Cadre historique: évolution du marché du travail et des politiques publiques de lutte contre le chômage au Québec et au Canada .
1.1. Marché du travail et dualisation.
Le Canada et le Québec en particulier connaissent des taux de chômage dépassant les 10% depuis nombre d'années . De plus, dans certaines villes, le taux de chômage peut dépasser les 15%. Les jeunes constituent le groupe social le plus touché (18 à 20%). En outre, on assiste à une forte baisse du taux d'activité depuis 1990: fin 1995, pour l'ensemble canadien, il n'est que de 65.3% et pour le Québec que de 62.2%.
Mais surtout le chômage tend à changer de nature: au début des années 90, on trouve quatre fois plus de sans-emploi qu'il y a 30 ans (4.6% en 1966 contre 12.2 % en 1995); ces derniers demeurent sur le chômage trois fois plus longtemps (six mois aujourd'hui plutôt que deux). De même, les prestataires de la sécurité du revenu sont majoritairement aptes au travail, constituant ainsi le bassin principal des chômeurs de longue durée . Ce sont également des jeunes trois fois sur dix. Par rapport aux années 60, c'est une inversion complète eût égard à la capacité de travailler et à l'âge.
Même si la part de la production manufacturière dans le PNB se maintient autour de 20%, la perte d'emplois a tendance à s'installer dans le secteur manufacturier et dans la grande entreprise en général alors que la création d'emplois apparaît plutôt dans le secteur des services et dans les petites entreprises sous la forme d'emplois à temps partiel. De 1980 à 1992, 84,000 postes de travail sont disparus dans la grande entreprise mais 294,000 emplois nets ont été créés dans la même période par les petites (de 1 à 49 employés) .
En même temps, l'endettement de nos deux paliers de gouvernement continue. Pour l'exercice 1993-1994, le déficit du gouvernement fédéral (canadien) a atteint $41 milliards (CDN) et la dette accumulée au terme de cette année-là est de $504.6 milliards. À ce déficit structurel où l'intérêt sur la dette correspond pratiquement au déficit annuel, il faut ajouter les déficits et dettes des gouvernements provinciaux (le Québec a un déficit de $5.7 milliards cette même année et une dette de $167.1 milliards).
À la marge de manoeuvre de plus en plus restreinte de nos deux gouvernements se jouxte une crise de légitimité de l'État et de ses dispositifs de régulation sociale (en matière de santé, de services sociaux, d'éducation...). Au Québec, loin d'avoir empêché la dualisation sociale et géographique de la société, l'État-providence, en raison notamment de la centralisation de ses décisions et services, a même été identifié par certaines études comme l'une des causes de cette dualisation (CAS,1989). De telle sorte que les citoyens attendent de moins en moins de solutions en provenance des pouvoirs publics, que ce soit pour relancer l'économie ou pour répondre aux nouveaux besoins dans le domaine social.
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