4. Les projets en économie sociale subventionnés sur une base régionale ou locale en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine 1997-2001



Nous avons procédé à une recension téléphonique des projets[18] de la région de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ayant reçu une subvention régionale ou locale en économie sociale entre 1997 et 2001. Pour être retenues, les subventions régionales et locales devaient financer la totalité du projet ou un de ses éléments importants. Les entretiens téléphoniques ont été faits auprès des promoteurs de ces projets à partir des listes fournies par le CRÉS pour la période 1996-1998, et par les 6 CLD de la région pour la période 1999-2001. Tous les projets qui apparaissaient sur les listes fournies par le CRÉS et les 6 CLD à titre de récipiendaires de subventions en économie sociale ont été recensés[19]. Contrairement à ce que nous avons observé dans d'autres régions, aucun projet du Fonds de lutte contre la pauvreté (volet économie sociale) n'a été recensé en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, aucune enveloppe dédiée à l'économie sociale au sein du Fonds de lutte contre la pauvreté n'ayant été identifiée. Au total, 69 projets en économie sociale ont été subventionnés dans la région : 22 projets octroyés par le CRÉS et 47 par les CLD. Nous avons recueilli des informations sur la nature, les montants octroyés, l'utilisation des subventions, ainsi que sur les caractéristiques des emplois créés ou consolidés pour ces 69 projets recensés en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. Chaque organisme promoteur a reçu une subvention pour un seul projet en économie sociale.

Nombre et caractéristiques des projets

Pour les périodes étudiées, deux fois plus de projets ont été financés par les CLD que par le CRÉS (Annexe 1). Rappelons que le CRÉS a octroyé des subventions pendant un peu plus de deux ans (1996-1998) et que notre recension couvre cette période ainsi que les trois premières années des CLD (1999-2001).



Soulignons aussi qu'un CLD a pris la décision d'accorder un financement moins élevé à un plus grand nombre de projets en économie sociale ; il compte à lui seul 19 projets, alors que les cinq autres CLD ont subventionné au total 28 projets en économie sociale. La nature des projets financés a aussi connu une modification importante entre la période pendant laquelle le CRÉS avait la responsabilité de la gestion des mesures en économie sociale et celle pendant laquelle les CLD ont assumé cette fonction.



Un nombre supérieur de projets correspondant aux axes sectoriels du Chantier de l'économie sociale a été financé à la période des CLD (8 projets) qu'à la période du CRÉS (5 projets). La proportion de projets en aide domestique octroyés par le CRÉS est élevée. Les besoins importants en services aux personnes âgées dans la région peuvent expliquer cela[20]. Notons également que le nombre de projets liés à l'insertion en emploi a connu une augmentation entre les deux périodes de financement. Enfin, parmi les projets associés aux axes sectoriels du Chantier de l'économie sociale, de nouveaux domaines s'ajoutent à la période CLD : centres de la petite enfance, résidences et ressourceries.



Les projets ne correspondant pas aux axes sectoriels du Chantier sont deux fois plus nombreux à la période des CLD qu'à la période du CRÉS. Ils représentent en effet 77 % de l'ensemble des projets octroyés par le CRÉS et 83 % de ceux financés par les CLD.



Certains domaines d'activité (agriculture, projets de groupes de femmes, défense de droits) disparaissent complètement à la période de financement des CLD, alors que de nouveaux secteurs d'activité apparaissent (éducation, hébergement communautaire et tourisme). Les domaines les plus financés par les CLD sont le tourisme (23 %), l'alimentation (15 %), les arts et la culture (13 %), l'environnement (13 %) et les loisirs (13 %).



Montant des subventions

Le montant accordé à chaque projet diffère entre la période de financement du CRÉS et celle des CLD. En effet, 91% des subventions octroyées par le CRÉS se situent entre 10 000 $ et 49 999 $, alors que 83% de celles accordées par les CLD sont moins de 29 9999 $.



