Consommation responsable


No 28  BEAULIEU, Elsa sous la direction de Manon Boulianne, (2009), Consommation responsable, développement local et solidarité internationale : analyse des discours constitutifs d'une nouvelle économie morale dans le Québec contemporain - I SBN : 978-2-89251-378-3, 74 pages.
Prix  6 $


Introduction

Les injonctions à consommer de manière responsable se multiplient au Québec dans le sillage des efforts menés par les mouvements sociaux et les organisations de coopération internationale en vue de contribuer à l’avènement d’un monde où régnerait une plus grande justice sociale et environnementale. On associe à la consommation responsable des pratiques réflexives d’acquisition, d’usage et de disposition de services (comme des produits financiers) et de marchandises (comme le café). En effet, l’idée de la consommation responsable repose sur le postulat que les consommateurs sont des êtres rationnels et raisonnables, pouvant effectuer des choix éclairés. En tant que tels, ils ne sont pas vus comme de simples victimes des stratégies de mise en marché des grandes corporations de ce monde mais comme possédant une agencéité qui peut être mise au service de l’avènement d’un monde meilleur puisque ce sont aussi des êtres dotés de moralité. Le destin de l’humanité ne serait plus dans les mains des travailleurs et des travailleuses, comme dans les approches théoriques marxistes du changement social, mais dans celles des consommateurs et des consommatrices. À ce titre, leurs pratiques seront jugées bonnes, ou responsables, quand elles causeront un minimum de dommages et un maximum de bienfaits pour l’environnement et pour les êtres humains qui participent, d’une manière ou d’une autre, au système d’approvisionnement dont elles sont tributaires.

Si le commerce équitable avec des organisations de producteurs du Sud a constitué la première manifestation élargie de cette nouvelle «économie morale» se développant dans les pays du Nord, qu’en est-il aujourd’hui? Quelles idées et quelles pratiques retrouve-t-on sous la notion de « consommation responsable » ? Comment mettre de l’ordre dans la diversité des suggestions que l’on nous fait dans les organisations non gouvernementales (ONG) et les organismes de coopération internationale (OCI) pour agir de manière plus responsable en tant que consommateurs? L’« hédonisme alternatif » (Soper, 2007) dont cette économie morale est porteuse relègue-t-elle aux oubliettes, comme certains le suggèrent, le rôle de l’État et des mouvements sociaux « traditionnels » dans la régulation de l’économie? Serait-elle même « au service du néolibéralisme »1? Dans quelle mesure s’agit-il réellement d’une approche individualiste de l’action sociale ? Quel est le rôle que joue ou peut jouer la solidarité internationale dans ce domaine? Comment la consommation responsable s’articule-t-elle au développement local? Comment, par exemple, l’apparente contradiction entre la promotion de l’achat de proximité (qui fait parcourir moins de kilomètres aux produits que l’on consomme et contribue à l’économie régionale) et le commerce équitable (de produits venant du Sud) est-elle résolue dans les discours actuels sur la consommation responsable?

Ce rapport vise à faire le point sur les discours tenus au sujet de la consommation responsable par certains des principaux acteurs sociaux qui en font la promotion au Québec, en particulier les OCI et les regroupements de syndicats qui pratiquent la coopération internationale. Celle-ci prend des visages multiples et se manifeste dans différentes filières économiques (alimentation, vêtement, produits financiers, transport automobile, par exemple) et dans différents champs de pratiques transversaux (simplicité volontaire, recyclage, économie d’énergie, tourisme responsable, utilisation de produits et de matériaux écologiques). Il ne s’agit pas pour autant de faire un portrait de chacune de ces filières, ni de faire l’inventaire et la description de chacun de ces champs de pratique. Il s’agit plutôt de faire une analyse qualitative et sémantique de la notion de consommation responsable, ainsi que des contextes dans lesquelles cette notion est utilisée, à partir d’un corpus de documents écrits et disponibles sur les sites internet des organisations faisant partie de l’échantillon. Il s’agit aussi, dans la mesure où les documents consultés sont explicites à ce sujet, de décrire et de catégoriser les manières dont les différents types de pratiques promues par le biais de la notion de consommation responsable sont supposées contribuer au développement des communautés, tout en identifiant de quelles communautés il est question, ainsi que de situer la contribution de la solidarité internationale dans ce panorama. À ce titre, bien que le commerce équitable soit un élément central dans le rapport entre consommation responsable et solidarité internationale, la présente étude ne porte pas directement sur le commerce équitable et ne s’y attardera pas dans le détail. Il sera considéré au même titre que les autres modalités de la consommation responsable.

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L'Observatoire en économie sociale, en développement régional et en organisation communautaire est une collaboration
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