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En 1983-1984, une poignée d'intervenants sociaux de CLSC de l'Outaouais, où les jeunes familles sont en grand nombre, sont préoccupés par la situation des jeunes de la communauté gatinoise. Un projet s'élabore peu à peu entre les intervenants et d'autres groupes du milieu. Voilà comment a émergé, il y a un peu plus de 15 ans, une nouvelle organisation communautaire consacrée à la cause de l'insertion des jeunes sur le marché du travail, le Carrefour jeunesse emploi de l'Outaouais (CJEO).
Aujourd'hui, il n'y a pas un CJE mais bien un réseau autonome qui regroupe 94 CJE. Ils ne desservent plus seulement Gatineau et une partie de l'Outaouais mais l'ensemble du Québec sur la quasi totalité de son territoire (les 17 régions du Québec). Ils ne sont plus une poignée d'intervenants sociaux mais plus de 800 intervenants, plus qualifiés d'ailleurs que les intervenants du service public (des travailleurs sociaux, des conseillers en orientation, des psychoéducateurs, etc.). Ils ne sont plus une poignée de bénévoles dans un seul conseil d'administration mais plus de 1000 personnes évoluant dans 94 conseils d'administration. Ce n'est plus quelques dizaines de milliers de dollars qui sont consacrés à ce type de pratique sociale mais bien 27,7 millions de dollars en subvention de base dans les CJE (près d'un million et demi de dollars pour le seul CJEO).
Comment en sont-ils arrivés là? Comment ont-ils fait pour passer d'un micro-projet dans une localité à un projet d'envergure macrosociale, à l'échelle de tout le Québec ? Autrement dit, comment un projet social innovateur réussit-il à changer d'échelle d'intervention ? Comment une innovation se diffuse-t-elle? Quelles voies cette diffusion emprunte-elle ? Voilà des questions qui intéressent n'importe quel intervenant social préoccupé de l'efficacité de sa pratique, de son rayonnement.
Voilà des questions qui intéressent aussi les chercheurs et la Chaire de recherche en développement communautaire (CRDC). De quelle façon cette pratique a-t-elle atterri dans une université et fait l'objet d'une recherche ?
Des conditions concrètes toutes simples ont été réunies au bon moment. D'abord, l'arrivée d'un chercheur dans la région, Yao Assogba, précurseur de la recherche sur l'insertion des jeunes par le travail. Il était lui-même intervenant, membre du petit réseau de démarrage de ce projet en 1983 et ce, avant de devenir professeur à l'UQAH. Dès son arrivée dans l'université, il entreprend d'étudier les programmes du CJEO en mettant en relief leur originalité. Ensuite, une étudiante, Lucie Beaudoin, qui à la suite de ses études de baccalauréat en sciences sociales et quelques travaux de recherche à la CRDC, décide d'entreprendre sa maîtrise en travail social (à l'UQAH, dans l'axe développement communautaire). Ses intérêts portent alors sur la question de l'insertion des jeunes et sur les activités du CJEO. Vient ensuite un directeur de mémoire, Louis Favreau, qui connaissait l'expérience du CJEO par son collègue, Yao Assogba. Il connaissait aussi la directrice du CJEO, Martine Morissette, rencontrée lors d'une recherche réalisée en partenariat avec le milieu sur la pauvreté urbaine en Outaouais. Cette recherche l'a amené par la suite, à siéger au conseil d'administration du CJEO pendant un an. Enfin comme dernière condition, un cadre de travail collectif, la Chaire de recherche en développement communautaire et, disons-le bien, une directrice de CJE qui, non sans hésiter dans un premier temps, accepte de courir le risque d'une évaluation complète de cette pratique communautaire par des gens qui ne sont pas du réseau de base du CJEO. Des gens qui sont près de cet organisme mais qui sont critiques. La pratique est riche et le mémoire de Lucie Beaudoin à l'origine de ces trois cahiers de la CRDC, est très riche aussi. Il a donc fallu produire plus et mieux qu'un seul cahier.
Ceux et celles pour qui les conditions d'émergence et les premières années d'une pratique comptent au plus haut point, seront stimulés par le premier cahier : Itinéraire du Carrefour jeunesse emploi de l'Outaouais : les années d'émergence et d'affirmation (1985-1995). Ceux et celles qui veulent connaître son organisation, ses activités, son financement, ses programmes, ses partenaires, ses négociations ardues avec les pouvoirs publics, etc. iront plutôt vers le second : Le Carrefour jeunesse emploi de l'Outaouais : les années de maturité et de mise en réseau (1996-2000). Enfin, ceux et celles qui connaissent déjà le CJEO apprécieront l'analyse qui en est faite dans le troisième cahier : Le Carrefour jeunesse emploi de l'Outaouais : analyse et mise en perspective d'une pratique communautaire d'insertion auprès des jeunes.
Les trois cahiers peuvent en bonne partie, se lire indépendamment l'un de l'autre. Mais, le tour complet du jardin amène chacun et chacune à se saisir de l'expérience contenue dans les trois cahiers. Ces cahiers ont été conçus pour favoriser le développement de ce réseau québécois d'intervention. Notre appui est conditionnel parce que critique mais notre solidarité, elle, est indéfectible. L'organisation de l'intervention dans ce domaine ne peut se satisfaire du seul service public en la matière - tout aussi pertinent qu'il puisse être. Deux réseaux, un public, un communautaire, en interaction continue, pour le meilleur et pour le pire, constitue la meilleure avenue, croyons-nous.