Initiatives socio-économiques des communautés : Amériques
La conjoncture des années 90 a mis en évidence d'importantes luttes sociales pour la démocratie, luttes qui avaient, dans la décennie précédente, favorisé l'essoufflement et le recul d'un certain nombre de régimes autoritaires et de dictatures militaires. Cette nouvelle conjoncture a également fait apparaître un certain militantisme économique et le déploiement de réseaux d'économie solidaire.
Dans de nombreux pays du Sud, les mouvements associatifs locaux dans les bidonvilles tendent en effet à prendre le devant de la scène sociale et politique depuis un peu plus d'une décennie dans le cadre de la constitution de véritables gouvernements locaux. Ils sont également de plus en plus actifs sur le terrain économique. D'où les notions d'économie populaire, d'économie du travail et d'économie solidaire liées à celle de développement local (Corragio, 1999). Parmi l'ensemble des initiatives, nous avons étudié de plus près quelques expériences fortes révélatrices de cette nouvelle dynamique : Villa el Salvador, au Pérou, un bidonville de 350 000 habitants en banlieue de Lima, aujourd'hui devenu une ville dans laquelle la mobilisation sociale des résidents, l'économie solidaire et le développement local ont constitué des éléments déterminants dans la lutte contre la pauvreté ; Porto Alegre au Brésil, municipalité de plus d'un million d'habitants, laquelle pratique une politique de décentralisation de ces budgets au niveau des quartiers, politique dite de budgets participatifs et Fortaleza, également au Brésil, municipalité d'1,8 million habitants qui s'est engagée dans un vaste programme de construction de logements populaires en collaboration avec les associations locales.
Les recherches sur les organisations économiques populaires et le développement local aujourd'hui en Amérique latine demeurent encore bien exploratoires, surtout celles dans lesquelles on retrouve une décentralisation du service public combinée à l'initiative des milieux populaires des bidonvilles. Mais la construction conjointe de l'offre et de la demande de services (privés, publics et d'économie sociale) existe bel et bien. Dans certains cas, elle est liée à des politiques budgétaires décentralisées. Aujourd'hui, dans la foulée de Porto Alegre et de Villa el Salvador, des centaines de municipalités dans de très nombreux pays d'Amérique latine (Brésil, Argentine, Pérou, Chili, Uruguay?) s'intéressent à cette perspective nouvelle qui ouvre des voies encore insoupçonnées. Pour notre part, c'est de ce côté que nous avons orienté nos plus récents travaux de recherche .
Sous toute réserve, compte tenu du caractère encore exploratoire de nos travaux, nous formulons les trois propositions suivantes :
1) Les nouvelles expériences de développement local en Amérique latine sont le produit d'une rencontre entre une population marginalisée et des leaders associatifs inscrits dans le sillage de mouvements sociaux locaux.
2) Ces expériences sont généralement aussi le produit d'une rencontre entre le leadership populaire issue de communautés locales d'une part, et d'autre part d'ONG nationales qui assurent, par leurs compétences, un support professionnel nécessaire à leur développement comme municipalité et comme collectivité organisée sur le plan socio-spatial (les groupes de quartier) et socio-économique (micro-entreprises initiées par des groupes de femmes, des groupes de jeunes, des petits entrepreneurs et des petits commerçants).
3) Ces expériences savent aussi mettre à profit une coopération internationale décentralisée, celle qui favorise par exemple des jumelages de municipalités, d'écoles, de centres de santé, etc... et des soutiens techniques divers (aide à la petite entreprise?)
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