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Les centres communautaires de loisir (CCL) sont des organisations communautaires qui se démarquent par l'usage du loisir comme fondement de leur action. Au Québec, on compte une soixantaine de centres communautaires de loisir. Le cadre de référence partagé par 56 d'entre eux réunis dans la Fédération québécoise des centres communautaires de loisir (FQCCL) affirme qu'enracinés dans leur communauté locale, les CCL sont des organismes d'action communautaire autonome constitués à l'initiative des gens du milieu. Ils se donnent la mission de favoriser le développement intégral de la personne et la prise en charge des citoyens dans leur communauté locale, par le moyen privilégié du loisir, de l'action communautaire et de l'éducation populaire.
Les CCL abordent le loisir dans une perspective socio-récréative qui cible le développement des personnes, des familles et des communautés locales. On y est sensible au pouvoir du loisir comme agent de socialisation, agent de renforcement du lien familial et promoteur de la vie communautaire de quartier. Ils se distinguent ainsi du loisir municipal qui s'investit nettement moins de cette mission de vitalisation des familles et des réseaux de quartier. Les CCL, selon les contextes des milieux où ils sont enracinés, prennent en compte des problématiques sociales globales comme la crise de l'emploi, la transformation des modèles familiaux, le décrochage scolaire et social masculin, les nouvelles formes de précarité et de pauvreté (Fréchette 2000).
1.2 Le caractère communautaire et la finalité sociale des CCL comme entreprises de loisir.
Les CCL, comme plusieurs organisations communautaires, ont été impliqués dans les débats socio-politiques des années quatre-vingt-dix sur la redéfinition du secteur communautaire, son apport social et sa valeur économique. Le débat sur l'action communautaire autonome se situant dans le cadre de la Création du Secrétariat à l'action communautaire autonome (SACA) créé par le Gouvernement du Québec en 1995. Celui sur l'économie sociale se situant dans le cadre du Sommet sur l'économie et l'emploi de 1996 ayant donné naissance au Chantier de l'économie sociale, organisation de promotion et de développement de l'économie sociale.
En ce qui a trait à la dimension communautaire des CCL, le SACA reconnaît maintenant les CCL dans la catégorie " Organismes d'action communautaire autonome de soutien social ou de soutien aux milieux de vie››. Le rapport À propos de la spécificité des centres communautaires de loisir (Fréchette 2000), indiquait clairement, quant à lui, comment l'action communautaire est au cœur de l'action des CCL. Ceux-ci affichent un savoir faire quant à l'organisation des ressources d'un milieu, quant au renforcement des processus de démocratisation, quant au développement de services en réponse aux besoins des populations. Par l'intermédiaire du loisir et de stratégies d'organisation communautaire, ils effectuent un travail de vitalisation des réseaux sociaux et de développement de services de proximité dans les quartiers ou villes où ils s'activent.
Les CCL, en tant que services de proximité, participent du développement social. Dans le langage de l'économie sociale, on dirait qu'il s'agit d'entreprises d'utilité sociale. C'est d'ailleurs en ces termes qu'en parlait Nancy Neantam, présidente du Chantier de l'économie sociale, au Forum québécois du loisir de 1999. Reconnaissant un statut d'employeur important aux entreprises de loisir et de tourisme social, elle en réaffirmait avec conviction la valeur sociale et économique.
