Les initiatives de lutte contre la pauvreté au Québec dans les deux dernières décennies ont été particulièrement innovantes, notamment celles qui relèvent de l'économie sociale, de l'insertion socio-professionnelle et du développement économique communautaire. Pratiques innovantes parce que les partenariats locaux et régionaux qu'elles ont suscités de même que les nouvelles politiques publiques qu'elles ont contribué à générer constituent des paramètres de base d'une intervention à la recherche de nouvelles réponses à la "question sociale". Dans une perspective plus large, ces innovations offrent également l'occasion d'une réflexion sur le renouvellement du modèle québécois de développement.
L'expérimentation de nouvelles pratiques d'économie sociale, d'insertion socio-professionnelle et de développement économique communautaire a été particulièrement forte au cours des deux dernières décennies (1980-2000). Elle s'est réalisée, grosso modo, autour de quatre types d'initiatives: 1) des initiatives de développement de nouveaux services de proximité (maisons de quartier, maisons de la famille, cuisines collectives, etc.) ou de renouvellement de certains services existants tels les centres communautaires de loisirs (Fréchette, 2000; Fréchette 2001); 2) des initiatives de formation à l'emploi (organismes communautaires de formation de la main d'oeuvre et entreprises d'insertion) (Assogba, 2000; Comeau, 1997); 3) des initiatives territorialisées de revitalisation économique et sociale des communautés en déclin ou en voie d'appauvrissement (corporations de développement économique communautaire, corporations de développement communautaire, etc.) (Favreau et Lévesque, 1996; Comeau, Favreau, Lévesque et Mendell, 2001); 4) des intiatives de développement d'entreprises sociales dans de nouveaux créneaux tels que l'écotourisme, la récupération et le recyclage, la restauration populaire, l'informatique, la culture (théâtre, musique, etc.)…
La décennie 80-90 a également vu se développer plusieurs réformes initiées par les pouvoirs publics dans le domaine des affaires sociales (politique d'action communautaire autonome), dans celui de la formation de la main d'œuvre (mise sur pied des centres locaux d'emploi) et dans celui du développement local et régional (création de Centres locaux de développement, de conseils régionaux d'économie sociale…). Approfondir la signification de ces pratiques et de ces politiques émergentes comme réponses à la pauvreté d'aujourd'hui et donc à la crise de l'économie et de l'État-providence est essentiel pour prendre la mesure du travail accompli, de ce qui reste à accomplir et de l'inscription - potentielle ou réelle - de ces innovations dans un modèle renouvelé de développement économique et social à l'échelle du Québec .
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