Nouvelles formes de solidarité internationale
L'effervescence de l'économie sociale dans les pays du Sud
Au cours des dernières décennies, avec l'aggravation de la crise économique et la mise en ?uvre des réformes économiques dans la plupart des pays d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie, les phénomènes de pauvreté et d'exclusion sociale ont pris une ampleur considérable. La restructuration des États et la contraction des dépenses publiques ont conduit les pouvoirs publics à diminuer la part des budgets nationaux consacrée aux services sociaux de base. De sorte que des secteurs essentiels au développement à long terme - tels que l'alimentation, l'éducation et la formation, la santé et la sécurité sociale, l'hydraulique et l'habitat - se voient désormais menacés. Une partie croissante de la population, et en particulier les groupes pauvres et vulnérables, se trouve de ce fait quasiment exclue des circuits économiques et sociaux qui, il n'y a pas si longtemps, produisaient à l'aide des États, des services collectifs de base qui se voulaient accessibles à tous. Elle est, par conséquent, de plus en plus marginalisée.
La marge de man?uvre des États dans leur fonction de redistribution étant réduite, les populations se retrouvent plus que jamais contraintes de développer de nouvelles formes de solidarité et d'entraide, économiques et sociales tout à la fois, afin de résoudre les problèmes les plus cruciaux auxquels elles sont confrontées. Aussi, on assiste depuis une dizaine d'années, à un véritable foisonnement d'organisations de type coopératif, mutualiste et associatif qui se créent dans le sillage des mouvements paysans et ouvriers, des mouvements de développement communautaire ou de quartier ou au c?ur des activités du secteur informel. Ces organisations se développent sans guère compter sur l'intervention publique et s'inspirent généralement d'initiatives et de pratiques existantes.
Bien que bon nombre d'entre elles soient longtemps restées dans l'ombre en raison notamment de leur caractère généralement très localisé, ces nouvelles formes de solidarité commencent progressivement à être considérées comme un point d'ancrage essentiel pour un développement économique durable dans les pays du Sud. Dans les zones rurales et urbaines, à côté des structures publiques et du secteur privé, se développent une multitude d'acteurs sociaux (coopératives, mutuelles, associations, syndicats, ONG, groupes de solidarité sociale, etc.) qui construisent et revendiquent tout à la fois un réel pouvoir et une influence plus marquante dans la vie publique, tant aux niveaux économique et politique que social. C'est dans ce sens que l'on parle volontiers, à l'heure actuelle, de l' "émergence" d'une économie populaire dans les pays du Sud qui, à bien des égards, s'apparente à l'économie sociale des pays du Nord.
Au niveau économique, les organisations d'économie sociale visent la réalisation d'un ensemble d'activités qui puissent jeter les bases d'une amélioration du cadre et des conditions de vie. Aux niveaux institutionnel et social, l'existence même des organisations d'économie sociale dans le Sud constitue de facto un élément positif. En effet, ces organisations contribuent à la multiplication des acteurs sociaux. Au niveau politique, au point de vue de la participation démocratique, elles concourent à la suppression des monopoles politiques et à la diffusion d'un modèle de société multipolaire, plus démocratique, où chacun - y compris les jeunes générations - peut exercer son sens de la responsabilité. L'impact potentiel de la dynamique de l'économie sociale est donc considérable.
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