Sanogo, Youssouf (2005). Capitalisation des expériences de développement local en Guinée Conakry et au Niger ? Rapport final. Co-publication de la Chaire de recherche en développement des collectivités, du Centre canadien d'étude et de coopération internationale (CECI) et du Réseau international pour la promotion de l'économie sociale et solidaire (RIPESS), Série Rapport de Recherche, no 11, 125 pages.
Introduction
Ce rapport découle d'une étude de capitalisation des expériences de développement local que nous avons menée en Guinée et au Niger au compte du Centre canadien d'étude et de coopération internationale (CECI), en collaboration avec la Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités (CRDC) de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) et le Réseau international pour la promotion de l'économie sociale et solidaire (RIPESS). Il se situe donc dans un cadre d'amélioration des interventions pour le développement local, particulièrement en contexte de décentralisation politique et économique.
Une exploration de la littérature sur le développement local en Afrique au sud du Sahara nous révèle l'échec global des expériences menées. Les explications données remettent généralement en cause la négligence des dimensions humaines du développement et la recherche des intérêts économiques au détriment de la prise en compte des préoccupations locales (Hochet, 1985; Boiral et al., 1985; Assogba, 1988; De Sardan et Paquot, 1991). En raison de cette tendance, aujourd'hui comme naguère, le défi essentiel qui se pose au développement local en Afrique subsaharienne est celui de lier
l'économique au social.
Relever le défi de lier l'économique au social, c'est prendre alors le contre-pied des modèles de développement ayant conduit à la négligence ou à l'ignorance des préoccupations locales au profit des intérêts économiques. Il exige un système qui mette les populations et leurs besoins au centre des politiques et programmes de développement. Dans cette perspective, parce qu'elle favorise la responsabilisation des acteurs locaux, permet une gouvernance locale démocratique et la prise compte des préoccupations locales, la décentralisation politique et économique se révèle le modèle le plus approprié pour évoluer vers la réalisation de ce défi.
À l'instar de la plupart des pays ouest-africains, la Guinée et le Niger sont déjà engagés dans de vastes reformes pour la décentralisation politique et économique. En Guinée, la décentralisation est effectivesur le terrain depuis le début des années 1990, pendant qu'au Niger elle n'est entrée dans sa phase active qu'en 2004. Dans les deux pays, il s'agit de susciter une dynamique de développement fondée sur la gouvernance démocratique, la responsabilisation des autorités et populations locales et les partenariats entre différents secteurs économiques : privé, public et société civile. Pour ce faire, des
programmes de développement sont élaborés et des expériences mises en ?uvre pour asseoir et consolider les réformes effectuées dans les domaines administratif, politique et économique des collectivités.
Notre étude de capitalisation visait justement à relever, à partir des principes de base de la décentralisation politique et économique, les acquis et les difficultés des expériences menées, les comprendre, en tirer des leçons, et suggérer des pistes d'amélioration. Il fallait également déterminer si lesdites expériences avaient réussi à doter les populations et autorités locales de capacités viables pour assurer la continuité des actions entamées. Trois types d'expériences ont été capitalisés en Guinée. Le premier regroupe les expériences de développement local conduites par le CECI à Mitty, Boulliwel et Dounet, en Moyenne Guinée, dans le cadre du Programme d'appui aux communautés villageoises (PACV) qui en est le bailleur de fonds. Le deuxième concerne les expériences financées par la compagnie d'exploitation d'or, Société Ashanti Goldfields (SAG), pour le développement local de la préfecture de Siguiri en Haute Guinée. Également conduites par le CECI, celles-ci s'inscrivent dans le cadre du Projet de développement socioéconomique de Siguiri (PDS). Le troisième comprend des expériences qui relèvent de l'économie sociale et solidaire. Conduites par l'Association guinéenne pour
l'allègement des charges féminines (AGACFEM) en faveur des femmes dans les préfectures de Siguiri et de Kankan, en Haute Guinée, ces expériences bénéficient d'un financement du Projet d'appui au développement rural de la Haute Guinée (PADER-HG).
Au Niger, un seul type d'expériences a dominé nos recherches. Il s'agit des expériences menées dans le cadre du Programme d'actions communautaires (PAC). Nous avons notamment visité les actions du CECI dans le canton de Loga, et celles de l'Association pour le bien-être des collectivités et l'écologie (ABC-Écologie) dans le canton de Simiry. Nous articulons ce rapport autour de 7 points : 1) problématique du développement local en Afrique subsaharienne, 2) présentation des pays (Guinée et Niger), 3) but et objectifs de l'étude, 4) démarche méthodologique, 5) résultats de l'étude, 6) observations générales et 7) conclusion générale.
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