promoteurs de projets assuré par les Corporations de développement communautaires (CDC), dont l’expertise en matière d’économie sociale a été reconnue par tous les CLD de la région, en particulier par le biais de contrats de service. Cette présence des CDC a eu une influence certaine sur la nature même des critères de sélection des cinq CLD de la région. Cela dit, on constate tout de même au Centre-du-Québec des différences importantes entre les deux périodes de financement.

Toutes proportions gardées, le nombre de projets subventionnés par les CLD est plus élevé. Les montants des subventions sont beaucoup plus élevés pour la période des CLD, le CRÉS ayant fourni au plus 30 000 $ par année et les CLD ayant subventionné certains projets à concurrence de 60 000 $ par année. La moyenne des subventions annuelles accordées est aussi plus élevée pour la période des CLD. Par ailleurs, au Centre-du-Québec, les projets dont le domaine d’activité correspond aux « axes sectoriels » du Chantier de l’économie sociale[22] ne représentent que 12 % de l’ensemble des projets pour la période étudiée (1997-2002, CRÉS et CLD confondus). Rappelons que la présence des CDC ainsi qu’une prise de position claire ayant pour but d’encourager les initiatives endogènes en économie sociale peuvent expliquer ces résultats. Les projets étiquetés « femmes » disparaissent dans la deuxième période, donc à partir de 1999 et, de façon générale, on constate une mutation au niveau des domaines d’activités des projets subventionnés. On remarque l’affaiblissement des secteurs liés à l’action sociale et politique (soutien à la concertation et au développement communautaire) et l’apparition de secteurs liés à l’activité économique classique (tourisme, soutien à l’entrepreneuriat). Ces phénomènes peuvent s’expliquer par le changement d’orientation entre la période du CRÉS et celle des CLD. On retrouve également une plus grande diversité de bailleurs de fonds au sein des montages financiers de la période des CLD. À noter la généralisation de la tarification (6 % à la période CRÉS contre 94 % à la période des CLD), qu’on peut relier directement à la transformation des critères d’éligibilité des projets.

Ce qui est plus étonnant par contre, c’est que 97 % des subventions octroyées par le CRÉS, mais seulement 16 % des subventions accordées par les CLD ont servi à la création ou à la consolidation d’emplois. Alors que la définition de l’économie sociale était de nature plus « économique » que « sociale » à la période des CLD, 47 % des subventions octroyées par ceux-ci ont servi à l’immobilisation (achat de terrain, construction, rénovation) et à l’achat d’équipement. De plus, les projets créateurs ou consolidateurs d’emplois ont été proportionnellement plus nombreux dans les domaines d’activités situés en dehors des « axes sectoriels » du Chantier de l’économie sociale. Ces fonds ont sans doute été utilisés le plus souvent comme « subvention d’appoint » par les projets dits « sectoriels » du Chantier de l’économie sociale et jouissant par le fait même de subventions récurrentes. Le ratio de création et de consolidation d’emplois est d’un (1) emploi par organisme à la période du CRÉS, et de 0,6 emploi par organisme à la période des CLD.

Toutes périodes confondues, les femmes ont été plus nombreuses à trouver un emploi au sein des projets subventionnés et davantage de femmes ont été embauchées à la période CLD qu’à la période CRÉS. Les organismes financés à la période du CRÉS ont fait beaucoup d’embauches à temps plein (95 % des emplois), alors que seulement 23 % des emplois créés ou consolidés à la période des CLD étaient à temps plein. Les salaires de ces emplois se situaient au-dessus du salaire minimum (10,15 $ à la période CRÉS et 10,40 $ à la période des CLD) et même au-dessus du taux de 8,10 $ de l’heure, seuil inférieur fixé par les groupes de femmes en 1997. Cependant, le salaire horaire des hommes augmente et celui des femmes diminue d’une période de financement à l’autre, ce qui produit un écart de 1,40 $ de l’heure au détriment des femmes à la période des CLD. Enfin, 61 % des organismes créateurs d’emplois à la période du CRÉS ont offert des formations, alors que ce n’est le cas que de 22 % des organismes créateurs d’emplois à la période des CLD : 8 % du nombre total des organismes subventionnés par les CLD dans la région du Centre-du-Québec ont offert une formation aux employés qu’ils ont embauché.

La définition gouvernementale visait à rapprocher le programme de subventions en économie sociale des objectifs économiques classiques, dont la création d’emplois. Mais elle n’aura pas permis d’atteindre ces objectifs. Au contraire, c’est le programme qui répondait le plus à des objectifs « sociaux » de l’économie sociale, celui du CRÉS, qui aura suscité la plus grande création d’emplois. De plus, ce sont les projets les plus endogènes à la région (les projets exogènes étant associés aux « axes sectoriels » du Chantier) qui auront permis la plus grande création d’emplois. Enfin, les subventions octroyées par le CRÉS ont permis la création d’une plus grande proportion d’emplois permanents et généré le plus de formations pour les employés embauchés. Plus d’emplois à temps partiel ont été créés pour les femmes pendant la période des CLD, et le taux horaire des emplois créés pour celles-ci a baissé pendant cette période si on le compare avec la période précédente. L’approche « entreprenariale » de l’économie sociale n’aura pas été garante d’une plus grande création d’emplois dans le Centre-du-Québec ni de la création d’emplois mieux rémunérés pour les femmes.


[22] Il s’agit de la petite enfance, des ressourceries, de l’aide domestique, de centres péri-ressources et de l’insertion en emploi. Voir la note 5 à ce sujet










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