White (2002) mentionne que lorsqu'un organisme s'engage dans le processus de l'embauche de personnel pour produire des biens et services qui seront vendus sur le marché, on perçoit qu'il a une mission économique, même si sa raison d'être n'est pas clairement la maximisation des profits. Les CCL participent de ce courant entrepreneurial pour développer autrement le quartier, la ville, la région. Autrement, au sens de différemment du secteur privé ou du secteur public. Les Américains et les Anglais parlent d'un Tiers secteur pour nommer ce courant émergent. Au Québec, on réfère au mouvement communautaire ou associatif, à l'économie sociale ou solidaire, ce qui, en quelques chiffres, représente au moins 125 000 emplois (en excluant le mouvement Desjardins) dans près de 10 000 organisations et entreprises. Environ 5000 d'entre elles produisent et vendent des biens et services et 5000 constituent des sources d'entraide et d'action communautaire. L'entreprise d'économie sociale se reconnaît à quatre grandes caractéristiques : - l'autonomie de gestion, - le fonctionnement démocratique, - la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des surplus et des revenus , - la participation, prise en charge et responsabilité individuelle et collective. (Vaillancourt et Favreau 2000, Neantam 2002, Defourny et al. 1999)
1.3 Une recherche scrutant deux angles de la configuration économique des CCL en tant qu'entreprises d'économie sociale
La finalité sociale des CCL a été décrite par Fréchette (2000) dans une analyse qui fait consensus tant à la FQCCL qu'au SLS, au Chantier de l'économie sociale et au Conseil québécois du loisir (Vaillancourt 2003). On ne peut cependant isoler la mission sociale d'une organisation des conditions de son exercice au sein même de l'organisation. Dans cette optique, le Chantier de l'économie sociale avance souvent l'idée que les entreprises d'économie sociale doivent créer de bons emplois et fournir un environnement habilitant socialement. La configuration économique des CCL semble, sous cet angle, encore peu documentée. Dans le cadre des activités de l'ARUC en économie sociale, à l'initiative de Lucie Fréchette, une équipe de chercheurs composée de Guy Bellemare, Louise Briand et Lucie Fréchette a conçu le projet d'étudier cette configuration économique sous l'angle des pratiques de gestion et sous l'angle des pratiques comptables. Le projet a été réalisé en partenariat avec la FQCCL et le SLS du Gouvernement du Québec.
Notre étude explore la gestion des ressources humaines (GRH) en CCL et amorce une comparaison avec des pratiques d'autres types d'entreprises ou avec les pratiques proposées dans les manuels de GRH. Pour l'étude des deux thèmes (Emploi et pratiques comptables) nous avons utilisé un même échantillon. Il compte 23 CCL choisis à partir de critères de représentativité. On y trouve des CCL des trois catégories établies par Fréchette (2000) à savoir des patros, des centres d'éducation populaire et des centres qualifiés de néo-communautaires. On y trouve des CCL de milieu urbain et de milieu semi-urbain et rural de huit régions (Saguenay-Lac St-Jean, Capitale nationale Québec, Mauricie, Estrie, Outaouais, Centre du Québec, Montérégie). Parmi les CCL, 21 étaient membres réguliers de la FQCCL, un membre en probation et un non fédéré. Les méthodes de recherche ont été la recherche documentaire, le questionnaire, l'analyse financière, le recours occasionnel à des informateurs clé.
Le questionnaire appliqué sous forme de sondage postal a été le principal instrument de recherche pour l'étude de l'emploi. Les pratiques comptables ont été étudiées à partir de la documentation classique (états financiers et rapports annuels) et à partir d'un sondage postal. Le questionnaire abordant la question de l'emploi vise à dresser un premier portrait de la gestion des ressources humaines dans les CCL, à en connaître les politiques et pratiques existantes. L'élaboration du questionnaire repose sur les besoins exprimés par la FQCCL et sur des questionnaires élaborés pour des enquêtes dans d'autres types d'entreprises. Ces études sont identifiées en référence. Le questionnaire comporte quatre parties : 1- la gestion générale des CCL, 2- la gestion des ressources humaines (évolution, dotation, formation, organisation de la GRH, gestion du rendement, rémunération), 3- les relations de travail, 4- les conditions de travail des salariés et des bénévoles. Il compte 49 questions et des sous-questions, dont quelques questions ouvertes. En ce qui concerne l'étude des pratiques comptables, nous avons utilisé les rapports annuels, les états financiers, les formulaires du programme d'aide financière 2001-2004 du SLS et les protocoles d'ententes. Nous y avons examiné notamment les actifs et les sources de revenus dont disposent les CCL et les diverses obligations auxquelles ils sont soumis en matière de reddition des comptes. Le traitement des données a été effectué par compilation dans un chiffrier électronique. Finalement, un sondage postal a fourni de l'information additionnelle sur la valeur marchande ou assurable des actifs immobilisés.
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