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Dans le cadre de nouvelles pratiques faisant partie de ce qu'on définit comme "économie sociale", cette étude porte sur une initiative de financement alternatif qui vise le développement local en milieu rural. Il s'agit du CIEL (Centre d'initiatives pour l'emploi local) de Lotbinière-Ouest, région de Mauricie-Bois-Francs, organisme crée par un groupe de personnes préoccupées par le chômage et l'exode des jeunes de leur région. En outre, le rôle des intervenants communautaires dans cette expérience a été fondamental comme nous le démontrons ci-bas.
Le CIEL est le précurseur d'une série d'innovations organisationnelles et institutionnelles qui apparaissent au cours des années 1990 au Québec dans un nouvel environnement économique. Celui-ci favorise, d'un côté, l'émergence des nouveaux intervenants sur la scène économique et sociale qui vont occuper la place laissée vacante par l'État. De l'autre côté, et paradoxalement dans un monde globalisé, le local se revalorise comme espace où s'établissent les compromis et les consensus concernant les transformations à opérer (Lévesque et Brunelle, 1995). Les instruments actuellement privilégiés pour mener à bien les dites transformations sont aussi inédits. Dans la décennie 1980, l'État prenait la place centrale dans les politiques de développement, mais aujourd'hui on retrouve d'autres partenaires tels les syndicats, les Caisses populaires, les groupes communautaires, les écoles, etc. qui sont prêts à s'impliquer dans des fonds qui visent le développement local et régional par le biais du financement soit des petites et moyennes entreprises (PME), soit des très petites entreprises (TPE). L'insuffisance, voire l'inefficacité de l'ingénierie financière traditionnelle pour combler les besoins de financement de certains groupes, de certaines communautés, de certaines régions ont été à l'origine de l'émergence de la plupart des fonds locaux et régionaux qui relèvent pour la majorité de l'économie sociale. Ceux-ci ont été créés pour répondre aux besoins de financement insatisfaits, comme réponses alternatives à l'économie classique. L'échec de cette dernière à résoudre les problèmes complexes des sociétés notamment industrielles développées, encouragea en effet, la quête de nouveaux modes d'intervention.
Le CIEL peut être classé comme l'un de ces nouveaux modes d'intervention. Il s'agit, en effet, d'un organisme à but non lucratif dont l'objectif est de créer des emplois pour les jeunes dans le territoire de Lotbinière-Ouest. Au moment de sa création en 1985, ses fondateurs pensaient que la création d'emplois était une condition importante pour maintenir la vitalité du milieu et éviter l'exode de jeunes. Ils croyaient aussi que cette préoccupation devait être partagée par toute la communauté. Pour mener à terme ce premier objectif l'organisme se dote d'un fonds appelé " le Fonds d'Aide à l'Initiative " qui contribue à appuyer financièrement toute initiative visant la création et/ou le maintien d'emplois permanents.
Nous connaissons toutefois très peu la portée exacte de ces nouvelles initiatives ainsi que leur impact comme stratégie de lutte contre le chômage, contre l'exode des jeunes en région ou encore comme stratégie de développement local ou régional. De plus, ces nouveaux fonds, sont-ils mieux adaptés aux besoins des jeunes entrepreneurs des années 1990 ? Fournissent-ils un meilleur appui au démarrage des PME des jeunes ? Remplacent-ils le rôle que l'État avait eu à l'égard des jeunes dans le cadre du providentialisme ?
Autant de questions pertinentes qui méritent qu'on s'y attarde davantage. Cette étude de cas portant sur le Centre d'initiatives pour l'emploi local (CIEL) de Lotbinière-Ouest permet d'apporter des réponses. Pour ce faire, nous nous sommes inspirés de la " Grille de collecte et de catégorisation des données pour l'étude d'activités de l'économie sociale " élaborée par Yvan Comeau et réaménagée par l'équipe Profonds pour l'analyse des fonds. À cet effet, nous nous sommes aussi servi d'un questionnaire élaboré dans le cadre de la recherche sur les fonds de développement à l'échelle du Québec. Ce questionnaire comptant près de 390 variables contient, dans l'ordre, des renseignements généraux sur le fonds, les objectifs, la capitalisation, les politiques d'investissement, la pérennité, l'aide à la gestion, le conseil d'administration et la prise de décisions ainsi que sur les critères de sélection d'un investissement. Une fiche signalétique résume les principaux renseignements du questionnaire. Nous avons ensuite compilé et analysé la revue de presse disponible, la documentation sur le fonds (statuts et règlements entre autres) ainsi que d'autres études effectuées sur cette expérience. Des sources d'information précieuses comme les procès-verbaux des réunions du Conseil d'administration du fonds au cours de ses premières années de vie ont servi à élaborer la partie concernant l'origine du CIEL. Enfin, des entrevues semi-structurées avec des membres du Conseil d'administration du CIEL ainsi qu'avec des informateurs clés et des bénéficiaires nous ont permis de compléter nos premières informations et approfondir ainsi notre étude de cas.
La monographie se structure autour de six grandes sections. Nous décrivons dans une première partie le contexte et les conditions d'émergence du fonds. Dans une deuxième partie les acteurs impliqués dans le fonds sont mis en relief. Dans les troisième et quatrième parties les dimensions institutionnelles et organisationnelles sont présentées. La cinquième partie concerne les politiques d'investissement du fonds. Enfin, nous nous attardons, dans la sixième et dernière partie de notre étude, à l'impact du CIEL sur le développement local.
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