Introduction
Parmi les facteurs à l'origine de la crise qui frappe la plupart des villes africaines, on peut retenir la faible maîtrise du rythme et du mode d'urbanisation, le mode de gestion urbaine inapproprié ainsi que les déficits techniques et financiers liés à la décentralisation. De telles contraintes expliquent les difficultés des collectivités locales à remplir leur mission de promotion du développement local. Dans ce cadre, les résultats mitigés du système conventionnel de gestion des ordures ménagères que tentent de compenser certaines initiatives populaires, ont amené une bonne partie des collectivités locales sénégalaises, voire africaines, à expérimenter à partir des années 1990, un système de gestion partagée des ordures ménagères en relation avec des groupements socio-économiques.
L'objet de cette recherche est d'interroger, à partir de l'expérience du projet CETOM (Collecte, Évacuation et Traitement des Ordures Ménagères) menée à Saint-Louis du Sénégal, la portée de ce système non conventionnel de gestion partagée des ordures ménagères en termes de performance socio-économique et d'impact sociopolitique, en lien avec la construction d'une gouvernance locale. L'enjeu soulevé est le suivant : la gestion partagée des services publics locaux peut-elle être réduite à un marketing politique des collectivités locales instrumentalisant la mobilisation populaire ? Ou au contraire, n'augure-t-elle pas une plus grande démocratisation de l'accès aux services de base ainsi que l'émergence de nouvelles pratiques de régulation misant sur une gouvernance territoriale ?
À cet effet, nous postulons que la dynamique de gestion partagée des services publics locaux exprime un lieu de lecture et de construction de nouveaux compromis sociétaux. Sous ce rapport, elle informe sur le processus de reconfiguration du mode de régulation locale au Sénégal, particulièrement les modalités de production et de distribution de services publics locaux ainsi que la recomposition de l'architecture institutionnelle locale.
Cette présentation, basée sur des données de terrain récemment collectées dans le cadre d'une thèse de doctorat en sociologie , s'articule autour de trois parties. D'abord, les déterminants à l'émergence du système non conventionnel de gestion des ordures ménagères seront présentés pour situer le contexte. Dans un second temps, le système non conventionnel sera spécifié et illustré par l'expérience menée à Saint-Louis et enfin, l'analyse d'un tel système se fera sous forme d'atouts et de défis.
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