La
Red global de trueque (Réseau global
du troc) (Argentine)
La
" Red global de trueque " en Argentine est un
réseau qui regroupe les noyaux locaux
et régionaux de troc dans le pays. Il
s'agit de groupes de personnes qui échangent
des produits ou des services en utilisant une
monnaie sociale.
La mise sur pied du premier Club de troc en
mai 1995 à Bernal, province de Buenos
Aires, est la réponse des groupes de
base de la société civile en quête
de formes qui leur permettent de survivre dans
des conditions de chômage jamais vues
auparavant dans ce pays. Le groupe promoteur
avec des racines dans le mouvement écologique
cherche à concilier écologie et
autosubsistance débutant par un premier
échange de citrouilles, surplus du potager
d'un voisin. Une vingtaine de voisins s'embarquent
alors dans une première expérience
de troc qui cherche à construire le bien-être
dénié aussi bien par l'État
que par le marché du travail.
Les clubs de troc permettent l'amélioration
de la qualité de vie de milliers de familles
qui peuvent offrir et consommer des produits
ou des services (produits de potager, aliments,
tissus, artisanats, services d'impression, d'enseignement
de langues, de plomberie, d'ébénisterie,
etc.) sans avoir besoin d'argent. La dynamique
de ces marchés contribue aussi au développement
de micro-entreprises qui cherchent une place
dans le marché formel. Un système
de micro-crédit en monnaie social a déjà
été mis sur pied pour aider ces
entrepreneurs (Programa de micro-crédito
en moneda social).
Depuis le début du premier club de troc,
le réseau a pris de l'essor impliquant
de plus en plus d'acteurs dans des partenariats
originaux :
a)
avec l'État à travers la participation
des universités publiques dans le processus
d'évaluation de l'expérience,
dans l'acceptation de paiements des services
en monnaie sociale (certaines municipalités
comme celle de Gaiman) et dans toute autre
forme de soutien fournit à cette initiative.
b) avec le secteur privé par le soutien
prêté par des entreprises et
les médias (Valot, Journal " Segunda
Mano ", etc.).
c) avec la société civile à
travers les consommateurs et les producteurs
(" prosumidores ") qui participent à
des échanges.
Aujourd'hui,
on dénombre en Argentine plus de 500
clubs de troc impliquant plus de 230 000 personnes
gérant des transactions pour environ
deux millions de dollars américains.
Le
troc (ré)invente la fonction de la monnaie
mais il est libre des vices que le capitalisme
n'a pas réussis à éradiquer
(Primavera, 2000).
Bien
que cette expérience ne soit pas unique
dans son genre puisqu'on retrouve des instruments
monétaires à la marge de la monnaie
nationale (monnaies parallèles) dans
tous les pays, la vitesse à laquelle
elle se développe et l'envergure qu'elle
a prise en Argentine dans un premier temps et
dans d'autres pays de l'Amérique latine
par la suite, suscite beaucoup de questions.
Les
promoteurs du réseau, militants de base
et intellectuels sympathisant avec la cause
s'interrogent sur le potentiel et l'évolution
de ce réseau : S'agit-il d'un système
d'inclusion social à long terme ? Pourrait-il
aider les chômeurs à accéder
à une pleine occupation à travers
le réseau sans disposer de l'argent ni
de crédit mais seulement leurs propres
habilités et connaissances ? Quelle serait
l'articulation avec le marché et avec
le système des taxes et impôts
à l'échelle nationale ?
Ce
type d'initiative s'inscrit dans une économie
solidaire et ouvre des espaces plus grands aux
acteurs de la société civile,
elles ouvrent la porte à de nouvelles
formes de gouvernance locale, elles cherchent
des solutions économiques à visée
sociale, de nouvelles formes de solidarité,
de proximité, de capital social
Elle permet, enfin, une démocratisation
de l'économie.