4. Les projets en économie sociale subventionnés sur une base régionale ou locale au Centre-du-Québec 1997-2002



Nous avons procédé à une recension téléphonique des projets[17] de la région du Centre-du-Québec ayant reçu une subvention régionale ou locale en économie sociale entre 1997 et 2002. Pour être retenues, les subventions régionales et locales devaient financer la totalité du projet ou un de ses éléments importants. Les contacts téléphoniques ont été faits auprès des promoteurs de ces projets à partir des listes fournies par le CRÉS pour la période 1997-1998, par les 5 CLD de la région pour la période 1999-2002 et par le Fonds de lutte contre la pauvreté (volet économie sociale) pour la période 1998-2002. Tous les projets apparaissant sur ces listes et ayant reçu des subventions en économie sociale ont été retenus[18]. Au total, 69 projets ont fait l'objet d'une subvention en économie sociale pendant ces périodes: 18 projets ont été financés à travers le CRÉS, 50 par les CLD et 1 projet par le Fonds de lutte contre la pauvreté[19]. Pour ces 69 projets du Centre-du-Québec, des informations sur leur nature, les montants octroyés, l'utilisation des subventions, ainsi que les caractéristiques des emplois créés ou consolidés ont été recueillies. Chaque organisme promoteur a reçu une subvention pour un seul projet en économie sociale.

Nombre et caractéristiques des projets

Pour la période étudiée, deux fois plus de projets ont été financés par les CLD que par le CRÉS : 50 et 18 projets respectivement. Rappelons que le CRÉS a octroyé des subventions pendant un peu plus de deux ans (1996-1998) et que notre recension couvre aussi les trois premières années des CLD (1999-2002).



La nature des projets a connu une modification importante entre la période pendant laquelle le CRÉS avait la responsabilité de la gestion des fonds en économie sociale et celle pendant laquelle les CLD ont assumé cette fonction. Les CLD ont en effet financé 8 projets dans les axes sectoriels du Chantier de l'économie sociale (aide domestique, ressourceries, petite enfance et insertion en emploi), alors qu'aucun projet de cet ordre n'a été financé par le CRÉS. Le seul projet financé par le Fonds de lutte contre la pauvreté correspond aussi aux axes sectoriels du chantier



Cela dit, la majorité des projets recensés ne correspond pas aux axes sectoriels du Chantier de l'économie sociale (100 % des projets du CRÉS et 84 % des projets des CLD). Certains secteurs d'activité disparaissent complètement à l'arrivée des CLD : la défense de droits, l'éducation, l'enfance-famille, les projets « femmes » et le soutien à la concertation et au développement communautaire (Annexe I).



Le financement reçu au Centre-du-Québec pour des projets portant directement sur les femmes représentait environ 17 % (ou 3 sur 18) du total des projets octroyés par le CRÉS, mais disparaît complètement à l'arrivée des CLD.



On constate par contre une augmentation du nombre de projets financés par les CLD en alimentation et en environnement, ainsi que l'apparition de nouveaux secteurs d'activité : l'agriculture, les communications, l'hébergement communautaire, l'immigration, les loisirs, le soutien à l'entreprenariat, le tourisme et le transport. Enfin, le nombre de projets liés au bénévolat, à la jeunesse et à la santé se maintient de la période du CRÉS à celle des CLD.



Montant des subventions

Les subventions octroyées par le CRÉS se situent pour la plupart (67 %) entre 10 000 $ et 19 999 $. Les CLD ont octroyé des subventions plus élevées : 78 % de celles-ci se situent en effet entre 10 000 $ et 49 000 $ et le CRÉS n'a pas octroyé des subventions de plus de 30 000 $. Les CLD ont même subventionné huit projets à plus de 50 000 $ en un an. Le projet financé par le Fonds de lutte contre la pauvreté a reçu une subvention d'environ 25 000 $.



