4. Les projets en économie sociale subventionnés sur une base régionale ou locale dans les Laurentides 1996-2001 [16]



Nous avons procédé à une recension téléphonique des projets[17] de la région des Laurentides ayant reçu une subvention régionale ou locale en économie sociale entre 1996 et 2001. Pour être retenues, les subventions régionales et locales devaient financer la totalité du projet ou un de ses éléments importants. Les entretiens téléphoniques ont été faits auprès des promoteurs et promotrices de ces projets à partir des listes fournies par le CRDL pour la période 1996-1998, par les 8 CLD de la région pour la période 1999-2001, ainsi que par le Fonds de lutte contre la pauvreté pour la période de 1998 à 2001. Au total, 67 projets ont été subventionnés en économie sociale dans la région : 17 projets par la CRÉSL, 46 projets par les CLD et 4 projets par le Fonds de lutte contre la pauvreté (volet économie sociale). Sur ces 67 projets subventionnés, 56 projets ont été recensés[18]. En effet, dans certains cas, l’organisme promoteur a été dissout et/ou la personne responsable n’a pu être rejointe; dans d’autres cas, le projet n’avait pas encore été mis sur pied au moment de la recension. Pour les 56 projets recensés, des informations sur leur nature, les montants octroyés et l’utilisation des subventions, ainsi que les caractéristiques des emplois créés ou consolidés ont été recueillies. Des 56 projets recensés, 16 projets ont été octroyés par la CRÉSL, 38 projets ont été financés par les CLD, et 2 projets ont reçu du financement du Fonds de lutte contre la pauvreté[19]. Chaque organisme a reçu du financement pour un seul projet.

Nombre et caractéristiques des projets

Deux fois plus de projets ont été financés par les CLD que par la CRÉSL pour une période équivalente (Annexe I). Plusieurs projets financés par les CLD (66 % ou 25/38) sont situés dans des domaines correspondant aux axes sectoriels du Chantier de l’économie sociale, ce qui n’est le cas  que de 19 % (3/16) des projets octroyés par la CRÉSL.



Par ailleurs, 14 des 26 projets correspondant aux axes sectoriels du Chantier de l’économie sociale ont été proposés par des Centres de la petite enfance (CPE). Le nombre important de jeunes familles dans la région pourraient expliquer cette situation. Par ailleurs, le financement stable dont jouissent les CPE en provenance du ministère de la Famille et de l’Enfance a aussi facilité leur admissibilité au Fonds d’économie sociale des CLD de la région, grâce aux critères établis par ceux-ci.



Le nombre de projets recensés en dehors des axes sectoriels du Chantier est demeuré à peu près stable entre les deux périodes (13 projets octroyés par la CRÉSL et 16 projets financés par les CLD). Dans les deux périodes de financement, on retrouve des projets en alimentation, en arts et culture, en jeunesse et loisirs. Aucun projet en défense de droits ou portant directement sur les femmes n’a été financé par les CLD, alors qu’ils représentaient 25 % des projets octroyés par la CRÉSL.




D’autres secteurs d’activité ont été financés par les CLD, tels des projets en éducation, en hébergement communautaire, en tourisme et en soutien à l’entrepreneuriat.




Enfin soulignons que les deux projets financés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont été soumis par deux Centres de la petite enfance (CPE).





Montant des subventions

Une proportion importante des subventions accordées durant les deux périodes de financement sont inférieures à 30 000 $. Ainsi, 14 des 16 projets (88 %) octroyés par la CRÉSL et dix des 38 projets (26 %) subventionnés par les CLD, ont reçu entre 10 000 $ et 19 999 $. Cependant, plusieurs projets ont bénéficié d’un montant plus élevé des subventions accordées pendant la période des CLD. En effet, 39 % des projets (15/38) subventionnés par les CLD ont reçu entre 20 000 $ et 29 999 $ et 13 % des projets (5/38) ont reçu entre 30 000 $ et 39 999 $.





Mais la durée des projets diminue entre les deux périodes de financement : à l’époque de la CRÉSL, 50 % (8/16) des projets ont eu une durée de deux ans, et 25 % (4/16) une durée de trois ans. Les projets financés par les CLD ont plutôt eu une durée d’un an (33 projets sur 38, soit dans 87 % des cas). Enfin, les deux projets financés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont reçu entre 20 000 $ et 29 999 $ et entre 40 000 $ et 49 999 $ respectivement.

