Au départ,
pour aborder la question de la gouvernance mondiale, il faut saisir
la notion de mondialisation. Il convient donc de faire dabord
quelques distinctions, et en premier lieu, en quoi cette notion de
mondialisation se différencie des notions dinternationalisation
et de globalisation. Linternationalisation a trait aux échanges
entre les nations et aux relations qui en résultent, la mondialisation
est lextension de ces relations à léchelle
du monde et la globalisation est lémergence dun
système-monde par delà les échanges internationaux
et la mondialisation, autrement dit une intensification de linterdépendance
entre les nations. Cependant, comme lexpression «mondialisation»
est la plus couramment utilisée, cest elle qui nous sert
généralement en considérant comme proposition
principale : 1) que la décennie 90 a modifié substantiellement
la donne avec la montée du néo-libéralisme; 2)
que linterdépendance entre les nations de la planète
entière sest accrue considérablement en seulement
une décennie; 3) que, dans la période actuelle, les
mutations en cours sont à la fois des menaces et des opportunités;
4) que la mondialisation est faite de tendances mais aussi de contre-tendances.
Une fois établie cette première distinction, il convient
également de distinguer les registres sur lesquelles opèrent
cette mondialisation : économique, politique et culturel. Or
ce qui apparaît majeur en ce début de millénaire
cest à la fois le saut qualitatif et la simultanéité
du nouveau souffle de la mondialisation sur les trois registres. En
effet, la mondialisation, quon peut définir simplement
comme étant léchange entre les peuples
aux plans économique, politique et culturel : échange
égal ou inégal; donnant lieu à des relations
internationales de coopération ou de conflit; échanges
donnant lieu à une plus ou moins grande interdépendance.
Or, sur une période très courte, grosso modo la décennie
90, les trois registres déchange se sont radicalement
et simultanément modifiés.
Dabord, au plan politique, les années 90 marquent
la réouverture dune question fondamentale : quelle gouvernance
mondiale? La mondialisation, cest dabord la fin dun
ordre géopolitique, lordre auquel avait donné
lieu le grand combat du 20e siècle entre le capitalisme et
le communisme. Symbole de la fin de cet ordre : la chute du mur de
Berlin (1989). Fin de quelque chose, fin des pôles existants
depuis plus de 70 ans (la Révolution russe), et/ou fin de 40
ans de guerre froide entre lUnion soviétique et les États-Unis,
dans et hors de lONU, hors de lONU et avec elle (1950-1990).
Mais cest aussi le commencement dautre chose. La question
forte qui souvre alors, cest celle de gouvernance mondiale.
Tout est requestionné à cette échelle: comment
gérer les conflits entre nations? Comment relancer le développement
des pays les plus pauvres (les PMA)? Quel rôle attribué
à lONU et à ses institutions politiques multilatérales
(PNUD, UNESCO, OMS, OIT
)? Le 11 septembre et ses séquelles,
la découverte dun nouveau terrorisme (plus virulent,
plus organisé au plan international, plus ramifié dans
nombre de pays et dinstitutions
) et la main mise des États-Unis
sur la gestion de ces conflits
nont fait quamplifier
le problème.