Ce portrait de l’économie sociale dans la région de Laval
porte sur une période qui peut sembler révolue : celle de
1997 à 2002. En effet, le nouveau gouvernement
québécois élu en avril 2003 a implanté
depuis d’importants changements au niveau des structures de gouvernance
locale et régionale : changement dans la composition des
conseils d’administration des Centres locaux de développement
(CLD), rattachement des CLD aux Municipalités régionales
de comté (MRC), remplacement des Conseils régionaux de
développement (CRD) par des Conférences régionales
des élus (CRÉ). Ces changements de structure ont
été accompagnés d’un changement dans la
philosophie d’intervention aux niveaux local et régional tout
comme en économie sociale. Et cette période
subséquente à la recherche a consacré l’absence
des groupes de femmes à titre d’acteurs politiques
régionaux en économie sociale. Il n’en demeure pas moins
intéressant et important d’analyser la période
visée, car elle illustre des modalités uniques de
rapports entre la société civile et les autorités
régionales et locales. Elle illustre également des modes
de gestion particuliers à l’économie sociale qu’il nous
faut mieux comprendre afin de mieux intervenir en regard de l’atteinte
d’objectifs d’égalité hommes-femmes au niveau des
politiques gouvernementales décentralisées.
Ce document est issu d’une recherche menée dans sept
régions du Québec qui avait pour but de mieux saisir
l’économie sociale d’un point de vue régional et local.
Il présente des données recueillies sur les projets
d'économie sociale à Laval financés à
même des fonds régionaux et locaux. Il aborde aussi
l’impact de ces projets sur les femmes de la région et sur la
place des groupes de femmes dans les processus décisionnels
régionaux en matière d’économie sociale. La
dynamique de concertation, les mécanismes d’attribution des
fonds régionaux et locaux en économie sociale y sont
analysés, de même que la vision des praticiens et des
acteurs en économie sociale. Ceci permettra de combler tant soit
peu le vide créé par la fragmentation des dossiers, des
domaines et des territoires ainsi que par l’évolution rapide du
contexte. Ce document ne présente cependant qu’une partie des
données recueillies à Laval au cours de cette recherche.
La question de départ de cette recherche portait sur le lien
entre un mouvement social, le mouvement des femmes et la politique
sociale dont il a suscité la création. Plus
précisément, elle portait sur la capacité de cette
nouvelle politique en économie sociale mise en place en 1996
à répondre à certaines revendications des groupes
de femmes formulées lors de la Marche Du pain et des roses
de 1995[2]. En effet, dès 1996, le gouvernement du Québec
avait octroyé aux groupes de femmes régionaux un
rôle central au sein des Comités régionaux en
économie sociale (CRÉS), mais ce rôle
s’était pratiquement estompé suite à la mise en
place des Centres locaux de développement (CLD) en 1999.
La collecte de données s’est effectuée entre 1996 et
2002[3] dans 7 régions du Québec (Outaouais,
Lanaudière, Laurentides,
Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Laval,
Centre-du-Québec, Montréal). Ont été
réalisées des entrevues auprès
d’informateurs-clés, des focus groups auprès de
promotrices et promoteurs de projets et auprès de travailleuses
et travailleurs embauchés à même ces subventions,
ainsi qu’une recension téléphonique des projets ayant
reçu une subvention régionale ou locale en
économie sociale[4]. Les données recueillies documentent
l’évolution des modes d’allocation budgétaire locale et
régionale en économie sociale à Laval entre 1998
et 2002, les retombées des processus décisionnels
régionaux et locaux ainsi que les dynamiques
décisionnelles en économie sociale propres à cette
région. La cueillette des données a porté sur les
projets en économie sociale qui ont émergé
directement du milieu régional et local lavallois plutôt
que sur les projets créés directement par le Chantier de
l’économie sociale dans toutes les régions du
Québec[5]. Le présent document est une monographie des
modalités de gestion du financement local et
régional de l’économie sociale dans la région de
Laval entre 1998 et 2002, avec un regard particulier porté sur
l’insertion des femmes, des groupes de femmes et du traitement de leurs
demandes dans ce contexte.
[1] Nous tenons à remercier Guillaume Albert, Marie-Aude
Boislard Pépin, Lisa Denoncourt, Hugo Lemay, Caroline St-Amand,
Anne-Marie Royer, Élyse Vézina qui ont participé
à la collecte et à la mise en forme des données.
[2] Une des revendications formulées par les groupes de femmes
à cette occasion était celle des « infrastructures
sociales », sorte de clin d’oeil aux investissements massifs du
gouvernement fédéral dans les infrastructures
routières ; ils demandaient au gouvernement du Québec un
investissement semblable dans les secteurs d’activités sociales
vouées au bien-être de la population dans lesquels
travaillent une majorité de femmes. « On parle donc
d’économie sociale... », disent-elles (Marche des femmes
contre la pauvreté, Du pain et des roses, 1995, p. 2).
[3] Il ne s’agit pas d’une recherche longitudinale, mais bien d’une
recherche dont la cueillette de données s’est étendue de
1996 à 2002.
[4] Cette recherche a été financée successivement
par Condition féminine Canada (Côté et al, 1998),
par l’Université du Québec en Outaouais
(Côté, 2003) et par le Conseil de recherche en sciences
humaines du Canada (CRSH) en partenariat avec Relais-femmes.
[5] Le Chantier de l’économie sociale a été
constitué en 1996 suite à une recommandation du Groupe de
travail sur l’économie sociale du Sommet sur l’économie
et l’emploi. Il fait la promotion de projets d’économie sociale
dans des secteurs précis (aide domestique, Centres de la petite
enfance, ressourcerie, centres péri-ressources, etc.)
implantés à travers le Québec. Ce sont les « axes sectoriels » du Chantier de l’économie sociale
auxquels on réfère dans ce texte.
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