Communautés locales : le renouvellement du développement social par l'économie coopérative et sociale et le développement local de 1990 à aujourd'hui
Voilà déjà près de 20 ans, notamment avec la création des premières corporations de développement économique communautaire (CDEC) dans la région de Montréal, que les mouvements sociaux locaux (organisations communautaires, groupes de femmes et groupes écologiques), ont pris le tournant du DÉC et de l'économie sociale comme stratégie de développement local. C'est qu'aujourd'hui plus qu'hier, leur implication dans la production de services, la création d'emplois et la revitalisation économique et sociale de communautés locales est croissante. Pourquoi ? Parce que, comme composante d'un troisième pôle de l'économie, l'associatif est engagé non seulement dans la revendication auprès des pouvoirs publics du transfert de la richesse collective à des groupes de la société qui en ont moins mais également dans la création de richesses avec, par et pour ces groupes et ces communautés en difficulté. En cela le mouvement associatif rejoint le mouvement coopératif qui faisait déjà ce type de travail dans la plupart des régions du Québec, notamment avec les coopératives de développement régional (CDR). Cet engagement nous conduit aujourd'hui, malgré toutes les difficultés et tensions que cela induit, à disposer de meilleures assises pour la démocratie locale .
En effet, dans la décennie 90, les mouvements sociaux locaux ont ouvert de nouveaux chantiers de développement social : d'abord celui de l'insertion par le travail, notamment par l'intermédiaire des Carrefours jeunesse emploi et des entreprises d'insertion (Assogba, 2000; Favreau, 1998) et celui des nouvelles formes d'entraide socio-économique (Fréchette, 2000). Mais aussi, en milieu urbain de régions ou dans les grands centres comme Montréal, ces mouvements ont également opéré un saut qualitatif en mettant sur pied des projets et des dispositifs de solidarité économique de quartier (Favreau et Lévesque, 1999). C'est l'expérience québécoise du développement local et coopératif en milieu rural (Deschênes et Roy, 1994) et l'expérience américaine des CDC (Favreau, 1994) qui ont inspiré ce virage.
Mentionnons ici les principaux réseaux qui se sont formés dans la dernière décennie autour de la question de l'emploi pour ne référer pour le moment qu'à ce seul chantier d'intervention : 1) un réseau de quelque 100 carrefours jeunesse Emploi (CJE); 2) quelque 200 organismes communautaires de formation de la main-d'œuvre ; 3) un réseau d'une cinquantaine de corporations de développement communautaire (CDC); 4) un réseau de corporations de développement économique communautaire (17 CDÉC); 5) une centaine d'entreprises communautaires et/ou d'insertion; 6) plusieurs dizaines de fonds locaux et régionaux de développement. Le réseautage de cet ensemble dans un cadre national, notamment d'une Coalition des organismes communautaires de développement de la main-d'œuvre (400 associations), puis celui d'un réseau des réseaux, le Chantier de l'Économie sociale (lequel regroupe des représentants de plusieurs de ces nouveaux secteurs), donne à ces initiatives encore plus de capacité de négociation et de capacité à changer d'échelle d'intervention (du micro ou macro) rejoignant en cela les initiatives de développement du mouvement coopératif telles les coopératives de travail, coopératives de services à domicile, coopératives de services funéraires… lesquelles sont regroupées au sein du Conseil de la coopération du Québec (Favreau 2005).
1 Pour une mise en perspective autour des différentes approches du développement social (sous l'angle des rapports État, marché et associations), voir l'annexe de ce texte conçu à cet effet.
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