Initiatives de développement local, portraits et dynamiques régionales


Girard, Camil, Lucie Fréchette et Stéphanie Garneau (2002). La migration des jeunes Québécois d'une région à l'autre. Élément de construction identitaire. Cahier du CÉRIS, série Recherches, no 17, Université du Québec en Outaouais, 30 pages.


Introduction : Migrer est-ce changer ?

La construction identitaire renvoie à un phénomène dynamique en mouvance tout au long de l'existence. L'identité dans son expression individuelle la plus simple est associée aux représentations et aux sentiments qu'une personne développe à propos d'elle-même (Tap, 1998). Dans un paradigme plus centré sur la relationnalité, on dirait que cette représentation et cette estime de soi se construisent en rapport avec les autres dans une société donnée. En effet, l'identité individuelle a besoin de la référence aux autres pour se construire. L'identité revêt aussi un caractère collectif. Tout comme les individus, un groupe ou une société développent une représentation sociale qui les définit et les distingue. L'identité individuelle et l'identité collective sont d'ailleurs en lien l'une avec l'autre. La communauté reconnaît l'individu comme son membre et l'individu se définit en adhérant ou en se distinguant des modèles identitaires collectifs de son milieu.

L'identité individuelle évolue donc au fil d'un parcours biographique fait d'une histoire familiale, de rapports aux autres, de rôles, d'activités scolaires ou professionnelles, dans un milieu qui se définit par une histoire, des modes de vie et un territoire. La notion d'identité implique aussi celle d'appartenance. En effet, l'identité s'élabore à partir de diverses catégories d'appartenance, que celles-ci soient de fait ou de référence1. L'appartenance est une certaine forme de prégnance identitaire que les cultures (culture première/ culture seconde2, culture rurale/culture urbaine, etc.) permettent de développer (Parazelli, 1997; Morency, 1997). Cette prégnance, constitutive du sens, se manifeste de manières diverses : appartenance à divers groupes sociaux (sa famille, ses amis, ses collègues de travail, etc.) et appartenance à des univers symboliques et socioculturels (groupe linguistique ou religieux) qui, bien que pas exclusivement, sont souvent spatialisés (maison familiale, ville, pays…). À des lieux et à des groupes correspondent des attitudes, des valeurs, des modèles de comportements qui permettent aux individus de s'identifier mutuellement et de savoir, par le fait même, comment agir et se comporter (Dressler-Holohan et al.,1986). L'appartenance territoriale émerge lorsque le lien qui unit subjectivement un individu à un groupe est médiatisé par l'espace territorial (Moquay,1997) et marque un passage du concept d'identité à une dimension plus collective et plus structurelle (Poche 1996). Elle exige l'adhésion à un système symbolique où il y a production collective de sens quant à un espace ou un groupe. L'appartenance traduit aussi que l'on est reconnu comme participant de ce territoire spatial ou social. Dans ce texte, nous référons au sentiment d'appartenance que les jeunes ressentent subjectivement vis-à-vis les lieux et les communautés qu'ils traversent tout au long de leur trajectoire migratoire.

Dans les sociétés contemporaines, nous croyons que les dynamiques migratoires, parce qu'elles tendent de plus en plus à s'imposer comme des normes, jouent désormais un rôle dans la définition de la symbolique du sens. En effet, l'une des caractéristiques des sociétés contemporaines est l'augmentation de la mobilité géographique des individus (Bassand et Brulhardt, 1980 ; Simon, 1995). Le même phénomène s'applique chez les jeunes adultes dont le mode de vie inclut un phénomène de migration répandu si l'on en réfère à l'étude de la migration des jeunes au Québec3 . Celle-ci a brossé le portrait des déplacements nombreux et significatifs des jeunes adultes à travers le Québec. Un groupe parmi les chercheurs s'est penché sur ce que la migration signifiait par rapport à la dynamique identitaire des jeunes.

Mègemont (1998) soutient qu'il faut étudier trois dimensions de la dynamique identitaire : la trajectoire de vie ou dimension biographique, la relation aux autres ou dimension sociorelationnelle et l'interdépendance des domaines d'activité ou dimension systémique. Nous faisons l'hypothèse que les déplacements de type migratoire influent sur ces trois dimensions et qu'ils révèlent un lien entre l'identité, le sentiment d'appartenance et les migrations d'un . territoire ou d'une région à une autre. Ce cahier rend compte de l'état de notre réflexion quant au lien entre la migration des jeunes adultes québécois et la dynamique identitaire.

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