Notons que 9 % des projets octroyés par le CRÉS et 2 % des projets financés par les CLD ont reçu entre 50 000 et 99 999 $. Aucun projet n'a reçu un financement dépassant 100 000 $. Un nombre important de projets a reçu moins de 10 000 $. Ceci s'explique par le fait qu'un CLD de la région a octroyé des montants peu élevés à un grand nombre de projets (19 projets).

Montage financier

Relevons que 59 % (13/22) des projets octroyés par le CRÉS et plus de 81 % (38/47) des projets financés par les CLD ont eu recours à un montage financier. Les bailleurs de fonds qui s'associent au CLD sont nombreux et proviennent d'horizons plus variés qu'à la période du CRÉS. On y retrouve, entre autres, Développement économique Canada, des municipalités, des fédérations, des clubs et des donateurs privés. Pour certains projets, un ministère constitue le bailleur de fonds principal : c'est le cas, par exemple, du ministère de la Famille pour les CPE, de la Santé et des Services sociaux pour les projets d'aide domestique et de l'Environnement pour les ressourceries. D'autres ministères ont aussi été des bailleurs de fonds importants dans cette région : Ressources naturelles et Tourisme. Certains autres bailleurs de fonds financent uniquement les salaires liés aux projets : c'est le cas du Fonds de lutte contre la pauvreté[21] et d'Emploi-Québec.

Tarification

La tarification est très présente dans les deux périodes de financement. En effet, à la période du CRÉS, 77 % des projets (17/22) ont imposé une tarification et à la période des CLD, la tarification est systématique (47/47 projets). Rappelons que les CLD ont fait de la tarification une condition d'admissibilité au financement en économie sociale.

Finalité du financement

Une importante partie des subventions en économie sociale octroyées par le CRÉS a été destinée exclusivement à la création ou à la consolidation d'emplois dans 73 % des projets (16/22). Mais seulement 8 % des projets financés par les CLD (4/47) ont servi à la création et à la consolidation d'emplois. Une importante proportion des subventions accordées par les CLD (66 % ou 30.8/47) a été destinée à l'immobilisation, à la construction et à l'achat d'équipement.

Cependant, durant les deux périodes de financement, un bon nombre de projets ont dû avoir recours à d'autres sources de financement pour payer les salaires des emplois créés ou consolidés. Ainsi, 23 des 43 emplois dans les projets octroyés par le CRÉS ont nécessité un montage financier, représentant ainsi 53,4 % des emplois. C'est dire que la subvention régionale en économie sociale a été suffisante pour payer les salaires de 20 emplois sur 43, soit dans 46,5% des cas. Il est à souligner que si 11 projets ont utilisé la subvention régionale que pour payer des salaires, 7 de ceux-ci n'ont pas nécessité un montage financier, représentant un total de 13 des 20 emplois. Cela signifie que la subvention régionale a servi exclusivement et totalement à payer ces 13 emplois. La très grande majorité des emplois créés ou consolidés par les subventions CLD cependant ont nécessité un montage financier (14 sur 18 ou 77,7 % des emplois).


Donc dans les cas où elle a été utilisée pour payer des salaires, elle l'a été aussi pour une partie de l'immobilisation ou d'achat d'équipements.

Création et consolidation d'emplois

La majorité des organismes promoteurs dont les projets ont été financés pendant la période du CRÉS (95 % ou 21/22) ont créé ou consolidé des emplois directement; alors que ce n'est le cas que de 23 % (11/47) des organismes financés par les CLD. Ainsi, malgré le fait que les organismes promoteurs financés par les CLD aient été en plus grand nombre (47 comparativement à 22 pour la période du CRÉS), moins d'organismes promoteurs ont créé ou consolidé des emplois à la période des CLD (11 organismes) qu'à la période du CRÉS (21 organismes).

Les organismes promoteurs de projets se situant en dehors des axes sectoriels du Chantier de l'économie sociale ont créé ou consolidé (directement à partir de la subvention) sept fois plus d'emplois que les organismes dont les projets faisaient partie des axes sectoriels du Chantier (28 comparativement à 4). Et la création et consolidation d'emplois dans ces projets a été plus importante durant la période du CRÉS (100 % ou 17/17) qu'à celle des CLD (28 % ou 11/39).

