Initiatives socio-économiques des communautés : Afrique


Salam Fall, Abdou et Louis Favreau (2002). Création de richesses en contexte de précarité. Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités, Série recherche no. 28, Université du Québec en Outaouais, 26 pages.


Description du programme de recherche :


1. Objectifs


Nous voulons ouvrir un programme de recherche SUD-SUD et NORD-SUD sur la thématique de la création de richesses par l'économie populaire, sociale et solidaire. Nous allons donc chercher


1) à mieux comprendre ces initiatives, ses conditions d'émergence et de développement, ses modes d'organisation, ses processus d'institutionnalisation ;


2) la gouvernance locale qu'elle exige pour progresser et répondre aux demandes sociales issues de la crise actuelle.


L'objectif sur un minimum de trois ans (2002-2005) vise à faire l'examen critique d'une centaine (100) d'expériences de création de richesses par l'économie populaire (sociale et solidaire) dans une demi-douzaine de pays d'Afrique (Burkina-Faso, Mali et Sénégal), d'Amérique latine (Brésil, Chili et Pérou) et dans quatre pays d'Europe (Belgique, France et Suisse) et d'Amérique du Nord (Québec, Canada) dans une perspective comparative Nord-Sud et Sud-Sud.

2. Problématique et cadre théorique.


Ce projet s'inscrit dans la continuité avec les travaux antérieurs des deux principaux chercheurs engagés dans ce programme sur les thématiques de la pauvreté/précarité, des réseaux sociaux, du mouvement associatif et des initiatives de la nouvelle économie sociale. Il opère cependant un saut qualitatif en se centrant beaucoup plus directement sur deux thèmes suivants :

1) Les pratiques associatives de création de richesses par l'économie populaire, sociale et solidaire ;


2) Les collaborations nécessaires entre associations, ONGD, gouvernements locaux et entreprises (PME/PMI) dans la création de richesses, bref sur la gouvernance locale et les dispositifs publics (notamment des gouvernements locaux) liée à cette dynamique ;

Toute cette recherche s'effectue dans un cadre comparatif international Sud/Sud et Nord/Sud.

Notre cadre théorique nous renvoie aux explications suivantes : au cours des dernières décennies, avec l'aggravation de la crise économique et la mise en ?uvre des réformes économiques dans la plupart des pays d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie, les phénomènes de précarité, de pauvreté et d'exclusion sociale ont pris une ampleur considérable. La restructuration obligée des États (par les programmes d'ajustement structurels du FMI) et la contraction induite des dépenses publiques ont conduit les pouvoirs publics à diminuer la part des budgets nationaux consacrée aux services de base, de sorte que des secteurs essentiels au développement à long terme - tels que l'alimentation, la santé et la sécurité sociale, l'éducation et l'habitat - se sont vus fortement menacés. Une partie croissante de la population a basculé dans les activités informelles et se trouve de ce fait quasiment exclue des circuits traditionnels qui, il n'y a pas si longtemps, produisaient, à l'aide des États, des services collectifs de base qui se voulaient accessibles à tous.

Cependant la crise de l'ajustement aura eu le mérite de mettre sur le devant de la scène économique les opérateurs de l'informel, qui au cours des périodes antérieures, étaient les laissés pour compte des politiques de développement économique (Marfaing et Sow, 1999). L'essoufflement de l'Etat et de l'économie structurée coïncident avec l'émergence d'un secteur populaire informel à ancrage social assez fort. Un secteur dont l'impact peut être mesuré aussi bien en termes de valeur ajoutée que d'emplois. À titre d'exemple, il contribuait à hauteur de 60 % à la formation du PIB au début de la décennie 90 et fournissait 80 % des emplois urbains au Sénégal (DPS, 1995) tandis qu'au Brésil les travailleurs ayant pris pied dans l'économie formelle n'étaient plus en 2000 que 45 %. Les 55 % restant s'activent depuis dans l'économie informelle (Sader, 2002).

Autrement dit, cette " seconde économie " constitue aujourd'hui le modèle prévalant de voie d'ascension économique pour plusieurs groupes. Cette " économie de la débrouille " se caractérise principalement par l'auto-emploi, la création d'entreprises familiales, sa forte présence sur le marché des biens et services dominés par le commerce de produits formels mais aussi de produits informels et une précarisation des activités. Une forte perception a tendance à la caractériser négativement dans les villes en l'assimilant à la pauvreté urbaine. Mais, l'émergence et l'explosion des marchés ruraux et de la migration internationale ont donné encore plus de vigueur à cette économie populaire.

La fin des années des années 90 correspond à l'élargissement de la base de certains secteurs d'activités (la migration internationale des femmes et des jeunes) ou à l'émergence d'autres secteurs de richesse (la micro entreprise, les organisations économiques populaires). Si l'exposition du nantissement à travers l'investissement sur l'immobilier à partir des flux financiers de la migration internationale (Tall, 2001) entraîne un autre type de migration caractérisée essentiellement par sa féminisation et la jeunesse de la population (Fall, 2001), la stratégie de sortie de crise par la débrouille quotidienne finit quant à elle par créer de nouveaux gisements de ressources insoupçonnés jusque là. De plus, la prise de rôle des femmes et des jeunes et la rentabilisation à long terme de la précaire et fragile économie de subsistance sont annonciateurs de changements importants dans les processus d'accumulation et de redistribution qui fondent l'analyse de cette économie populaire.

Dans ce nouveau contexte, la marge de man?uvre des Etats des pays du Sud, dans leur fonction de redistribution, ayant été réduite à sa plus faible expression, les populations de ces pays se sont ainsi retrouvées plus que jamais contraintes de développer elles-mêmes de nouvelles formes de solidarité et d'entraide, économiques et sociales tout à la fois, afin de résoudre les problèmes les plus cruciaux auxquels elles sont confrontées. C'est pourquoi, depuis plus ou moins deux décennies, nous assistons à un véritable foisonnement d'organisations économiques populaires dans le sillage des mouvements paysans et ouvriers, des mouvements de développement local et communautaire, souvent dans le creuset des activités de l'économie informelle. Ces organisations se développent sans guère compter, du moins à court terme, sur l'intervention publique (nationale ou internationale) et s'inspirent généralement d'initiatives et de pratiques préexistantes.

Bien que nombre d'entre elles soient longtemps restées dans l'ombre, en raison notamment de leur caractère généralement très localisé, ces nouvelles formes de solidarité commencent progressivement à être considérées comme un point d'ancrage essentiel pour un développement économique durable. Dans les zones rurales et urbaines, à côté des structures publiques et du secteur privé, se développent donc une multitude d'organisations (coopératives, mutuelles, associations, regroupements villageois, groupes de solidarité sociale, etc.) qui cherchent à se construire un réel pouvoir économique et une influence plus marquante dans la vie publique (Defourny et alii, 1999 ; Develtere, 1998)?C'est dans ce sens que l'on parle volontiers, à l'heure actuelle, de l'émergence d'une économie populaire, sociale et solidaire dans les pays du Sud laquelle, à bien des égards, s'apparente à l'économie sociale des pays du Nord (Favreau et Fréchette, 2002 ; Defourny, Favreau et Laville, 1998).

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L'Observatoire en économie sociale, en développement régional et en organisation communautaire est une collaboration
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