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Les cuisines collectives au Pérou

Les premières cuisines collectives péruviennes ont vu le jour vers la fin des années 1970. Le pays faisait alors face à une grave crise économique, à un pauvreté généralisée et à une économie informelle grandissante étant donné l'instabilité politique et la désindustrialisation du pays. En 1978, le Pérou a connu des grèves prolongées et pour nourrir les travailleurs en grève, des organisations ont mis sur pied des " ollas comunes " (marmites communes) qui sont, ni plus ni moins, les ancêtres directes des cuisines collectives. Ces dernières ont été mises sur pied par des organisations d'entraide communautaire et de voisinage de même que par des groupes de citoyens, par des ONG et des partis politiques. Au fil des ans, le mouvement prit de l'importance à un point tel qu'en 1991, on en comptait déjà plus de 7 000 !

Les cuisines collectives font d'abord partie d'une stratégie de survie communautaire qui repose sur l'échange de services, de ressources humaines (les femmes) et de techniques (les ustensiles, la nourriture). Elles peuvent être conçues spécifiquement pour les enfants ou pour l'ensemble des membres des familles.

Ce qui caractérise les cuisines collectives péruviennes, c'est le fonctionnement démocratique qui y prévaut. Les dirigeantes sont élues et dans la plupart des cas, il s'agit de femmes qui ont déjà l'expérience de telles organisations (groupes de femmes, de voisins, etc.). Elles font partie du comité de direction qui représente la cuisine au niveau local. À l'intérieur des cuisines, le travail est planifié en tenant compte des réalités familiales et sociales des membres et se fait en équipe et par rotation des tâches.

Le principal objectif des cuisines collectives est bien sûr de contrer la faim mais ce n'est pas le seul but. Leurs retombées sont nombreuses, en voici quelques exemples. D'abord, leur principe d'autogestion permet aux familles de se prendre en charge et de ne plus être dépendantes. Elles permettent également l'achat d'aliments en grosse quantité et donc, la réduction des coûts rattachés à l'alimentation familiale. Ensuite, leur organisation permet aux femmes d'avoir un travail à l'extérieur de la maison et parallèlement, certaines femmes démarrent des petites entreprises connexes (boulangerie, restaurants populaires) qui leur sont source de revenus supplémentaires. D'autre part, les cuisines collectives sont un lieu de rencontre pour la communauté, elles sont un lieu où se pratique l'éducation populaire et où les femmes organisent des ateliers sur la nutrition, la vie de couple, la vie familiale etc. Les cuisines favorisent l'organisation des communautés, les regroupements pour les revendications politiques et la conscientisation en ce qui a trait aux enjeux nationaux. Finalement, elles permettent aux femmes de sortir de la sphère privée et de rompent avec les modèles traditionnellement établis.

Les cuisines collectives sont appuyées par des ONG du Nord et des organisations péruviennes. Les partenaires d'Europe ou d'Amérique du Nord fournissent parfois de l'équipement technique et 50% des produits de base sont fournis par l'aide alimentaire.

L'expérience des cuisines collectives du Pérou a été une solution novatrice et originale pour atténuer les effets de la pauvreté des communautés. Il s'agit d'un projet qui ne cesse de se répandre, autant à l'intérieur des frontières péruviennes qu'au Nord, où elles sont de plus en plus présentes. Elles ont été source d'inspiration pour les cuisines collectives québécoises, lesquelles ont d'ailleurs des liens réguliers avec celles-ci.

Pour en savoir plus:

FRÉCHETTE, Lucie (1997). Les cuisines collectives du Pérou: un itinéraire de 20 ans. Centre d’étude et de recherche en intervention sociale (CÉRIS), GPS.4. UQO, 25 pages.

FRÉCHETTE, Lucie (2000), Entraide et services de proximité. L'expérience des cuisines collectives, Presses de l'Université du Québec, Sainte-Foy, 185 pages.

FRÉCHETTE, Lucie (1998), Les cuisines collectives du Pérou: 20 ans d'entraide et de développement solidaire, Économie et solidarité, Vol. 29, no. 2, pp.124-139.


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