Ce texte veux réfléchir sur la portée de la politique de fusions municipales du gouvernement québécois pour le développement présent et futur des régions québécoises. Depuis que le développement des régions a pris le tournant du développement local (Jean, 1989), les gouvernements municipaux ont pris une part importante comme acteurs publics de ce développement (Soulage, 1994; Demazière, 1999). Pour Pierre Filion, les municipalités auraient en partie pris la relève des grandes politiques de développement régional qui ont montré leur essoufflement :
This interest in local economic development can be traced to the coinciding of a growing awareness of the limited effectiveness or regional development programmes - particularly in times of stringent fiscal restraint - with a growing involvement of municipalities in matters of economic development […] Local economic development consists of efforts by municipal governments or other community-based organizations to stimulate economic activity at the local level. Municipal governments tend to take the leading role because of the legitimacy associated with their representation system and their financial resources, which generally exceed those of other community organizations (Filion, 1991 : 349).
Dans la mesure où les municipalités ont un rôle important à jouer en matière de développement régional, les réformes municipales peuvent très bien être vues et analysées comme des politiques de développement dans les mains des gouvernements supérieurs au même titre que la décentralisation (Klein, 1995) ou les politiques de la ruralité (Campagne, 2001) . C'est dans une telle perspective que je vais aborder la politique de regroupements municipaux lancée en 2001 par le gouvernement québécois. Celle-ci mérite d'être analysée du point de vue de sa contribution au développement régional ne serait-ce que parce qu'elle vise, de façon très explicite, à renforcer la capacité du monde municipal québécois (plus particulièrement les municipalités urbaines) d'assumer pleinement son rôle de plaque tournante du développement des territoires (MAMM, 2000 : 33 et 34).
Le gouvernement mise, en effet, sur le renforcement des villes régionales afin d'en faire des " pôles socio-économiques forts " aptes à faire face aux impératifs de la compétition mondiale et à porter le développement des territoires régionaux (MAMM, 2000; Proulx, 2001). Cette appréciation voulant que les fusions soient capables de renforcer le développement des territoires est contestée. Plusieurs commentateurs (Dansereault et al., 2001; Sancton, 1999), font ainsi valoir que les regroupements municipaux ne sont pas en soi porteurs de développement. Andrew Sancton (2000 : 164) est catégorique là dessus lorsqu'il tient les propos suivants : "As countless American city regions have proved, city-regions can grow, prosper, and breed innovation when there are dozens or even hundreds of municipalities. Municipal amalgamation has nothing to do with economic development ".
Sans aller jusqu'à dire que les fusions municipales n'ont rien à voir avec le développement, on peut tout de même convenir, avec ces auteurs, de la nécessité d'interroger la pertinence d'une stratégie de fusions pour le développement à venir des régions. Est-ce que les regroupements municipaux sont réellement aptes à renforcer les municipalités dans leur quête de développement local et régional ?
Bien entendu, puisque c'est de l'avenir des régions dont il est question, la démarche prise ici ne peut faire autrement que d'être en partie prospective. Si on ne peut affirmer en toute certitude quels seront les effets des fusions sur l'avenir des régions, on peut tout de même déjà déceler des indices qui permettent de croire qu'elles n'auront pas les effets escomptés en matière de développement régional. Plus spécifiquement, je vais tout d'abord montrer que la politique de fusions municipales à cause de sa logique de centralisation est peu compatible avec les pratiques contemporaines de développement régional qui elles sont de plus en plus marquées par une logique résiliaire. Par la suite, j'argumenterai que la centralisation de la gouverne, puisqu'elle n'est pas propice à l'innovation, risque d'être décevante en matière de développement régional.
... Voir la suite