Au-delà des rituels de la rentrée scolaire et des grandes actualités, une préoccupation de société demeure : le problème du décrochage scolaire au secondaire au Québec, dont le taux moyen dans l'ensemble est de l'ordre 37 %. Malgré les réformes scolaires des vingt dernières années, le haut taux d'abandon scolaire semble perdurer. Pour peu que l'on fasse une brève rétrospective de ces années, on est frappé par deux choses.
En premier lieu, on constate que les réformes scolaires ont consisté surtout à des transformations du système scolaire en une série d'instruments d'enseignement (organisation scolaire, méthodes d'enseignement, formules pédagogiques, modes d'apprentissage et d'évaluation des connaissances, etc.). Ainsi, la réforme scolaire actuelle préconise le non-redoublement des élèves du secondaire. L'école s'engage à garantir au jeune un minimum de connaissances qui représentent un plancher au-dessous duquel l'apprentissage scolaire et l'assimilation d'une matière ne doivent pas s'abaisser. On offrira des mesures d'appoint (par exemple des cours d'été, l'insertion temporaire dans un groupe de niveau inférieur) aux jeunes qui n'auront pas acquis ce minimum de connaissances.
En second lieu, on remarque que le discours ambiant et dominant sur la finalité du système d'éducation est essentiellement utilitariste. On va à l'école pour avoir un job, pour s'insérer sur le marché du travail et réussir dans la vie au sein d'une société de super-consommation. Si ce discours est repris et devient un refrain dans la famille, la parenté et le milieu social du jeune, la probabilité de persévérance scolaire devient très faible chez lui. La fin de l'éducation étant l'emploi, n'est-il pas raisonnable de cesser de fréquenter l'école dès qu'on a trouvé un ? D'ailleurs, rien ne garantit que les études terminées, on aura un emploi. Alors, à quoi bon de persévérer à l'école ! Ainsi va le discours actuel.
Mais il y a l'autre conception de l'école qui considère davantage la valeur humaniste de l'éducation scolaire. Il y a quelques années, Lise Bissonnette écrivait dans un éditorial que le but de l'éducation c'est : " la liberté. Pas l'emploi, aussi choquant que cela paraisse. Car la liberté, c'est ce qui permettra à l'emploi d'être un travail et non de l'esclavage, de maîtriser l'environnement plutôt que s'y asservir. Et la liberté passe par la croissance du niveau catastrophique de culture de nos écoles, notamment secondaires, bien avant leur copinage avec les employeurs " (Le Devoir, vendredi, 1er mai, 1992). L'éducation permet à l'individu de s'élever (se lever) vers la liberté et vers les autres valeurs fondamentales qui font de lui une personne dans sa totalité humaine et morale. C'est-à-dire un être individuel et social responsable de sa vie et débiteur d'un patrimoine collectif.
Et si le système scolaire avait pour mission principale de transmettre aux enfants et jeunes des connaissances fondamentales, de développer chez eux les habitudes et le goût de la recherche et de l'acquisition du savoir, la capacité de réflexion et le sens critique ? Et si ce système scolaire était dans une société où le discours ambiant était centré sur la valeur humaniste de l'éducation ?
Peut-être qu'au-delà de certaines contraintes sociales et économiques, on concevrait, d'abord l'éducation pour sa valeur fondamentale et ensuite pour son aspect utilitaire. Le jeune va à l'école en premier lieu pour élever la personne qu'il est à sa totalité humaine et morale. Il sera ainsi mieux en mesure de décrocher un emploi. Ou les possibilités d'en avoir un seront plus grandes. Cette représentation de l'éducation et de l'école pourrait favoriser la persévérance scolaire chez le jeune, et réduirait le taux de décrochage scolaire. C'est ce que l'on constate d'ailleurs dans les pays scandinaves où l'éducation est plus considérée pour son humanisme que pour son utilitarisme. Une excellente campagne de publicité faite dans cette perspective et reprise régulièrement dans tous les médias (télévision, radio, journaux, etc.) et dans les foyers au Québec vaudrait la peine !