Organisation communautaire


Assogba, Yao (2008). La longue marche des Noirs Américains pour la liberté et l’égalité. Le Devoir, mercredi 22 octobre 2008, page A9


Qu’on le veuille ou non, moins de 150 ans après l’abolition de l’esclavage, la candidature et l’élection probable (ou possible), de Barack Obama, un Africain-Américain, à la présidence des Etats-Unis renvoient historiquement et sociologiquement à la question de la race. En effet, aujourd’hui Obama est le symbole vivant de la longue marche des Noirs Américains pour la liberté et l’égalité, dont il est à propos de rappeler la mémoire de quelques grandes figures à travers les temps.

Grands Afro-Américains de la lutte pour la liberté et l’égalité Frederick Douglas (1818-1895) né esclave fut l’un des grands des abolitionnistes du XXième siécle.. Après avoir essayé par diverses voies de s’affranchir, il devient libre en 1840. Il découvre Liberator, le terrible hebdomadaire abolitionniste du temps, dont la lecture assidue lui a donné une « assez juste idée des principes, des actions et l’esprit de la réforme antiesclavagiste. Cette cause devient la mienne » (Mémoire d’un esclave, 2004). En 1839, Douglas joint les rangs de Liberty Party, le premier parti politique antiesclavagiste américain (obtient 7069 voix en 1840 et 63 300 en 1884 aux élections présidentielles) dont il devient le grand orateur. En 1863 Abraham Lincoln promulgue la Proclamation d’émancipation selon laquelle les « esclaves des régions en rébellion sont libres ». Douglas fut le principal artisan du 15ième amendement à la Constitution qui accorde le droit le vote aux Noirs Américains. Douglas fut aussi un grand antiségrégationniste dans les écoles ainsi qu’un promoteur des droits des femmes. D’ailleurs, il meurt en 1895 en rentrant chez lui après avoir prononcé un discours au National Council of Women à Washington.

William Edward Burghardt Du Bois (1868-1963)
William Edward Burghardt Du Bois (W.E.B Du Bois) est né à Great Barrington au Massachussets le 23 février1868, soit 5 ans après la promulgation de l’émancipation légale des esclaves, Il a ses études en sciences sociales aux Etats-Unis (Fisk et Havard) et à l’Université de Berlin (1888-1892). Ses trois études fondamentales sur la suppression du commerce des esclaves (1896), la question des Noirs aux Etats-Unis (1898) et les conditions de vie des Noirs à Philadelphie (1899) ont constitué le fondement de sa lutte pour l’amélioration des conditions socioéconomiques et des droits civiques des Noirs Américains. En 1910 Du Bois devient membre en 1910 de l’Association nationale pour l’avancement des gens de couleurs (NAACP l’acronyme anglais de The National Association for the Advancement of Colored People). De 1915 à 1935 Du Bois devient le directeur et l’éditorialiste principal de The Crisis, la revue officielle du NAACP. The Crisis devient très tôt la revue la plus lue et la plus influente politiquement chez les Noirs. Du Bois à Accra (Ghana) en 1963 à l’âge vénérable de 95 ans en travaillant sur un vaste projet d’une encyclopédie consacrée au peuple africain : Encyclopedia Africana

Rosa Parks (1913-2005)
Rosa Louise McCauley Parks née le 4 février 1913 à Tuskegee en Alabama. symbolise la lutte héroïque des femmes Noires américaines contre la ségrégation raciale. Simple couturière, cette femme noire est devenue politiquement célèbre lorsque en 1955 elle eut le courage de refuser de céder sa place à un homme Blanc dans un bus à Montgomery en Alabama. Son arrestation par la police et l’amende qu’on lui a infligée donne naissance, sous l’égide de Martin Luther King, alors jeune pasteur de 26 ans, à un mouvement de protestation et une campagne de boycott de plus d’un an contre la compagnie de bus. En novembre 1956, la Cour suprême des Etats-Unis met fin à la ségrégation raciale dans le bus et la déclare inconstitutionnelle. Rosa Parks devient la « mère » du mouvement pour les droits civiques. Elle meurt en octobre 2005. Après son décès, la classe politique des Etats-Unis lui a rendu un hommage.


Martin Luther King (1929-1968)
Pasteur baptiste afro-américain, Martin Luther King Jr est né à Atlanta le 15 janvier 1929. Influencé par les idées de l’écrivain de Thoreau sur l’efficacité sociale et politique de la lutte active non-violente Martin Luther King fait, aux côtés des leaders du NAACP, de la désobéissance civile et de la non-violence de puissantes armes contre la ségrégation raciale et pour les droits civiques des Noirs Américains. En août 1963 il est à la tête de la marche sur Washington contre la discrimination raciale et pour l’égalité des droits civiques. C’est à l’occasion qu’il a prononcé son discours historique I have a dream (j’ai un rêve) : « Nous ne pourrons être satisfait aussi longtemps qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits et ne le serons jamais, tant que le droit ne jaillira pas comme l’eau, et la justice comme un torrent intarissable ». Le président John F. Kennedy acquiesça à l’essentiel des revendications du mouvement. Mais JF Kennedy sera assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas. Et c’est le président Lyndon B. Johnson qui signera la loi américaine des droits civiques en 1964 instituant
l’égalité des droits pour tous les Américains et interdisant toute discrimination raciale sur la place et la loi qui donne le droit vote aux Noirs (1965). Martin Luther King reçoit le prix Nobel de la Paix en 1964. Il est assassiné le 4 avril 1968 à Memphis et se voit décerner à titre posthume la Médaille présidentielle en 1977 par le président Jimmy Carter.


Obama : ce n’est pas la Fin de l'Histoire
Quand Barack Obama naissait le 4 août 1961, la plupart des Noirs ne votaient pas aux États-Unis. C’est dire la longue marche des Noirs pour la liberté et l’égalité. Obama candidat ou président démocrate élu à la Maison-Blanche témoigne certainement de l’évolution des mentalités par rapport à la question raciale aux Etats-Unis. Mais attention ! Ce n’est pas et ce ne sera pas la Fin de l’Histoire. Alan Berger du Boston Globe parle du « racisme latent » qui demeure une grande inconnue de l’élection présidentielle du 4 novembre prochain. Par ailleurs, le fait qu’un Afro-Américain devienne président ne serait pas synonyme de progrès pour l’ensemble de la communauté noire aux Etats-Unis. Mais cela s’appelle l’espoir. Et c’est déjà beaucoup.

 


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