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Insertion sociale


Boucher, Jacques L. et André Inkel (2001). Santé mentale, hébergement communautaire et logement social: les cas Maison Réalité et Habitations Nouveau Départ. Chaire de recherche en développement des collectivités, Série Pratiques économiques et sociales no 20, 27 pages.


Depuis le milieu des années 1980, nous assistons à une effervescence dans tout le réseau de la santé et des services sociaux au Québec. Nous pensons ici plus particulièrement aux importants groupes de travail qui ont produit une panoplie de rapports comme le rapport Brunet sur les Centres locaux de services communautaires (CLSC), le rapport Harnois en santé mentale, le rapport Lamarche sur les départements des services communautaires, etc. De plus, nous devons mentionner la Commission Rochon et la Réforme Côté qui ont contribué à d'importantes mises à jour dans les politiques sociales comme la Politique de la santé mentale de 1989 et de la Loi 120 en 1990. Enfin, mentionnons la Réforme plus récente du ministre Rochon (1996) concernant le virage ambulatoire dans le cadre de la restructuration du réseau de la santé. Ce bouillonnement dans le domaine de la santé et des services sociaux marque un tournant dans la gestion des services à la population depuis la Révolution tranquille. Nous devons situer tous ces efforts dans un contexte de remodelage et de reconfiguration des rapports entre l'État-providence et la société civile (Lamoureux, 1994).

Dans le contexte de mise à jour des politiques sociales, de nouvelles tendances sont apparues dans le mouvement communautaire (Bélanger et Lévesque, 1992 ; Bélanger, Boucher et Lévesque, 1994 ; Favreau, 1989). Ces nouvelles tendances se traduisent par le développement d'un " partenariat élargi " (Guay, 1991) entre des organisations du secteur communautaire et les pouvoirs publics. Ainsi, dans le cadre de la Politique de la santé mentale adoptée en 1989 et plus précisément, dans le cadre des Plans régionaux d'organisation de services (PROS) , on a vu poindre un nouveau type de rapport entre des groupes communautaires en santé mentale et le réseau public. Plusieurs auteurs (Bélanger, Boucher et Lévesque, 1994 ; Dommergues, 1988 ; Lévesque et Mager, 1992) ont qualifié ce rapport de " coopération conflictuelle ". Or cette forme de partenariat ne s'établit pas sans turbulence et entraîne de profondes remises en question parmi les organisations communautaires. Par exemple, comment concilier la stratégie traditionnelle de défense de droits de la population face à l'État, une action typique du mouvement communautaire des années 1970, avec une perspective de partenariat avec des organismes du réseau public ? La logique communautaire qui se caractérise par la trajectoire du bas vers le haut, c'est-à-dire d'initiatives et de pressions de la base vers les pouvoirs publics, ne serait-elle pas en train de s'inverser, de sorte que des innovations pourraient aussi surgir du milieu des établissements publics de services ?

De nouvelles questions se posent donc aux groupes communautaires, en ce qui concerne leur autonomie, leurs initiatives et leur champ d'intervention. Les organisations communautaires seraient-elles en train de modifier leurs stratégies ou leur action ? De nouveaux types d'organisations ne porteraient-ils pas un nouveau modèle d'intervention dans le secteur de la santé mentale et de l'habitation entre autres ? C'est ainsi que de nouveaux services communautaires ont été organisés pour favoriser la réintégration de personnes qui sortaient d'une période d'hospitalisation psychiatrique en passant par une forme intermédiaire d'hébergement. C'est le cas de la Maison Réalité de Hull. Mais cette intervention ne s'est pas limitée à l'hébergement. La Maison Réalité s'est impliquée avec d'autres organisations communautaires pour développer du logement collectif avec support communautaire et l'idée de l'insertion sociale fait son chemin dans ce milieu. Telle semble devoir être l'orientation des Habitations Nouveau Départ, parrainées par la Maison Réalité et le Regroupement des organismes en santé mentale en Outaouais (ROCSMO), un projet mixte d'hébergement et de logement pour les personnes affectées par des problèmes de santé mentale. Cette étude vise à mieux saisir cette trajectoire d'intervention initiée par une organisation communautaire de services d'hébergement au début des années 1980 pour se poursuivre dans la construction d'un réseau qui vise l'insertion sociale par le logement avec support communautaire.

