Nouvelles formes de solidarité internationale
Faire l'examen du pôle associatif de développement au Sud et de la coopération internationale qui lui correspond, c'est d'abord parler d'aménagement des bidonvilles, de développement d'une économie populaire et solidaire - souvent à partir d'un secteur informel soutenu par le micro-crédit et la microfinance - et de développement durable (recyclage de déchets urbains...).
Faire l'examen de ce pôle associatif au Sud, c'est ensuite parler d'une économie sociale et solidaire émergente qui doit beaucoup aux ONG dites de développement (pour les différencier des ONG d'urgence ou d'aide humanitaire). C'est l'aiguillon qui l'alimente. Pour cela il faut rappeler ce qui caractérise l'essentiel du travail de ces ONG. À partir des années 1960 en Asie, du début des années 1970 en Amérique latine et du début des années 1980 en Afrique, le travail des ONG de développement et la solidarité internationale qui l'accompagne font un bond qualitatif important : ce travail est désormais associé surtout à des projets initiés directement dans des communautés locales et non plus à des initiatives venues d'en haut, c'est-à-dire gouvernementales.
Au fil du temps, plusieurs de ces ONG sont devenues des lieux privilégiés d'intervention de développement local de type associatif et de soutien à des initiatives d'économie solidaire, ce qui signifie, grosso modo, un travail autour de trois axes:
1) une intervention de soutien à des micro-projets à l'intérieur de communautés locales motivées par le changement de leurs conditions de vie sur le plan de l'emploi, de la santé, du logement, de l'éducation;
2) la défense de droits sociaux de catégories particulièrement bafouées de la population, notamment des paysans dans les campagnes et des habitants dans les bidonvilles, par l'organisation de comités de quartier autour de questions vitales comme l'accès à l'eau et à l'électricité de même qu'à de l'équipement collectif en matière de santé et d'éducation;
3) la mise en ?uvre de démarches de développement économique et social, local et intégré, permettant l'auto-organisation de collectivités locales autour de priorités qui génèrent des projets coopératifs et associatifs à volets multiples où se croisent la résolution de problèmes d'emploi, d'aménagement du territoire, de santé communautaire, d'alphabétisation des adultes et de mise sur pied de centres d'éducation et de centres communautaires ;
4) la mise en ?uvre de démarches partenariales de développement local (et même régional) de ces ONG avec le secteur privé (la PME surtout) et des municipalités.
Ces ONG sont des organisations de coopération internationale (OCI), c'est-à-dire des ONG de pays du Nord travaillant avec leurs semblables au Sud car les ONG de ces pays se sont de plus en plus multipliées dans les trois dernières décennies. C'est cette dynamique de soutien au développement local au Sud et de coopération Nord-Sud entre ONG que nous pouvons examiner de plus près à partir de l'expérience de Plan Nagua, une OCI québécoise qui travaille en collaboration avec des ONG de République Dominicaine depuis 30 ans.
Avec cette monographie de Plan Nagua, la Chaire de recherche en développement communautaire (CRDC) veut prolonger, dans sa série Pratiques économiques et sociales, un ensemble de travaux sur les pratiques de développement local et de coopération internationale, travaux amorcés avec l'expérience de Villa el Salvador au Pérou (Favreau et Fréchette, 1998), travaux qui se continueront également avec une monographie sur une autre OCI québécoise (et canadienne), Développement et Paix (van Kemenade et Favreau, 2000).
Louis Favreau, coordonnateur
Chaire de recherche en développement communautaire
Université du Québec à Hull
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