Ce document présente la version mise à jour en février 2000 du guide de collecte et de catégorisation de données pour les études de cas de l'équipe "Économie sociale" du CRISES. Cette mise à jour reflète l'avancement de la problématique sur l'économie sociale au CRISES et prend en considération des questions que se posent les femmes sur l'économie sociale et solidaire.
Nous utilisons l'expression "activité de l'économie sociale et solidaire" pour désigner des entreprises/organismes qui se distinguent premièrement par le statut juridique (coopérative, mutuelle ou compagnie à but non lucratif), et qui affirment la règle "une personne, une voix" et le caractère inaliénable de ces entreprises (Desroche, 1983). Deuxièmement, on y retrouve la combinaison d'un regroupement de personnes et d'une entreprise caractérisée par un fonctionnement démocratique et la propriété collective (Vienney, 1994). Troisièmement, ce sont des activités économiques de type associatif fondées sur des valeurs de solidarité, d'autonomie et de citoyenneté donnant la primauté aux personnes et au travail sur le capital pour la redistribution des surplus (Defourny, 1992). Quatrièmement, ces entreprises inspirent un type original de régulation socio-économique (Laville, 1994). Cette idée d'alternative à la société salariale permet d'introduire l'économie solidaire. Formalisée par des sociologues et économistes français (Jean-Louis Laville, Bernard Eme et Guy Roustang, notamment), l'économie solidaire représente des initiatives le plus souvent récentes, partageant les caractéristiques de l'économie sociale et combinant des ressources marchandes, non marchandes (dons et subventions publiques) et non monétaires (bénévolat). Elles comportent une forte dimension politique en tant qu'instrument de citoyenneté et de réponse à de nouveaux besoins (Bidet, 1997).
Les questions et les rubriques de ce guide ne constituent pas à proprement parler un outil de cueillette des informations comme peut l'être un questionnaire par exemple. Il s'agit plutôt de la mise en forme d'un ensemble de questions s'inspirant principalement de la théorie de la régulation. Pour l'approche monographique ou l'étude de cas, cette grille de collecte des données tente de prévoir le plus grand nombre de situations possibles, tout en constituant une base de comparaison commune pour les cas décrits.
La monographie est particulièrement bien adaptée aux phénomènes nouveaux et peu étudiés (Yin, 1994). Elle correspond à une démarche exploratoire de recherche visant à mettre en évidence les traits généraux d'un ensemble d'individus ou de phénomènes. Son cadre conceptuel est multidisciplinaire et la constitution des données est multimodale (Van der Maren, 1995). Dans un cahier du CRISES, Paul-André Lapointe (1993) indiquait que l'approche monographique s'appuie sur une perspective théorique (principalement la théorie de la régulation en ce qui nous concerne), une multiplicité de sources de données, un recours au point de vue des personnes, des entrevues à caractère non directif et non limitatif, une observation directe et plusieurs séjours sur le terrain. Puisque les données proviennent de plusieurs cas, le guide de collecte des données doit permettre d'opérationnaliser les concepts, couvrir toutes les dimensions à l'étude, assurer la comparabilité entre les cas et garantir la fiabilité des résultats.
La validité et la fidélité de l'étude de cas reposent en grande partie sur la richesse documentaire, la valeur des témoignages et l'observation des chercheurs/chercheures. Celles-ci/ceux-ci s'assurent que les informations se distinguent par leur fidélité (vraisemblance), leur validité (pertinence) et leur transférabilité (représentativité). Autrement dit, l'authenticité, l'exhaustivité et l'objectivité constituent des qualités essentielles d'une monographie (Van der Maren, 1995 : 200). Il peut alors être approprié que l'étude de cas soit validée par des responsables de l'entreprise ou organisme. Cette mesure permet d'éviter les erreurs factuelles et l'ordre séquentiel des événements rapportés, entre autres choses. La validation ne vise pas à établir un consensus entre les personnes qui donnent des informations - on devrait d'ailleurs indiquer l'existence de points de vue différents - ni à gommer certains faits. Elle contribue plutôt à la crédibilité de l'étude.
La construction de ce guide s'inscrit dans cette perspective et résulte d'une démarche en plusieurs étapes. Premièrement, elle s'inspire de la problématique théorique du CRISES qui se concentre sur les rapports sociaux, et les dimensions institutionnelle et organisationnelle des entreprises (Bélanger et Lévesque, 1992).
Deuxièmement, le guide tient compte de la problématique générale formulée par l'équipe "Économie sociale" du CRISES (Favreau, 1995; Favreau et Lévesque, 1995), un échantillon d'entreprises d'insertion par l'économique (Bordeleau et Valadou, 1995), un travail de terrain ayant conduit à la rédaction de monographies de coopératives de travail (Comeau 1994; Comeau, Bourque et Vaillancourt, 1995) et l'encadrement fourni à plusieurs étudiants/ étudiantes ayant réalisé des études de cas.
Troisièmement, c'est véritablement le séminaire de l'équipe "Économie sociale" du 15 février 1996 portant sur Claude Vienney (1994 et 1992-1993) qui a donné l'occasion au CRISES de discuter du guide. Lors de ce séminaire, un débat fort stimulant et enrichissant faisait suite au séminaire du 18 janvier 1996 quand une première ébauche a été déposée par Yvan Comeau. À défaut de pouvoir reprendre ici les éléments de discussion les plus pertinents pour les recherches sur l'économie sociale et solidaire - distinction entre les différents types d'entreprises de l'économie sociale et solidaire, la spécificité de la dimension institutionnelle en économie sociale et solidaire, la frontière entre la description et l'analyse, le statut du discours des acteurs/actrices - une attitude pragmatique a été adoptée. Pour faire un pas de plus dans la confection de la grille de collecte des données, nous nous sommes inspiré du contenu des échanges pour bonifier les rubriques de la grille en tenant compte des particularités concrètes de ces organisations que les chercheurs/chercheures, qu'ils soient professeurs/professeures ou étudiants/étudiantes constatent dans leurs travaux.
Quatrièmement, la mise à jour en janvier 2000 a été faite suite à l'expérimentation de la grille dans plusieurs études de cas et des propositions du Caucus des femmes du LAREPPS à la fin de 1998.
Nous présentons à la page suivante un schéma des principales rubriques de la grille de collecte des données. Par la suite, le texte donne les précisions nécessaires à l'utilisation de la grille.