Montage financier

Le nombre de projets ayant recours à un montage financier augmente de façon draconienne entre les deux périodes de financement : il s’agit de 38 % (6/16) des projets octroyés par la CRÉSL et de 76 % (29/38) des projets financés par les CLD. Les partenaires qui s’associent aux CLD pour le financement des projets sont nombreux et proviennent d’horizons variés. On y retrouve entre autres le ministère de la Santé et des Services sociaux, Industrie Canada, ainsi que des municipalités et des donateurs privés. Pour certains projets, un ministère constitue le bailleur de fonds principal : c’est le cas par exemple du ministère de la Famille pour les CPE. Certains autres bailleurs de fonds financent strictement les salaires liés aux projets : c’est le cas du Fonds de lutte contre la pauvreté[20] et d’Emploi-Québec.

Par ailleurs, un des deux projets financés par le Fonds de lutte contre la pauvreté a eu recours à un montage financier. Le ministère de la Famille a été associé au financement du projet du Centre de la petite enfance (CPE).

Tarification

On constate une augmentation substantielle de la tarification des projets subventionnés par les CLD. Il faut dire qu’il s’agit là d’un de leurs critères d’admissibilité. En effet, durant la période de la CRÉSL, 31 % des projets octroyés (5/16) imposent une tarification, alors que c’est le cas de 89 % (34/38) des projets financés par les CLD. Les deux projets de CPE financés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont également recours à une tarification.

Finalité du financement

La totalité des subventions en économie sociale octroyées par la CRÉSL a été destinée à la création ou à la consolidation d’emplois[21], alors que ce n’est le cas que de 7,7 ou 20% des subventions allouées pour les 38 projets financés par les CLD.





L’immobilisation, la construction et l’achat d’équipement sont les destinations les plus fréquentes du financement des CLD (20,7 ou 54.4 %). Les deux projets financés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont utilisé la totalité de leur subvention pour la création et la consolidation d’emplois.



Création et consolidation d’emplois

Tous les organismes promoteurs dont les projets ont été octroyés par la CRÉSL ont créé ou consolidé des emplois directement, alors que ce n’est le cas que de 32 % (12/38) des projets financés par les CLD et pour lesquels des données étaient disponibles. On constate par contre une importante diminution de la proportion des organismes créateurs ou consolidateurs d’emplois à la période des CLD. Il est intéressant de noter que malgré le fait que les organismes promoteurs soient en plus grand nombre pendant la période des CLD (39 par rapport à 16 à la période de la CRÉSL), ils sont moins nombreux (12) à avoir créé ou consolidé des emplois que les organismes promoteurs (16) durant la période de la CRÉSL.



Les organismes promoteurs ayant été subventionnés pour un projet situé en dehors des axes sectoriels du Chantier de l’économie sociale ont été trois fois plus nombreux (21) à créer ou à consolider des emplois que les 7 organismes dont les projets sont situés à l’intérieur des axes sectoriels du Chantier. Par ailleurs, la création et la consolidation d’emplois dans les projets en dehors des axes du Chantier de l’économie sociale a été plus importante durant la période de la CRÉSL (100 % des projets) que durant la période des CLD (50 % des projets).

Les 16 organismes qui ont reçu une subvention pendant la période de la CRÉSL ont créé ou consolidé 19 emplois, ce qui correspond à un ratio de 1,18 emploi par organisme. Durant la période des CLD, 34 emplois ont été créés ou consolidés par 12 organismes créateurs d’emplois, pour un ratio de 2,83 emplois par projet, mais ce ratio baisse à 0,89 lorsque l’on considère l’ensemble des projets subventionnés par les CLD.

Tableau I
Région des Laurentides (1996-2001)
Subventions locales et régionales en économie sociale
    Emplois créés et consolidés selon le sexe
(CRÉSL et CLD)


 

CRÉSL
(1996-1998)

CLD
  (1999-2001)

TOTAL

Femmes

13

25

38

Hommes

6

9

15

Total

19

34

53

Total des organismes créateurs/consolidateurs

16

12

28

© Côté, Fournier 2005



Qui, des femmes ou des hommes, occupent ces emplois créés ou consolidés au cours des deux périodes de financement?






