a) Le Comité régional en économie sociale de
l’Outaouais : 1996-1998
Dans la foulée de la Marche des femmes Du Pain et des Roses, le
gouvernement du Québec a créé, en 1996, un
programme permettant de soutenir l’économie sociale dans chacune
des régions du Québec. Pour en assurer la gestion, il a
mis en place des Comités régionaux en économie
sociale (CRÉS) dans chaque région. Ceux-ci ont alors
dû développer des critères et des modalités
d’allocation budgétaire pour les projets d’économie
sociale de leur propre région.
Le CRÉS de l’Outaouais a été créé en
1996 et, comme ailleurs au Québec, était composé
de quatre représentantes issues de groupes de femmes
déléguées par AGIR, ainsi que de
représentants délégués par des instances
gouvernementales. C’était la première fois au
Québec qu’un comité régional décisionnel
issu d’une mesure gouvernementale prévoyait comprendre des
membres issus de groupes de femmes en si grande proportion.
Concrètement, les représentantes des groupes de femmes
siégeant au CRÉS ont élaboré avec leurs
collègues mandatés par le gouvernement du Québec
des critères pour le financement des projets régionaux en
économie sociale, évalué les projets qui leur
étaient présentés, et procédé
à l’octroi des subventions. Pour le milieu communautaire
en santé et services sociaux, ces nouveaux fonds
d’économie sociale représentaient un espoir d’assurer
leur survie et peut-être même leur viabilité
à plus long terme.
Le rattachement du CRÉS au Conseil régional de
développement de l’Outaouais (CRDO) en 1998 a donné lieu
à d’importants débats qui se sont soldés par une
division. S’y retrouvaient deux positions : une première
privilégiant l’ouverture de l’instance à d’autres
acteurs, et une seconde privilégiant une exclusivité du
CRÉS aux acteurs issus du milieu communautaire. Des membres du
CRÉS ont refusé que celui-ci soit intégré
au CRDO et ont plutôt décidé de s’incorporer de
façon indépendante à titre d’organisme sans but
lucratif[8]. Deux instances en économie sociale ont donc
existé côte à côte dans la région
pendant presque deux ans.
Au CRDO, la Table aviseur en économie sociale a tout de
même été formée avec une partie des membres
issus du CRÉS ne participant pas au « CRÉS
incorporé » ainsi que d’autres acteurs régionaux.
La Table aviseur en économie sociale du CRDO et le « CRÉS incorporé » ont défendu des visions
différentes de l’économie sociale et de ses enjeux, ce
dernier faisant valoir l’importance d’inclure la dimension dite « sociale » de l’économie sociale, les services non
marchandables offerts par les groupes communautaires.
Un an plus tard, en 1999, une nouvelle restructuration confiait aux CLD
le mandat de gérer l’allocation budgétaire locale en
économie sociale. Les groupes de femmes n’ont pas
siégé au sein de ces CLD, sauf à Gatineau. En
2004, la Conférence régionale des élus de
l’Outaouais était mise sur pied ; elle délestait alors la
Table aviseur en économie sociale.
[8] Il a cessé d’exister environ un an plus tard.
(Côté, D., « Le débat québécois sur
l’économie sociale : mais que sont nos politiques
devenues ? », 2005).
|
| |
|
|
| |