Montage financier

72 % (13/18) des projets octroyés par le CRÉS et 84 % (42/50) des projets financés par les CLD ont eu recours à un montage financier, ce qui n'est pas le cas du projet financé par le Fonds de lutte contre la pauvreté. On retrouve une diversité de sources de financement et les montants octroyés par chaque bailleur de fonds sont très variables. Pour les projets du CRÉS, les partenaires les plus importants ont été Emploi-Québec, le Fonds de lutte contre la pauvreté[20], Centraide, le programme de Soutien aux organismes communautaires (SOC), le Secrétariat à l'action communautaire autonome (SACA). Pour les projets financés par les CLD, les partenaires ont été les ministères du Tourisme, de l'Agriculture, des Ressources naturelles. Se rajoutent à cette liste des municipalités ainsi que des MRC. Pour certains projets, le bailleur de fonds principal est un ministère provincial : celui de la Famille pour les CPE, celui de la Santé et des Services sociaux pour les entreprises d'aide domestique, celui de l'Environnement pour les entreprises de recyclage et les ressourceries. Certains autres bailleurs de fonds financent uniquement les salaires liés aux projets : c'est le cas d'Emploi-Québec, du Fonds de lutte contre la pauvreté[21], de l'Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) et du Comité d'adaptation de la main-d'oeuvre (CAMO). Plusieurs projets ont aussi nécessité des prêts d'institutions financières ou d'autres programmes ou fonds d'investissement québécois, tels le Réseau d'investissement social du Québec (RISQ), les Prêts aux petites entreprises (PPE), ou le Fonds local d'investissement (FLI).

Tarification

Entre la période de financement du CRÉS et celle des CLD, on observe un renversement de la tendance à la tarification, car seulement 6 % des projets (1/18) ont eu recours à une tarification à la période du CRÉS, alors que ce fut le cas de 94 % des projets financés par les CLD, ainsi que du projet financé par le Fonds de lutte contre la pauvreté.

Finalité du financement

Un renversement de tendance s'observe également en ce qui a trait à l'utilisation du financement. En effet, la majorité des subventions octroyées par le CRÉS a été destinée à la création ou à la consolidation d'emplois (97 % ou 17,5/18)



Mais seulement 16 % des subventions allouées par les CLD (8/50) ont servi à la création et à la consolidation d'emplois. Une importante proportion des subventions accordées par les CLD  a en effet été destinée à l'immobilisation, à la construction, à l'achat d'équipement (47 % ou 23,3/50), au fonds de roulement et à la formation (25 % ou 12,6/50).



Le projet financé par le Fonds de lutte contre la pauvreté a utilisé la subvention pour la création et la consolidation d'emploi, de même que pour l'immobilisation et l'achat d'équipement.

Création et consolidation d'emplois

Tous les organismes promoteurs dont les projets ont été financés pendant la période du CRÉS ont créé ou consolidé des emplois directement (18/18). On constate par contre une importante diminution de la proportion des organismes créateurs ou consolidateurs d'emplois à la période des CLD. Malgré le fait que les organismes promoteurs financés par les CLD aient été en plus grand nombre (50 comparativement à 18 pour la période du CRÉS), le nombre d'organismes (18) ayant créé ou consolidé des emplois est en effet le même. Et les organismes promoteurs de projets se situant en dehors des axes sectoriels du Chantier de l'économie sociale demeurent les principaux créateurs ou consolidateurs d'emplois. Ils ont créé ou consolidé des emplois dans tous les projets (100 % des organismes) à la période du CRÉS, ce qui n'est le cas que de 39,5 % (17/43 organismes) à la période des CLD.

Les 18 organismes qui ont reçu une subvention pendant la période du CRÉS ont créé ou consolidé 19 emplois, ce qui correspond à un ratio de 1 emploi par organisme subventionné. Au cours de la période des CLD, 31 emplois ont été créés ou consolidés par 18 organismes créateurs d'emplois, pour un ratio de 0,6 emploi par organisme subventionné (31 emplois pour 50 organismes subventionnés). L'organisme qui a été subventionné par le Fonds de lutte contre la pauvreté a créé 1 emploi.



