Société et politique : Enjeux internationaux


Thede, Nancy et Daniel Tremblay (2003). La nouvelle société civile. Établir la gouvernance mondiale. Le Devoir, Cahier spécial, samedi 13 septembre, p. G2.


Un nombre croissant d'acteurs qui n'ont en rien le profil d'institutions, de chefs d'État ou de diplomates internationaux affichent une puissante volonté de participer au développement international. Ils réclament également le droit et les moyens de participer à la gouvernance de notre monde, lequel ne se résume plus à une "communauté internationale", mais comporte aussi une forte part de flux transnationaux qui échappent assez largement au contrôle des États et des organisations intergouvernementales.

Une mouvance, appelée "société civile internationale", est en voie de constitution et elle évolue rapidement. Initiée par de grandes organisations non gouvernementales (ONG) basées dans les pays du Nord et axée sur le débat autour des politiques des institutions internationales, elle se diversifie et se complexifie au gré des enjeux de la mondialisation. On assiste depuis peu, en effet, à l'émergence de nouvelles formes d'articulation de cette société civile internationale, portée maintenant par des mouvements sociaux et non plus seulement par des ONG.

Ces nouveaux acteurs de la scène internationale travaillent à la fois sur le plan des politiques internationales et sur celui des pratiques locales (par le biais d'échanges, de réseautages, de stratégies communes). Se définissant comme membres de réseaux Nord-Sud, ils ajoutent une dimension radicalement nouvelle à la société civile internationale. Dépassant un objectif longtemps fixé par des ONG de développement international, ils arrivent à concrétiser l'échange solidaire et égalitaire. Le commerce équitable illustre bien ces nouvelles pratiques qui comportent un aspect de développement international, mais ce n'est pas leur seule raison d'être.

Plusieurs initiatives québécoises et canadiennes s'inscrivent dans cette dynamique. C'est le cas, pour citer un exemple issu de l'économie sociale et solidaire, du GESQ (Groupe d'économie solidaire du Québec), qui a participé à la création du Réseau international de promotion de l'économie sociale et solidaire (RIPESS), lequel est d'ailleurs soutenu par deux ONG du Québec, le CECI (Centre canadien d'étude et de coopération internationale) et l'organisation Développement et Paix. C'est le cas aussi d'autres organisations comme le Carrefour mondial de l'Internet citoyen à Montréal et Telecommunities Canada, en Colombie-Britannique, qui ont contribué à fonder Global CN - Plateforme des réseaux citoyens (www.globalcn.org) - un partenariat de groupes de partout dans le monde travaillant à conjuguer besoins sociaux et nouvelles technologies de l'information et de la communication. Citons aussi les nombreuses organisations regroupées au sein du Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC) et de Common Frontiers, tous deux participant à l'Alliance sociale continentale, coalition d'organisations qui veulent s'assurer que le libre-échange fera progresser le niveau de vie et la protection des droits des peuples des Amériques. Les syndicats d'enseignants et d'étudiants ont créé, pour leur part, l'Internationale de l'éducation pour défendre le droit à une école publique de qualité.

Partenaires

Les exemples foisonnent. Dans cette démarche, ces mouvements ont pu mobiliser un appui de la part de certaines institutions de coopération dont Développement international Desjardins, le Fonds de solidarité de la FTQ, la Caisse d'économie des travailleurs et travailleuses de Québec, l'Union des producteurs agricoles et de plusieurs ONG regroupées au sein de l'Association québécoise des organisations de coopération internationale (AQOCI). Des appuis proviennent aussi d'organismes paragouvernementaux, tels le Centre de recherche en développement international (CRDI) et Droits et Démocratie, et même parfois de l'ACDI. Ces appuis sont appréciables, mais il demeure que l'initiative de la définition des priorités et des rapports à établir est entre les mains de ces nouveaux réseaux internationaux.

Il est impossible de dresser aujourd'hui le bilan de ce mouvement, ou même de décrire avec précision tous les acteurs qu'il mobilise, leurs intérêts, leurs ressources, leurs réalisations, leurs potentialités et leurs limites. Par contre, il est clair qu'il sera de plus en plus difficile pour les États et pour les grandes organisations intergouvernementales d'ignorer les "représentants" de cette "altermondialisation". S'ils n'ont pas, comme les manifestants "antimondialistes", l'art de s'attirer l'attention des médias et s'ils sont loin de disposer des mêmes moyens que les pouvoirs publics, ces "altermondialistes" possèdent en revanche un riche capital de réseaux, de compétences et d'idéaux dont l'émergence présage un nouveau souffle pour l'avenir de la planète.

Nancy Thede, anthropologue, et Daniel Tremblay, politologue, sont rattachés à la Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités de l'UQO.

© 2003 Le Devoir. Tous droits réservés.

Doc. : news·20030913·LE·35877

Ce matériel est protégé par les droits d'auteur.Tous droits réservés.
© 2001 CEDROM-SNi

 

 

 


L'Observatoire en économie sociale, en développement régional et en organisation communautaire est une collaboration
de l'ARUC-ISDC, du CÉRIS, de la CRDC et du CRDT