SUCO au Mali

Un développement local…et régional ou la "fusion municipale"
à la manière malienne

CLAUDE GILES, conseiller en développement des collectivités
ADAMA MARIKO, coopérant SUCO, Mali

Le village de Sanankoroba au Mali est jumelé au village de Ste-Élisabeth de Lanaudière depuis 1985. Devant le dynamisme et les changements observés chez la population du village de Sanankoroba par la soixantaine de villages de l’arrondissement du même nom, les demandes fusent de toute part auprès du comité de jumelage " Benkadi " (Bonne entente) de Sanankoroba ; tous les villages de l’arrondissement réclament leur village du Canada pour y être jumelés et s’engager ainsi sur la voie du développement.

Le hasard, qui n’existe pas et pourtant qui fait si bien les choses, veut que le responsable de l’ONG canadienne SUCO (Solidarité, Union et Coopération) au Mali soit un ressortissant de Ste-Élisabeth et un des artisans du jumelage entre les deux villages. Le Benkadi se saisit de cette opportunité pour demander à l’ONG SUCO d’expérimenter dans d’autres villages la pratique de développement local qui découlait de son jumelage avec Ste-Élisabeth.

C’est ainsi qu’à partir de 1993 quatre (4) villages de l’arrondissement, accompagnés par SUCO, s’engagèrent sur une nouvelle voie du développement tracée par la population de Sanankoroba, " Ce village malien qui stupéfie le monde " titrera Le Monde Diplomatique dans son édition du 2 août 1996. Le succès de cette expérimentation fut tel qu’en 1998, l’enthousiasme gagna les soixante (60) villages de la circonscription administrative de l’époque. Spontanément ils se retrouvaient chaque premier dimanche du mois sur la place de Sanankoroba dans un forum inter villageois, afin d’échanger sur leurs pratiques et préoccupations de développement.

Il a fallu attendre l’an 2000 pour que ce forum inter villageois, nommé " BEN BA " (la grande entente), se structure plus formellement et envisage des actions collectives. Accompagné de l’équipe SUCO, majoritairement constituée de ressortissants de Sanankoroba, et artisans de cette nouvelle démarche de développement, le BEN BA s’engage alors dans une analyse conjoncturelle minutieuse sur les plans organisationnel, politique, communicationnel, social et économique.

Il faut savoir que le contexte politique du Mali était alors en profonde mutation. En 1992, naissait la troisième république après l’indépendance avec un gouvernement démocratiquement élu par l’ensemble de la population. Le projet politique majeur, et défi ambitieux de ce nouveau gouvernement, consistait à mettre en place les outils et structures pour une décentralisation des pouvoirs administratifs et politiques au niveau local. Le même " hasard " a voulu qu’en cette année 2000 les 11,000 villages du Mali soient regroupés en quelque 700 communes rurales avec des conseils communaux élus au suffrage universel dans chacune d’elles.

Voilà comment les populations des soixante villages de l’arrondissement de Sanankoroba ont investi unanimement le BEN BA, en tant qu’organe de la société civile, de la mission de promouvoir le développement économique, social, culturel et environnemental des communes de Sanankoroba, Dialakoroba et Bougoula, en complémentarité avec les élus communaux. Du même souffle, le BEN Ba adoptait la philosophie des comités villageois qui le constituaient, soit de contribuer à la valorisation des ressources du milieu, et au besoin, à faire de l’aide extérieure un appoint au développement de la zone.

Le BEN BA a mis en place un conseil d’administration composé d’un représentant et d’une représentante de chacun des soixante (60) villages et d’un élu de chacune des trois communes. Un exécutif constitué de 53 représentants dont 19 femmes et les 3 maires des communes a été constitué. À l’instar des comités villageois, le BEN BA a orienté ses actions prioritairement sur le développement économique. C’est ainsi qu’en avril 2002, cinquante et un (51) villages mobilisèrent une premier capital de développement régional de 12 750 000f cfa (400f cfa/$can.) à partir d’une contribution de 250 000f cfa par village. Dans le cadre d’un programme d’appui au développement économique régional du Mali, SUCO, sur financement de l’ACDI (Agence Canadienne de Développement International), a ajouté 50 000 000f cfa au capital initial.

Cette somme totale a permis au BEN BA d’initier de nouvelles actions économiques dans la zone, en soutenant entre autres, la culture du coton. En mai 2003, ce capital de 62 750 000f cfa a rapporté au BEN BA un intérêt de 6 275 000 f cfa. Dans cette même année, 4 nouveaux villages adhérèrent et contribuèrent au fonds régional de développement.

Le BEN BA a également mis en place au niveau de chaque commune une structure communale jouant le rôle d’interface, et permettant aux élus et aux populations des villages de se rencontrer et d’échanger sur le devenir de leur commune. À titre d’exemple, le comité de gestion du centre de santé communautaire de Sanankoroba rend compte de sa gestion à la structure communale, qui à son tour alimente les élus, éclairant ainsi ces derniers sur toutes décisions à prendre par rapport au centre de santé.

Pour les populations des soixante villages de l’arrondissement de Sanankoroba, le village demeure aujourd’hui le lieu d’appartenance et d’investissement privilégié à travers les comités villageois pour une véritable prise en charge du processus de développement dans une approche de développement local. Ensemble, au sein du BEN BA, elles nourrissent l’ambition de faire du citoyen l’auteur et l’acteur principal de son développement en constituant, dans chacune des trois communes, un espace d’expression démocratique permanent soutenant ainsi les élus dans l’exercice de leur mandat et leur permettant de rendre compte de leur gestion des affaires de la commune. Aujourd’hui, une quarantaine d’autres villages et quartiers urbains du Mali sont accompagnés par SUCO dans cette même démarche.

 

 
 
 

Source:

FAVREAU, L. (dir.) avec la collaboration de Y.Assogba, R.Machado Carrion A.Salam Fall, L.Fréchette, C.Giles, J. Jobin, G. Larose, A. MariKo, H.Ortiz, N.Thede et D.Tremblay (2003), Le SUD…et le NORD dans la mondialisation : quelles alternatives?, CRDC, Université du Québec en Outaouais (UQO), numéro spécial hors-série, 31 pages.


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