Les 21 organismes créateurs et consolidateurs d'emplois financés à la période du CRÉS ont créé ou consolidé 43 emplois, ce qui correspond à un ratio de 1,95 emplois par organisme subventionné. À la période des CLD, 18 emplois ont été créés ou consolidés par 11 organismes créateurs d'emplois, pour un ratio de 0,38 emploi par organisme subventionné (18 emplois par 47 organismes subventionnés).

Qui, des femmes ou des hommes, occupent ces emplois créés ou consolidés au cours des deux périodes de financement ? Quatre fois plus de femmes ont été embauchées à la période CRÉS (36 emplois), qu'à la période CLD (9 emplois) (Tableau 1). Ainsi, cinq fois plus de femmes que d'hommes ont occupé des emplois au cours de la période du CRÉS (36 femmes / 7 hommes). À la période CLD, un nombre identique d'emplois a été créé pour des femmes et pour des hommes (9 emplois), mais la situation d'emploi des hommes a connu une légère augmentation entre la période du CRÉS et la période des CLD, soit un passage de 7 à 9 emplois.

Tableau 1
Région de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine (1997-2001)
Subvention locale ou régionale en économie sociale
Emplois créés et consolidés selon le sexe
(CRÉS et CLD)


 

CRÉS
(1997-1998)

CLD
(1999-2001)

  TOTAL

Femmes

36

9

45

Hommes

7

9

16

Total

43

18

61

Total des organismes créateurs/consolidateurs

21

11

32

© Côté 2005



Le nombre plus élevé d'emplois occupés par des femmes pendant la période du CRÉS peut s'expliquer, en partie, par le nombre de projets d'aide domestique, un secteur correspondant à une activité traditionnellement féminine.



Les conditions de travail changent aussi entre les deux périodes de financement. Alors qu'à la période du CRÉS la majorité des emplois créés ou consolidés ont été à temps plein (95 % des emplois ou 39/43), ce sont surtout des emplois à temps partiel qui ont été créés ou consolidés pendant la période des CLD (78 % des emplois ou 14/18) (Tableau 2).

Tableau 2
Région de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine (1997-2001)
Subventions locales et régionales en économie sociale
Emplois créés ou consolidés à temps plein et à temps partiel
(CRÉS et CLD)


 

CRÉS
(1997-1998)

CLD
(1999-2001)

TOTAL

Emplois temps plein

39

4

43

Emplois temps partiel

4

14

18

Total

43

18

61

© Côté 2005


Il y a eu une légère augmentation des salaires entre la période du CRÉS et la période des CLD, le salaire horaire moyen passant de 10.40 $ à 11.20 $. Mais on constate aussi un écart des salaires et un renversement de situation entre les femmes et les hommes entre les deux périodes de financement. En effet, le salaire horaire moyen des femmes diminue de 10.75 $ à 10.40 $, alors que le salaire horaire moyen des hommes augmente substantiellement (7.75 $ à 12.25 $). Il y a donc renversement de l'avantage salarial des femmes constaté avant 1999.



Formation offerte aux employés

Les organismes promoteurs ont investi dans la formation de leurs employés au cours des deux périodes de financement. En effet, 57 % des organismes promoteurs financés durant la période du CRÉS ont offert de la formation à leurs employés, alors que c'est le cas de 55 % des organismes promoteurs financés à la période des CLD.


[18] Le terme « projet » désigne ce qui a été financé par la subvention locale ou régionale en économie sociale. Plus précisément, le terme « projet » désigne un projet particulier, lié ou non à la mission habituelle de l'organisme, et mis sur pied à l'aide de la subvention en économie sociale.
[19] L'expression « projets recensés » désigne les projets pour lesquels des informations ont été recueillies lors d'une entrevue téléphonique avec la promotrice ou le promoteur du projet.
[20] Rappelons, qu'en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, on retrouve une proportion élevée de personnes âgées, de petites concentrations de peuplement et un phénomène d'exode des jeunes.
[21] Il s'agit ici d'un financement du Fonds de lutte contre la pauvreté qui n'est pas relié à l'économie sociale.











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