Nous avons procédé selon la méthode d'étude de cas. Nous n'avons pas analysé en détail toutes les dimensions d'intervention d'une de ces organisations communautaires. Nous avons plutôt examiné l'évolution de l'organisation communautaire qui a été conçue et développée dans trois organisations différentes dans le secteur de la santé mentale, qui de façon successive et interreliée, ont décidé de passer par des formes évolutives d'habitat pour aider des personnes à réintégrer le milieu. L'étude porte donc sur une filière de l'organisation communautaire, celle qui s'articule autour de l'habitat des personnes affectées par des problèmes de santé mentale. À première vue du moins, cette filière rencontre les caractéristiques de la deuxième génération de l'évolution des groupes communautaires du Québec, celle de l'organisation de services alternatifs à la population (Bélanger et Lévesque, 1992). Elle ne semble pas trouver ses racines dans la première génération qui se centrait sur la défense des droits sous le mode de la revendication et de la pression politique sur l'État et les dispositifs publics. On peut cependant se demander si ce secteur d'intervention n'est pas propice à l'expérimentation et la consolidation de partenariats entre les groupes communautaires de services et les institutions et établissements publics. Cela les entraînerait dans la mouvance d'une nouvelle génération de groupes communautaires plus branchés sur le partenariat (Bélanger, Boucher et Lévesque, 1994).

Il s'agit de l'évolution ou de la trajectoire d'une intervention qui se situe dans le processus de la " désinstitutionnalisation " et qui semble vouloir mettre fin aux pratiques d'enfermement typiques des anciens hospices. Plus précisément, la recherche consistait à vérifier si l'intervention des groupes communautaires impliqués dans l'habitat en santé mentale n'évoluerait pas du mode de l'hébergement vers celui du logement locatif. Dans le premier cas, la personne vit un rapport plutôt passif quant à sa résidence, tandis que le logement locatif implique une prise en charge, par l'individu, de sa résidence en vertu d'un bail, quitte à bénéficier d'une intervention habituellement appelée support communautaire (Jetté et alii, 1998). Notons, au point de départ, que le logement locatif, qu'il s'agisse d'une chambre ou d'un appartement, peut se présenter sous des formes ou des statuts différents. Il peut être privé et disponible aux individus selon les règles du marché. Il existe aussi comme propriété publique, soit sous forme de foyer d'accueil, soit comme habitation à loyer modique (HLM). Le logement locatif se retrouve aussi sous le statut de la coopérative de logement ou encore de l'organisme à but non lucratif (OBNL), c'est-à-dire communautaire. Pour les distinguer du logement social, une expression utilisée avant tout pour les HLM, il vaut mieux désigner ces deux derniers types de logement comme le logement collectif. Cependant logement coopératif et logement communautaire spécifient encore plus précisément leur statut.

Sur le plan méthodologique, nous nous sommes inspirés de la méthode de collecte de données très généralement utilisée par le Collectif de recherche sur les innovations sociales en économie sociale, dans les entreprises et les syndicats (CRISES) (Comeau, 1996). Les informations ont été recueillies dans les archives de la Maison Réalité et du ROCSMO d'abord, puis à partir d'entrevues effectuées auprès d'intervenants de ces deux organisations et du projet des Habitations Nouveau Départ. Notre démarche visait à retracer, autant que possible, les positions officielles de la Maison Réalité et du ROCSMO, ainsi que la représentation que les intervenants véhiculaient de leur action.

Notre rapport rend compte, en tout premier lieu, de l'émergence de la Maison Réalité, de ses dimensions organisationnelle et institutionnelle et de son rôle dans l'apparition du ROCSMO. Ensuite, nous examinons le lien entre le ROCSMO et le projet des Habitations Nouveau Départ. Enfin, nous cherchons à cerner les possibilités d'innovation mises de l'avant avec ce projet des Habitations Nouveau Départ.

 

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