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Insertion sociale


Boucher, Jacques L. et André Inkel (2001). Mouvement communautaire et logement social : les cas Logemen'occupe et Mon Chez Nous. Chaire de recherche en développement des collectivités, Série Pratiques économiques et sociales no 19, Université du Québec en Outaouais, 29 pages.


Dans le contexte actuel d'appauvrissement et de crise de l'État-providence, de nombreux intervenants d'organisations communautaires soutiennent que l'État se désengage de plus en plus face aux personnes socialement vulnérables. Ces nouvelles conditions incitent des organisations communautaires à modifier leurs interventions ou à innover dans la recherche de solutions à de nouveaux problèmes sociaux. Le modèle de développement qui dominait après la Deuxième guerre mondiale et que l'on désigne souvent comme le fordisme et le providentialisme (Aglietta, 1982; Bélanger et Lévesque, 1990; Lipietz, 1989) assurait à la population apte au travail le plein emploi et des mesures de sécurité à l'ensemble de la population. Or, avec la crise de ce modèle au cours des années 1970, l'insécurité s'est installée chez une portion non négligeable de la population et la pauvreté, ou plus justement l'appauvrissement, a ressurgi dans de nouvelles formes dans les sociétés développées (Boucher et Favreau, 1997; Castel, 1995; Paugam, 1994). Cette pauvreté, nous le voyons de mieux en mieux, ne comporte pas qu'une dimension économique ou de carence de revenus. Elle concerne tout autant l'effritement des liens sociaux, de sorte que le phénomène d'exclusion sociale ou de désinsertion correspond le plus souvent à l'absence de véritable soutien alors que les personnes sont fortement fragilisées ou déstabilisées par un événement sinon une série de coups durs (Gaulejac et Léonetti, 1994). Aussi le processus d'appauvrissement des individus et de communautés entières nécessite-t-il des interventions souvent continues, portant sur des dimensions diverses et intégrées à la fois, tant dans une perspective préventive d'exclusion que positive d'insertion ou de réinsertion.

Dans cette perspective, le logement collectif avec support communautaire se présente comme une nouvelle pratique d'intervention auprès des personnes fragilisées et à haut risque d'exclusion sociale. Des groupes communautaires de l'Outaouais ont commencé à développer des interventions dans ce champ. Il existe présentement deux filières différentes qui constituent autant de trajectoires également différenciées d'évolution du mouvement communautaire. L'une se retrouve dans le secteur de la santé mentale, plus spécifiquement ceux qui concernent l'hébergement et le logement locatif (Boucher et Inkel, 1999). L'autre se retrouve plutôt du côté des groupes de revendication et de pression, représentatifs de la première génération du mouvement communautaire québécois (Bélanger et Lévesque, 1992 ; Favreau et Lévesque, 1996), mais qui, actuellement, cherchent également à faire la promotion du logement locatif avec support communautaire C'est cette deuxième filière que nous examinons dans ce texte.

Cette étude porte donc sur Logemen'occupe, un groupe de défense du droit au logement qui, ces dernières années, s'est mis à promouvoir le développement du logement collectif avec support communautaire. Cette organisation communautaire se situe dans la filière des groupes de défense du droit au logement qui est née, dans le contexte de l'expropriation des habitations en vue du développement de la Capitale nationale canadienne, avec Logement-va-pu comme premier groupe de résistance. Assez vite, Logemen'occupe a élargi son champ d'intervention à la question de l'accessibilité au logement pour la population appauvrie. Finalement, cette trajectoire s'est poursuivie dans la mise en place de logements locatifs avec support communautaire en vue de prévenir l'itinérance et de faciliter l'insertion sociale. Il s'agit du projet Mon Chez-Nous (MCN) destiné plus particulièrement aux personnes seules, à faibles revenus et présentant plusieurs caractéristiques de vulnérabilité sociale : pauvreté chronique tant sur le plan social qu'économique, problèmes divers comme la toxicomanie, le VIH/SIDA, etc. Nous voulons voir comment Logemen'occupe cherche à adopter un nouveau type de stratégies pour forcer le développement de logements sociaux d'un nouveau type. Avec la réalisation du projet MCN, on voit se modifier les rapports de Logemen'occupe avec d'autres organisations communautaires et des organismes publics.

Cette étude reste descriptive avant tout puisque nous nous intéressons à l'évolution d'un groupe de défense du droit au logement qui s'implique dans la mise en chantier d'un projet de logement collectif avec support communautaire. Nous avons puisé nos catégories d'observation à même la grille d'analyse de cas en économie sociale mise au point par Yvan Comeau (1996), dans le cadre des travaux du Collectif de recherche sur les innovations sociales en économie sociale, dans les entreprises et les syndicats (CRISES). Cette grille de collecte de données comporte trois grandes dimensions en plus des conditions d'émergence : les dimensions organisationnelle et institutionnelle sur lesquelles nous nous penchons surtout, mais aussi la dimension des rapports sociaux.

Pour cette étude, nous avons commencé par consulter les documents d'archives disponibles. Dans un deuxième temps, nous avons réalisé des entrevues semi-directives avec des responsables et des intervenants salariés ou " permanents ", actuels comme passés, tant de Logement'occupe que de Mon Chez Nous. Nous avons procédé à une analyse de contenu de ces archives et entrevues selon les méthodes classiques d'analyse de contenu à partir d'une grille de catégories établie à l'avance, qui correspond approximativement à celle de la collecte de données. Cependant, en cours d'analyse, nous sommes restés ouverts à des modifications en cas d'apparition de nouveaux éléments. Nous présenterons donc ici une première analyse à partir des points puisés parmi ces catégories.

Nous commençons par décrire Logemen'occupe dans sa dimension organisationnelle. Dans une deuxième étape, nous faisons le point sur l'émergence de cette organisation de défense des droits. Ensuite, nous rendons compte de l'émergence de Mon Chez Nous comme étape d'évolution de l'intervention communautaire sur le plan du logement mais aussi de l'insertion sociale. Enfin, dans une quatrième et une cinquième section, il nous est possible de pousser un peu plus loin l'analyse de cette trajectoire d'intervention et d'exposer un certain nombre d'enjeux auxquels elle est confrontée.

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