Initiatives socio-économiques des communautés : Amériques


Develtere, Patrick et Benedicte Fonteneau (2004). Économie sociale, emploi et protection sociale dans un État faible : le cas d'Haïti. Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités, Série Comparaisons internationales, no. 17, Université du Québec en Outaouais, 14 pages.


Résumé

Sur une population active de 4 millions d’habitants, près de 3 millions d’haïtiens se retrouve au chômage. Le PIB réel déjà faible n’a cessé de chuter au cours des dix dernières années. Haïti est devenu le pays le plus pauvre de l’hémisphère Nord et, avec un Indicateur de Développement Humain (IDH) de 0,440, l’un des plus pauvres du monde. La situation sociale et économique d’Haïti est caractérisée par une exclusion sociale aiguisée et quasi-généralisée. Déjà en 1998, une étude publiée par la Banque Mondiale estimait que 80% de la population rurale haïtienne vivait au-dessous du seuil minimal de pauvreté établi à 220 $ US/an (Wiens et Sobrado, 1998).


Cette situation de pauvreté s’est accentuée par la crise structurelle multiforme qu’a connue le pays au cours des cinq dernières années entraînant ainsi l’exacerbation du phénomène d’exclusion sociale. Aujourd’hui, moins de 3% de la population haïtienne bénéficie d’une couverture partielle en termes de protection sociale. De plus, 63% de la population n’a pas accès à l’eau potable et 55% n’a pas accès aux soins de santé. Les revenus et la richesse sont extrêmement concentrés en faveur d’une petite élite urbaine : 70% des prêts du secteur banquier formel est destiné à 2% des clients. L’exclusion de la population rurale est un problème de taille. La population ne possède même pas de carte d’identité, disposition de base de la reconnaissance d’une citoyenneté.


L’État haïtien est dans l’impossibilité d’assurer de façon continue une politique de satisfaction des besoins sociaux. Cette situation a favorisé le développement de systèmes de solidarité parmi les salariés du secteur formel de l’économie, mais également parmi les non salariés de l’économie informelle, rural et urbain. Beaucoup de ces initiatives relèvent du domaine de l’économie sociale. Essayons de comprendre, dans un premier temps, les effets de la pauvreté généralisée, du chaos social et politique sur le développement du secteur de l’économie sociale afin de mieux saisir la contribution de celle-ci dans la résolution de problèmes majeurs. En d’autres mots, nous voulons savoir si l’économie populaire peut être plus qu’un palliatif social et économique auto-prescrit. En l’absence d’une société civile structurée et d’un État actif (Favreau et Fréchette, 2002 : 97-102), une véritable économie sociale peut-elle se développer ?

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