Gouvernance et participation


Jacquier, Claude (2009). Crises, développement soutenable et modes de régulation. Quelques enseignements européens. Cahier de l'ARUC-ISDC, Série Documentation et diffusion, no. 10, Université du Québec en Outaouais, 20 pages.


Depuis deux décennies, en Europe, des politiques intégrées de développement urbain soutenable ont vu le jour dans de nombreuses villes. Ces politiques relèvent de processus coopératifs complexes dans
lesquels les communautés territoriales et les autorités locales jouent un rôle essentiel. A l’heure des défis liés aux limites de l’exploitation des ressources de la planète, redoublés par les multiples crises notamment financière, les sociétés européennes, comme les autres sociétés «post-industrielles» dans le monde, mais aussi les pays émergents et les pays en voie de développement ont désormais à affronter des défis dont les solutions doivent obligatoirement s’enraciner conjointement dans les trois sphères d’activités (économie, social, environnement) identifiées par le rapport Brundtland. Mais, alors que le rapport Brundtland prône des interactions fortes entre ces sphères devenues disjointes, il ne mentionne pas suffisamment le fait que ce ré-encastrement ne peut se faire spontanément par les mécanismes d’ajustement marchand et qu’il y faut d’autres formes de régulation de nature socio-politique.

Le développement soutenable qui est la résultante espérée de ces interactions ne peut être obtenu qu’en construisant des coopérations entre les acteurs de ces sphères et en régulant conjointement trois
systèmes de contradictions imbriqués (économie et social, économie et environnement, social et environnement) dans lesquels s’inscrivent les acteurs de la ville et entre lesquels il est nécessaire de construire des coalitions socio-politiques dynamiques. La régulation de ce triple système contradictoire impose de mobiliser les niveaux politico-institutionnels appropriés. Si le local s’impose désormais pour penser et agir car il s’agit de «faire avec» ce qui existe déjà et de coproduire ainsi de nouvelles combinaisons d’acteurs, il ne faut pas oublier les articulations nécessaires avec d’autres niveaux d’organisation des territoires. On ne peut plus en effet penser l’action en ces domaines en ne prenant en compte que le marché ou le rôle du gouvernement central et en passant sous silence les instances intermédiaires que sont les villes, les régions, les organisations communautaires et les formes de solidarité. Les multiples crises à l’oeuvre créeront peut-être les conditions pour repenser ce que pourrait être un état de bien-être dans lesquelles villes et régions pourraient occuper une place originale et jouer un rôle essentiel.

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