Les regroupements politiques d'économie sociale
Le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité
http://www.coopquebec.coop/
par Hélène Simard, Présidente du Conseil de la coopération du Québec
À travers la coopération, de nouvelles façons de faire émergent et de nouvelles solutions aux besoins se mettent en place. C'est du moins ce que veut démontrer ce texte qui présente le Conseil de la coopération du Québec et la formule coopérative. Bref, il veut illustrer la capacité d'innovation présente au sein du mouvement coopératif. Nous soulignons aussi l'implication du mouvement coopératif québécois au niveau international et nous terminons sur l'importance de la coopération dans la construction de nouvelles solidarités et l'édification d'un monde meilleur et plus solidaire.
La formule coopérative
Le Conseil de la coopération du Québec est né en 1940 de la volonté d'un grand visionnaire, le Père Georges-Henri Lévesque, le père des sciences sociales au Québec. Il a voulu sortir de leur isolement les secteurs coopératifs et leur donner un lieu de convergence pour stimuler le développement coopératif au Québec.
Depuis cette époque, le Conseil a été de tous les grands débats de société et le mouvement coopératif s'est uni à de nombreuses reprises pour se doter de façon démocratique des grandes orientations et des moyens pour les mettre en œuvre. Notons, entre autres, le Manifeste du Conseil de la coopération du Québec proclamé en 1992 et toujours actuel, les États généraux de la coopération, la mise en place d'une fondation pour l'éducation coopérative.
La formule coopérative et la coopération sont toujours d'une étonnante actualité. Enracinées profondément dans la réalité québécoise, les coopératives génèrent des emplois, créent de la richesse, la répartissent et préparent l'avenir dans de multiples secteurs et cela sur tout le territoire du Québec.
Combinaison originale d'une association et d'une entreprise, la coopérative est une association de personnes qui assument collectivement leurs responsabilités d'entrepreneurs :
o parce qu'elle utilise le capital sans en faire la mesure du pouvoir des membres ;
o parce qu'elle est une entreprise dont les règles garantissent aux membres l'égalité dans l'exercice du pouvoir et l'équité dans la répartition et le partage des résultats ;
o parce qu'elle favorise l'intercoopération et contribue au développement de son milieu ;
o parce qu'elle fait de l'éducation un de ses mécanismes de fonctionnement essentiel.
La coopérative est plus qu'une entreprise, c'est une formule de développement à visage humain.
Dans le monde, les coopératives fournissent plus de 100 millions d'emplois, soit 20 % de plus que le total des emplois dans les entreprises multinationales.
Au Québec, 3 200 coopératives génèrent 70 000 emplois, pour un chiffre d'affaires de plus de 12 milliards $ et des actifs de plus de 78 milliards $. Force économique et sociale enracinée dans nos communautés, les coopératives sont des entreprises inaliénables qui servent souvent de rempart contre les prises de contrôle étrangères de pans importants de notre économie.
Riche de ses valeurs fondamentales, la coopération traverse les modes et grandit avec les époques. Elle favorise la dynamique de croissance des personnes en s'appuyant sur l'engagement individuel, l'entrepreneuriat collectif et la démocratie.
Si le passé et le présent ont permis à la coopération de démontrer son extrême utilité et sa très grande efficacité, pour un avenir que nous savons lié, notamment, à la mondialisation de l'économie et au déferlement des valeurs individualistes qui l'accompagnent, nous croyons qu'il est primordial de permettre à la coopération de contribuer encore davantage à la pluralité de l'économie.
o N'est-elle pas celle qui affiche le meilleur taux de survie?
o N'est-elle pas la seule dont la propriété collective implique une répartition équitable des richesses?
o N'est-elle pas la seule capable de fournir des garanties solides en termes de propriété et de pérennité de l'entreprise et des emplois qu'elle comporte?
o N'est-elle pas la seule dont le contrôle et les retombées ne peuvent échapper à son milieu?
Aussi, nous apparaît-il évident que cette formule doit être proposée à l'ensemble de la population comme un modèle privilégié. La question cependant se pose : La coopération est-elle un modèle innovateur ?
Les innovations au sein du mouvement coopératif québécois
En réponse à cette question, voici une brève rétrospective des secteurs d'intervention de la coopération au Québec. Ces secteurs vont variés et présentent plusieurs aspects innovateurs.
D'abord, des communautés rurales en manque de médecins se sont organisées en coopérative pour se doter de services de clinique de santé. À St-Thècle et à St-Étienne-des-Grès en Mauricie, la population locale a pris en main l'organisation de ses services de santé qui ailleurs sont dans les mains des médecins dans des cliniques privées. Le Conseil de la coopération du Québec a d'ailleurs présenté un projet de recherche afin de documenter les expériences en cours au Québec (tant les succès que les échecs) et comprendre les nouveaux besoins des citoyens en matière de santé et d'hébergement, de services, de maintien de la santé, d'approches nouvelles (médecine douce, accompagnement, etc.).
À St-Camille, on a lié une coopérative d'habitation pour personnes âgées à un service de repas à domicile et de services d'entretien ménager.
