Proulx, Nathalie et Louis Favreau (2008). Solidarité et coopération internationale de proximité : enjeux, initiatives, retombées, Co-publication de l'ARUC-ISDC et du ROSI, Série Recherches, no.15, 20 pages
1. LA COOPÉRATION DE PROXIMITÉ EN QUESTION
Le concept de jumelage1 apparaît dans le vocabulaire européen au lendemain de la seconde guerre mondiale plus précisément en 1951 à l’initiative d’un résistant français nommé Jean-Marie Bressand2. Il s’agit alors, par des jumelages entre collectivités locales, de consolider les liens entre les anciens alliés et de contribuer à la réconciliation entre les anciens pays belligérants. Les jumelages constituent alors principalement des cadres d’échanges culturels. Ils promeuvent l’éducation bilingue comme élément de compréhension et de paix entre les peuples. Les élus locaux espèrent aussi avec le jumelage poser les bases d’une nouvelle construction européenne. Dans les années 1960, en plus de ce jumelage dit de réconciliation se développera, au temps fort de la guerre froide, un jumelage de paix avec les pays de l’Europe de l’Est. Il faudra attendre dans les années 1970 pour voir se développer le jumelage dit de coopération. Ces nouveaux jumelages suivant les Indépendances des pays colonisés et
l’émergence du Tiers-monde s’établissent entre les pays «industrialisés» et les pays «en voie de développement» et associent au concept de paix, celui de développement tel que réfléchi à l’époque.
Depuis, l’horizon des jumelages, suivant celui du développement, s’est considérablement élargi. En matière de développement nous sommes passés de 1960 à ce jour d’une aide au développement surtout humanitaire ou basée sur la réalisation de vastes projets d’infrastructure menés pour l’essentiel par les États et impliquant peu les Organisations nongouvernementales (ONG) et la société civile, à une coopération internationale favorisant le développement par en bas et s’appuyant davantage sur les Organisations de coopération internationale (OCI) et ONG nationales ainsi que l’envoi de coopérants.
Depuis un temps plus récent, on parle beaucoup de solidarité internationale qui repose sur une vision partenariale du développement. Les nouvelles formes de coopération préconisent la proximité pour une meilleure analyse des besoins, des actions plus appropriées et efficaces. La nature et les formes de jumelage se sont ajustées à la nouvelle donne pour devenir des vecteurs d’échanges non seulement culturels, touristiques ou sportifs mais aussi économiques. Apparaissent alors, surtout dans les années 1980, des échanges entre collectivités au Nord et au Sud plus axés sur le développement des communautés. Le phénomène ira en s’accentuant à l’aube des années 1990 alors que les pays en voie de développement, sur recommandations de la communauté internationale, s’engageront résolument dans la voie de la décentralisation que l’on associe désormais à un gage de développement et de maintien de la paix. On passera alors de la notion de jumelage à celle de coopération décentralisée pour marquer l’évolution et l’institutionnalisation de ces nouveaux échanges entre collectivités locales.
Cependant le terme de coopération décentralisée ne revêt pas le même sens partout. Arrêtons-nous un instant aux cas de la France, où est né officiellement le concept3, de l’Union européenne puis du Québec pour mieux en saisir les nuances.
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