Deux fois plus d’emplois ont été occupés par des femmes dans les projets octroyés par la CRÉSL, soit 68 % des emplois (13 femmes et 6 hommes). Et près de trois fois plus d’emplois ont été occupés par des femmes à la période des CLD (74 % ou 25 femmes et 9 hommes). L’importante présence des femmes peut s’expliquer en partie par le financement accordé aux Centres de la petite enfance et aux entreprises d’aide domestique, des secteurs traditionnellement féminins.

Les organismes qui ont été subventionnés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont créé 2 emplois (1 emploi par projet) à temps plein et occupés par deux femmes.

Certaines conditions de travail se sont transformées entre les deux périodes de financement. Alors que davantage de femmes travaillent dans les projets financés par les CLD, plusieurs se retrouvent embauchées à temps partiel. En effet, alors que 68 % (13/19) des emplois créés ou consolidés dans les projets octroyés par la CRÉSL ont été à temps plein, ce n’est le cas que de 47,1 % (16/34) des emplois créés ou consolidés dans les projets financés par les CLD.

Tableau II
    Région des Laurentides (1996-2001)
    Subventions locales et régionales en économie sociale
    Emplois créés ou consolidés à temps plein et à temps partiel
(CRÉSL et CLD)

 

CRÉSL

(1996-1998)

CLD

(1999-2001)

TOTAL

Emplois temps plein

13

16

29

Emplois temps partiel

4

18

22

Information non disponible

2

0

2

Total

19

34

53

© Côté, Fournier 2005



De plus, le salaire horaire diminue entre la période de la CRÉSL et la période des CLD, passant de 13,40 $ à 10,02 $. Soulignons que le salaire horaire féminin connaît une augmentation par rapport à celui des hommes entre les deux périodes de financement. En effet, à la période de la CRÉSL le taux horaire des femmes et des hommes était équivalent (13,41 $ pour les femmes; 13,39 $ pour les hommes), et à la période CLD les femmes ont un taux horaire supérieur à celui des hommes (10,80 $ pour les femmes et 9,23 $ pour les hommes). Pour les deux projets financés par le Fonds de lutte contre la pauvreté, le taux horaire moyen des deux femmes embauchées était de 11,50 $.




Formation offerte aux employés

Les organismes promoteurs ont investi dans la formation de leurs employés davantage à la période de la CRÉSL qu’à la période des CLD. En effet, à la période de la CRÉSL 85 % (11/13)[22] des organismes créateurs ou consolidateurs d’emplois ont offert de la formation à leurs employés, et c’est le cas de 75 % des organismes créateurs ou consolidateurs d’emplois à la période des CLD. Enfin, les deux organismes dont les projets ont été financés par le Fonds de lutte contre la pauvreté ont offert de la formation à leurs employées.


[16] Les données pour cette région ont été recueillies et compilées par Danielle Fournier.
[17] Le terme « projet » désigne ce qui a été financé par la subvention locale ou régionale en économie sociale. Plus précisément, le terme « projet » désigne un projet particulier, lié ou non à la mission habituelle de l’organisme, et mis sur pied à l’aide de la subvention en économie sociale.
[18] L’expression « projet recensés » désigne les projets pour lesquels des informations ont été recueillies lors d’une entrevue téléphonique avec la promotrice ou le promoteur du projet.
[19] Des quatre projets ayant reçu du financement du Fonds de lutte contre la pauvreté (volet économie sociale), deux ont été recensés. Et parce qu’il n’y a que ces deux projets, ils ne sont donc pas inclus dans les tableaux, cependant, les informations sur ces projets sont présentées dans le texte.
[20] Il s’agit ici d’un financement du Fonds de lutte contre la pauvreté qui n’est pas relié au volet de l’économie sociale.
[21] Dans un cas cependant, la subvention a servi aussi à l’achat d’équipement.
[22] L’information n’était pas disponible pour 3 projets.
[23] Il s’agit de la petite enfance, des ressourceries, de l’aide domestique, de centres péri-ressources et de l’insertion en emploi. Voir la note 5 à ce sujet.










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