À St-Bernard de Michauville et à Ste-Brigitte de Laval, on a sauvé des services de proximité en réunissant au sein d'une même coopérative des services d'alimentation, un comptoir de caisse populaire et une quincaillerie.
De nouvelles formules de coopératives ont aussi vu le jour. Ainsi, la coopérative de solidarité permet le regroupement de membres usagés, de membres travailleurs et de toute autre personne ou société ayant un intérêt économique ou social. Les coopératives de solidarité naissent dans des secteurs économiques variés.
La Coopérative de développement local Gentilly, une coopérative de producteurs, est un autre exemple innovateur. Elle a été créée par la communauté qui s'est mobilisée pour sauver de l'abandon des équipements commerciaux et récréatifs.
Dans la région de la Côte-du-Sud, la Coopérative la Mauve, récipiendaire du grand prix de la relève en entrepreneuriat cette année, est une coopérative de producteurs biologiques qui a intégré la transformation et la distribution en achetant une boucherie dans le village de Saint-Vallier.
Dans le domaine de l'alimentation, plusieurs magasins d'alimentation naturelle organisés en coopérative sont regroupés au sein de la Fédération des coopératives d'alimentation du Québec.
Pratiques innovatrices aussi dans un secteur tout à fait particulier où le Québec peut servir de modèle : les services funéraires. Cette industrie appartenait autrefois à des familles bien implantées dans leur milieu et était en danger de passer sous contrôle de multinationales américaines quand le milieu coopératif s'est mobilisé. Avec l'aide de leur fédération qui a mis en place un fonds de développement, les coopératives funéraires ont permis d'éviter la montée des acquisitions par des sociétés étrangères. Elles contribuent maintenant à équilibrer le marché du secteur dans lequel elles évoluent avec des différences significatives de prix pouvant atteindre en moyenne 43 % de moins que l'ensemble du marché québécois. Ajoutons que ces coopératives font affaire avec des producteurs de cercueils de la province protégeant ainsi de nombreux emplois et que leurs pratiques d'affaires visent à protéger les familles endeuillées et non à exploiter leur souffrance. Vous comprendrez pourquoi le mouvement coopératif est fier du leadership et de l'esprit innovateur de ces coopérateurs et coopératrices.
Dans l'habitation, dans la gestion de l'aménagement forestier, dans les services financiers, dans les services aux agriculteurs, dans la coopération du travail, on trouve aussi de nombreux exemples de la capacité et de l'intérêt du milieu coopératif d'innover.
Éducation, coopération, intercoopération et implication internationale
En plus d'innover dans la réponse aux besoins de la population, les coopératives sont de plus en plus préoccupées de bilan social et de distinction coopérative.
Des coopératives, autrefois orientées sur le modèle de la concentration, ont entrepris de consolider la vie démocratique dans leur coopérative et de soutenir solidairement les plus petites coopératives.
De plus, la formation et l'éducation coopérative sont plus que jamais vivantes dans le mouvement coopératif. La performance démocratique étant une clé de la performance économique des coopératives, il demeure cependant ce défi constant de préserver l'équilibre entre les énergies mises à la gestion de l'entreprise et l'investissement à faire dans l'éducation coopérative, la vie démocratique et l'intercoopération.
Le mouvement coopératif québécois s'implique aussi depuis de nombreuses années au niveau canadien et international. Ainsi le Conseil de la coopération du Québec est engagé activement au Conseil canadien de la coopération (CCC), conseil qui regroupe le mouvement coopératif francophone à la grandeur du Canada. Le CCC partage avec le Canadian Cooperative Association une représentation en alternance à la zone Amérique de l'Alliance coopérative internationale (ACI) et participe pleinement aux instances de l'Alliance. Mais le mouvement coopératif québécois s'implique aussi très concrètement en solidarité internationale à travers Développement International Desjardins et la Société coopérative de développement international (Socodevi). Le mouvement coopératif québécois a participé à la fondation du Groupe d'économie solidaire du Québec (GESQ) et est toujours l'un des membres actifs du Groupe. Le mandat du GESQ est de soutenir la dynamique de globalisation des solidarités de Lima (1997) et de Québec (2001) et d'assumer, au Québec, la préparation et la participation à la prochaine conférence qui aura lieu à Dakar en 2005.
En 2003, le mouvement coopératif est plus que jamais prêt à relever les nombreux défis d'une société en profonde mutation. Comme le mentionnait l'ex-président de l'Alliance coopérative internationale (ACI), M. Roberto Rodrigues, les coopératives se transforment en partenaires parfaits des gouvernements démocratiques dans leurs efforts de construction de la justice sociale, de partage de la richesse, de la défense et de la protection de l'environnement, de la sécurité alimentaire et du plein emploi.
Source: Texte paru dans l'ouvrage suivant:
Favreau, Louis, Gérald Larose et Abdou Salam Fall (2004). Altermondialisation, économie et coopération internationale. Presses de l'Université du Québec, Collection Pratiques et politiques sociales et économiques, Coédité avec Karthala, 404 p.