Un autre constat intéressant concerne qui, des femmes ou des hommes, occupent ces emplois créés ou consolidés au cours des deux périodes de financement (Tableau 1). Davantage de femmes ont été embauchées à la période des CLD (24 emplois), qu'à la période du CRÉS (15 emplois). Le nombre d'emplois occupés par des hommes a connu une croissance (4 emplois à la période du CRÉS et 7 emplois à la période des CLD). Le Fonds de lutte contre la pauvreté a permis de créer un emploi pour une femme. Toutes périodes confondues, les femmes sont plus nombreuses à avoir été embauchées. L'importante présence des femmes peut s'expliquer en partie par  le financement de projets dans des secteurs traditionnellement féminins, bien que ces secteurs se révèlent passablement différents entre la période du CRÉS et celle des CLD. En effet, à la période des CLD, les projets associés aux axes sectoriels du Chantier de l'économie sociale (aide domestique et petite enfance) ont sans aucun doute embauché un plus grand nombre de femmes, mais les femmes embauchées pendant la période du CRÉS sont liées à d'autres secteurs d'activités.

Tableau 1
Région du Centre-du-Québec
Subvention locale ou régionale en économie sociale
Emplois créés et consolidés selon le sexe
CRÉS et CLD


 

CRÉS
(1997-1998)

CLD
  (1999-2002)

TOTAL

Femmes

15

24

39

Hommes

4

7

11

Total

19

31

50

Total des organismes créateurs/consolidateurs

18

18

36

© Côté 2005



Certaines conditions de travail se sont transformées entre la période du CRÉS et la période des CLD.



Alors qu'à la période du CRÉS la majorité des emplois créés ou consolidés sont à temps plein (95 % ou 18/19), la situation change considérablement à la période des CLD : 23 % (7/31) des emplois sont à temps plein (Tableau 2).

Tableau 2
Région du Centre-du-Québec
    Subvention locale ou régionale en économie sociale
Emplois créés ou consolidés à temps plein et à temps partiel
CRÉS et CLD


 

CRÉS

(1997-1998)

CLD

(1999-2002)

TOTAL

Emplois temps plein

18

7

25

Emplois temps partiel

1

24

25

Total

19

31

50

© Côté 2005



On constate une très légère augmentation du salaire horaire entre la période du CRÉS et la période des CLD (passant de 10,15 $ à 10,40 $). Mais c'est au niveau des différences de salaire entre les hommes et les femmes que les changements sont les plus marqués. Il y a en effet une diminution du salaire horaire moyen des femmes de 10,60 $ à 9,70 $ entre la période du CRÉS et celle des CLD.



Le salaire horaire masculin a connu pour sa part une augmentation entre ces deux périodes de financement (passant de 9,75 $ à 11,10 $). Le salaire horaire de 12 $ accordé à une femme dans le projet financé par le Fonds de lutte contre la pauvreté fait exception.

Formation offerte aux employés

Les organismes promoteurs ont dans la plupart des cas investi dans la formation de leurs employés, mais à des degrés divers. Ainsi, à la période du CRÉS, 61 % (11/18) des organismes créateurs ou consolidateurs d'emplois ont offert de la formation à leurs employés. À la période des CLD, un nombre restreint d'organismes créateurs ou consolidateurs d'emplois leur a offert de la formation (22 % ou 4/18). Et si l'on considère le nombre total des organismes financés par les CLD (50), cela ne représente que 8 % de ceux-ci. Enfin, l'organisme financé par le Fonds de lutte contre la pauvreté a offert de la formation à ses employés.


[17] Le terme « projet » désigne ce qui a été financé par la subvention locale ou régionale en économie sociale.
[18] L'expression « projets recensés » désigne les projets pour lesquels des informations ont été recueillies lors d'une entrevue téléphonique par la promotrice ou le promoteur du projet.
[19] Un seul projet ayant été financé par le volet économie sociale du Fonds de lutte contre la pauvreté, il n'est donc pas inclu dans les tableaux. Les informations sur ce projet sont présentées dans le texte.
[20] Il s'agit ici d'un financement du Fonds de lutte contre la pauvreté qui n'est pas relié à l'économie sociale.
[21] Idem.










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