Nouvelles formes de solidarité internationale


Favreau, Louis (dir.) avec A. Beaudouin, P. Caron, A. Gaboury et R. Lantagne (2004). L'engagement international du mouvement coopératif québécois: portrait de quatre organisations soutenant le développement de collectivités au Sud. Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités, Série Comparaisons internationales Nord-Sud et Sud-Sud, no.7, Université du Québec en Outaouais, 41 pages.


Le mouvement coopératif québécois est-il engagé dans la coopération au développement avec des organisations de sociétés du Sud en Afrique, en Amérique latine ou en Asie? Certains le savent, ceux qui sont dans le "inner circle" de la coopération Nord-Sud; d'autres, et c'est la majorité, l'ignorent. Le présent cahier veut combler en partie cette lacune en fournissant quelques exemples significatifs tirés du monde de la finance communautaire (le soutien à la mise sur pied de réseaux de caisses d'épargne et de crédit) ou du monde de la finance solidaire (le soutien à la capitalisation d'entreprises sociales), tirés aussi du monde de l'organisation des coopératives agricoles (gestion de l'offre de produits) ou de coopératives engagées dans le développement de communautés par le commerce équitable.


Créé en 1970, Développement international Desjardins (DID) travaille dans l'immense chantier de la finance communautaire dans plus de 20 pays d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie en soutenant le développement de mutuelles d'épargne et de crédit.

Tandis que la Caisse d'économie des travailleurs et travailleuses du Québec, affiliée au mouvement des caisses Desjardins, évolue depuis les années 90 dans la finance solidaire en soutenant la mise sur pied d'initiatives d'insertion socioprofessionnelle (jeunes de la rue de Cirque du Monde par exemple), des reprises d'entreprises, des filières de commerce équitable?


De son côté, en 1993, l'Union des producteurs agricoles (UPA) crée l'UPA Développement international. L'UPA DI pratique la coopération de paysans à paysans avec une bonne trentaine d'organisations d'une quinzaine de pays d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie, surtout dans la commercialisation collective de produits agricoles, concrètement par la mise sur pied de coopératives dans une perspective de développement durable d'une agriculture viable.

Pour sa part, la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI) accompagne quelques 325 projets depuis sa naissance en 1985 dans des domaines aussi variés que les ressources forestières ou le commerce équitable de différents produits du secteur agro-alimentaire.


On le verra, la contribution de ces quatre organisations est impressionnante et surtout très méconnue. Mais de cette lecture, il convient de relever, derrière ces organisations, deux choses importantes :


1) La participation de mouvements sociaux au développement économique, chose généralement ignorée ou certainement sous-estimée. C'est l'UPA, c'est-à-dire historiquement le syndicalisme agricole québécois qui développe un modèle coopératif dans le secteur agro-alimentaire pour assurer une gestion collective des produits de ses membres offerts sur le marché. UPA DI, c'est la traduction de cette orientation dans un travail avec le mouvement paysan dans des sociétés du Sud. La Caisse d'économie ici présentée, c'est l'utilisation de l'argent des syndicats de la CSN pour en faire un outil de développement économique, d'un développement qui soit autre et sa traduction dans des engagements internationaux conséquents avec cette option. SOCODEVI, de son côté, est un dispositif associatif, une OCI qui traduit l'engagement international du mouvement coopératif de différents secteurs (mutuelles d'assurance, coopératives forestières?) tout comme DID traduit celui du mouvement Desjardins.


2) la part de l'économie sociale québécoise au développement de la société québécoise. Desjardins n'est-il pas né au début du 20e siècle sur la base d'un déficit d'institutions financières qui seraient propres au Québec pour assurer le développement de cette société tout comme l'Union des producteurs agricoles a mis sur pied des coopératives pour assurer la commercialisation collective des produits de ses membres (lait?). De même, plusieurs organisations à l'origine de la création de SOCODEVI évoluent depuis très longtemps dans le monde des mutuelles d'assurance, jadis nommées sociétés d'entraide pour avoir initié le processus de socialisation des risques de maladie, d'accidents?.en des temps où l'État social était encore une utopie.


Comment expliquer l'émergence de ces initiatives où on s'associe pour produire autrement, pour faire du commerce autrement (notamment en coupant dans le réseau des intermédiaires) et pour s'entraider dans les moments difficiles? À l'origine de ces initiatives, il y a l'insécurité des classes populaires du Canada français, les inégalités sociales fortes vécues par ce groupe social et national au sein du Canada, les retards de l'agriculture et l'émigration vers le Nord-Est américain . À l'origine de ces initiatives, il y a l'appartenance à un groupe, l'identité, la volonté d'un vivre ensemble d'une communauté particulière. À l'origine de ces initiatives, il y a la rencontre de leaders populaires et de professionnels (qui fournissent leur expertise) ou d'intellectuels (qui donnent une perspective dans la durée à celles-ci). Telles sont les trois explications les plus couramment avancées . Ce sont là trois moteurs d'action collective qui ont fait émerger l'économie sociale au Nord il y a 150 ans et qui sont probablement aujourd'hui des moteurs de développement au Sud .


Mais ce qui est tout aussi intéressant de savoir, c'est que le constat de départ de toutes ces initiatives n'est pas la pauvreté mais plutôt le manque d'organisation de communautés sur le terrain du développement économique lequel manque génère la dépendance par laquelle vient la pauvreté. Telle est la matrice d'origine du "modèle québécois de développement" à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Comment alors ne pas penser à une certaine similitude avec la situation actuelle de nombreuses sociétés du Sud aujourd'hui :


1) similitude de diagnostic : un monde populaire acculé à la survie et donc aux petits boulots ou à la migration (vers la ville ou vers les pays du Nord) ou encore asservis par les conditions qu'imposent des intermédiaires à la circulation des produits locaux;


2) similitude de perspective : la lutte contre les inégalités est une lutte contre la dépendance et passe donc par un développement de l'intérieur et non pas, comme le prétendent libéraux et néo-libéraux, par un processus de capitalisation extravertie complétée subsidiairement par des dispositifs de gestion sociale qui ciblent les populations les plus pauvres.


Nous voulons donc ici vous présenter ces organisations en laissant à des dirigeants de celles-ci le soin de vous expliquer ce qu'ils font, pourquoi et comment. Ce cahier s'inscrit dans la foulée de nos recherches sur la coopération internationale québécoise (l'ONG Plan Nagua de Québec; l'ONG Développement et Paix?.) et du livre que nous avons commis (Favreau et Fréchette, 2002) sur l'économie sociale et le développement local au Nord et au Sud en contexte de mondialisation. Il vient aussi donner un avant-goût des ouvrages que nous avons mis en chantier dans le prolongement de la conférence internationale sur la démocratie et le développement (UQO septembre 2003) pour l'année 2004 -2005 soit :


1) un ouvrage sur l'Altermondialisation, l'économie sociale et la coopération internationale sous la direction de Favreau, L., Larose G. et A. S. Fall (2004), Presses de l'Université du Québec, Sainte-Foy.


2) un ouvrage sur Le Sud et le Nord dans la mondialisation. Quelles alternatives? sous la direction de Fall, A. S., Favreau, L. et G. Larose (2004), Presses de l'Université du Québec, Sainte-Foy.


3) un ouvrage sur l'Afrique qui se refait : initiatives économiques populaires, développement et démocratie sous la direction de Fall, A. S., Favreau, L. et G. Larose (2005), CRDC, UQO, Gatineau.


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