Mouvements sociaux au Nord et au Sud

Coopération, économie sociale et solidarité internationale: commerce équitable


Gendron, Corinne (2004). Un nouveau mouvement socio-économique au c?ur d'une autre mondialisation : le commerce équitable. Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités, Série Comparaison Internationale, no.19, Université du Québec en Outaouais, 30 pages.


Introduction

On présente souvent la mondialisation économique comme une vague uniforme qui, tel un raz-demarée, déstructure tout sur son passage. Pourtant, lorsqu'on l'analyse d'un peu plus près, la mondialisation apparaît d'abord et avant tout comme un processus à géométrie variable dont l'uniformité réside davantage au niveau du discours que de l'opérationnalisation de principes universels. Cette géométrie variable est révélatrice des rapports de force qui transparaissent dès lors qu'aux prises avec un enjeu particulier, l'acteur dominant adopte un comportement ou une position qui semblent s'éloigner de l'idéologie qui légitime pourtant, tel un grand parapluie, l'ensemble de ses interventions et de ses politiques. Le secteur de l'agriculture est tout à fait révélateur de cette mondialisation à géométrie variable, alors que les principes libre-échangistes semblent battus en brèche par ceux-là mêmes qui les brandissent pour appuyer leurs actions dans d'autres sphères de l'économie. Le Double Standards Index (DSI) ? Indice du deux poids, deux mesures développées par Oxfam, illustre bien ces écarts aux principes du libre-échange. Il permet tout d'abord de constater que les produits agricoles ou à forte intensité de main d'?uvre en provenance des pays en développement sont soumis à des barrières tarifaires plus importantes que les produits industrialisés principalement exportés par les pays industrialisés (Oxfam, 2002 : 116). Ainsi, les tarifs moyens sur les produits agricoles s'élèvent à environ 10 % aux États-Unis et au Canada pour atteindre plus de 20% en Europe et au Japon. Par ailleurs, les produits agricoles transformés exportés au Japon et au Canada sont sujets à des tarifs trois fois plus élevés que les produits non transformés. À titre d'exemple, le cacao est soumis à des droits d'importation de 1,5% pour les fèves, de 9 % pour le beurre, et de 12 % pour la liqueur et la poudre de cacao (Maes, 2001 : 101). Par ailleurs, les subventions aux agriculteurs représentent plus de 60 % du revenu agricole au Japon, 40 % dans l'Union Européenne, et environ 20 % aux États-Unis et au Canada (Oxfam, 2002 : 114). Ces subventions agricoles étaient d'ailleurs au c?ur de l'échec de la conférence de Cancun tenue dans le cadre du cycle de négociations lancé à Doha en novembre 2001....

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