Dans nombre de communautés locales, les caisses populaires Desjardins sont souvent les seules institutions financières à pouvoir offrir du microfinancement aux entreprises de leur milieu. Le conseil d'administration de ces caisses est formé de représentants dont la plupart résident sur le territoire desservi. À partir du début des années 1990, des caisses vont procéder à une réflexion sur leur engagement dans le milieu. Voici trois exemples de caisses populaires qui sont innovatrices dans leur communauté.
La Caisse populaire de La Guadeloupe (Beauce-Appalaches)
Le premier cas de figure est celui de la caisse populaire de La Guadeloupe desservant une communauté locale en milieu semi-rural subissant un certain déclin démographique et un taux alarmant de chômage, la Caisse de La Guadeloupe . Ainsi, suite à la fermeture d'une importante usine locale, l'Assemblée générale de la Caisse populaire de la Guadeloupe va créer un comité formé du directeur de la caisse et de quatre de ses dirigeants pour trouver des solutions à l'insuffisance de dynamisme industriel de la localité. Avec le soutien de la municipalité, un comité de promotion industrielle sera mis sur pied en 1984. Ce comité permettra la création de la Société de développement industriel de la Guadeloupe qui sera secondé dans son travail par un Fonds de développement industriel. Ce cas n'est pas exceptionnel puisque plusieurs caisses ont mis sur pied un comité de développement ou encore un fonds d'investissement.
La caisse populaire Ste Jeanne d'Arc (région de Montréal)
Le deuxième cas de figure est celui de la caisse populaire Ste Jeanne d'Arc dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. Cette caisse s'interrogeait sur l'impact de ses dons et commandites. Elle entreprend alors une planification stratégique de son implication dans le milieu. La Caisse populaire soutenait diverses activités communautaires (coopératives d'habitation, radio communautaire, centre culturel et sportif...). Mais au début des années 1990, le conseil d'administration forme un comité social et communautaire pour revoir les priorités dans ce champ d'activité. En 1992, la planification stratégique qui en a résulté a permis d'identifier trois axes d'intervention, soit 1) le soutien à la création de petites entreprises dans le quartier, 2) le soutien aux organisations communautaires travaillant avec les jeunes ou dans l'aide à l'emploi, 3) la participation à un projet local de développement économique dans le secteur du tourisme. Par la suite, en collaboration avec la CDÉC locale (CDEST), la caisse a contribué à la mise sur pied de cercles d'emprunt. Comme on peut le voir cette caisse a cessé d'agir exclusivement comme mécène (en ne faisant qu'attribuer des dons) pour devenir de plus en plus partenaire et parfois même moteur ou initiateur de projets de développement économique et de création d'emplois. C'est également le cas de nombreuses caisses qui se sont associées à des SOLIDE ou encore à des initiatives telles les CIEL et les cercles d'emprunt.
La Caisse populaire de Charlesbourg (région de Québec)
La Caisse populaire de Charlesbourg a mis sur pied en 1989 un fonds destiné aux jeunes de 18 à 35 ans. Ce fonds appelé "Sois ton propre patron" (STPP) vise à soutenir les travailleurs autonomes et les très petites entreprises qui ne satisfont pas aux garanties normalement exigées pour un emprunt bancaire. La réussite de STPP a permis la diffusion de ce fonds à partir de 1994 dans un certain nombre de caisses de la région de Québec. Ainsi, 196 des 312 caisses appartenant à la Fédération des caisses populaires de Québec ont décidé d'implanter ce fonds dans leur caisse. STPP vise à créer et à maintenir des emplois permanents chez les jeunes (Solange Van Kemenade, 1999). Cet objectif peut se réaliser par le biais de la mise sur pied d'une nouvelle entreprise, par l'acquisition ou la réorganisation d'une entreprise existante ou par l'exercice d'un métier ou d'une profession à titre de travailleur autonome. L'aide offerte par le fonds est d'ordre financier et technique. Le fonds met à la disposition du jeune entrepreneur les ressources financières sous forme de prêts à taux privilégié et exempts de frais de gestion du compte. L'encadrement permet de jumeler le jeune entrepreneur à un parrain d'expérience qui l'aide à cheminer dans toutes les phases de son projet. Le fonds cherche également à favoriser l'émergence de l'entrepreneuriat ainsi qu'à encourager le développement économique local. Les gestionnaires sont conscients que leur clientèle d'entrepreneurs vieillit et qu'il faut préparer la relève. C'est pourquoi de 1989 à 1998, 1 500 000 $ ont été investis.
Même si la meilleure preuve de la réussite du programme est le fait qu'il ait été adopté dans le reste des caisses populaires Desjardins, d'autres indicateurs sont pris en compte tel le maillage avec des intervenants du milieu oeuvrant dans le domaine de la création d'emplois pour les jeunes. Le faible taux de pertes, les emplois créés et la survie des entreprises créées sont également pris en considération au moment d'évaluer la performance du fonds et ses effets structurants.
La spécificité de STPP et son attrait comme outil financier non traditionnel résident dans le fait qu'il constitue un produit offert par une institution financière et destiné à une jeune clientèle pour le démarrage d'entreprises, cela sans garantie gouvernementale. STPP vient combler un vide avec une formule encadrée, car bien que les caisses populaires soient parmi les institutions financières celles qui sont les plus disposées à satisfaire la demande de petits prêts, la pratique n'est pas si courante.