Qu'est-ce que la psychoéducation?
(Ce texte est extrait d'un projet de nouveau
programme de maîtrise élaboré conjointement
par l' Université du Québec
en Outaouais et l' Université
du Québec à Trois-Rivières ).
La psychoéducation existe comme profession distincte
au Québec depuis 1969. La préoccupation d'alors
était de combler un besoin urgent d'intervention auprès
d'enfants présentant des troubles affectifs graves
et à qui les services existants n'apportaient pas de
traitement adéquat. Presqu'en même temps, un
autre besoin pressant surgissait, celui de fournir des mesures
d'intervention à des adolescents délinquants
persistants âgés de 15 à 18 ans, jusque
là incarcérés dans les prisons d'adultes.
Cette profession s'est donc développée à
partir d'un modèle de formation étroitement
lié aux besoins et aux pratiques d'intervention des
milieux, entre autres Boscoville, dans la région de
Montréal.
Graduellement, les moyens d'intervention développés
se sont généralisés à une variété
de milieux (internats de rééducation, milieux
psychiatriques, centres d'accueil, centres de jour, foyers
de groupes, appartements supervisés, ressources communautaires,
milieu familial...), touchant une clientèle présentant
des difficultés d'adaptation très diversifiées:
jeunes enfants en difficulté, personnes présentant
un handicap physique ou mental, personnes du troisième
âge, adultes présentant des problèmes
psychosociaux spécifiques, tels l'alcoolisme, la toxicomanie,
la criminalité, la santé mentale, les troubles
d'adaptation ou d'apprentissage, adolescents à risque
de décrochage, suicidaires, délinquants, etc.
L'originalité de cette profession réside dans
la conviction que le vécu quotidien de ces personnes
offre des occasions privilégiées d'intervention,
et, par conséquent, l'intervention en situation
de vécu partagé devient la pierre angulaire
des développements ultérieurs. Cette originalité
a permis de développer un champ d'application spécifique
qui emprunte principalement ses bases théoriques aux
sciences de la psychologie (psychologie dynamique, psychologie
sociale) et de l'éducation (apprentissage). Cette intervention
implique l'établissement d'une relation d'aide
avec la personne, dans une perspective d'appropriation
et de compréhension de la problématique concernée.
Cette relation dépasse alors le simple accompagnement
pour devenir rencontre structurée, atelier d'apprentissage,
counseling et soutien à la réinsertion.
Ainsi, la psychoéducation traditionnelle a progressivement
fait place à une application plus systémique
et d'orientation plus communautaire. Le développement
de la psychoéducation scolaire et la désinstitutionnalisation
du réseau des affaires sociales ont favorisé
l'émergence d'une pratique professionnelle autonome,
misant sur l'expertise d'intervenants en milieu naturel et
communautaire en lien avec ce que de nombreux centres jeunesse
québécois appellent le "virage milieu". Parallèlement,
on observe l'accroissement de la pratique privée en
counseling psychosocial (soutien aux employés, médiation,
consultation auprès des familles, planification de
services, formation, évaluation). Actuellement, elle
est une profession en mouvance rapide, compte tenu des politiques
sociales, des mandats d'intervention à court terme,
du décloisonnement des champs de pratique professionnelle
et de la réglementation du champ des psychothérapies
au Québec.
La politique de la santé et du bien-être fait
état des nouvelles problématiques reliées
à l'adaptation sociale, à l'intégration
et à la santé physique ou mentale. Il y est
fait mention de problèmes familiaux (négligence,
abus), conjugaux (violence, monoparentalité), scolaires
(troubles de comportement, abandon), sociaux (toxicomanie,
itinérance, suicide) et communautaires (isolement des
âgés, pauvreté des régions et quartiers,
ghettos culturels, difficultés d'intégration
des personnes handicapées). Ces nouvelles problématiques
sociales exigent des stratégies d'intervention bien
différentes de ce qu'ont connu les professionnels des
années 60. Ces derniers intervenaient en institution
pour la plupart et les personnes en difficulté d'adaptation
étaient retirées de leur milieu pour être
soumises à des programmes assez bien définis.
Le professionnel contemporain travaillera dans la communauté,
avec des personnes à risque ou en difficulté
d'adaptation, certes, mais dans une perspective d'intégration
et non de retrait social. Ce professionnel doit être
plus autonome, capable d'analyser les besoins et de faire
un bilan ou un diagnostic, d'élaborer des programmes,
de les gérer, de les évaluer, et cela avec des
problèmes diversifiés (pauvreté, perte
d'autonomie, criminalité, déficience mentale,
violence, etc.). Son intervention préventive et curative
consiste à renforcer le potentiel des personnes, à
créer des environnements et des milieux de vie sains
et à utiliser et participer à la recherche dans
son domaine.
La formation des intervenants psychosociaux est actuellement
offerte au Québec à trois niveaux, soit au niveau
collégial, au premier cycle universitaire et au deuxième
cycle universitaire. Au niveau collégial, la formation
d'éducateurs spécialisés existe depuis
1967 et vise essentiellement à former des techniciens
professionnels de l'intervention psychosociale dans le domaine
de la prévention, de la rééducation et
de la réadaptation. Ces techniciens travaillent normalement
dans des milieux où il y a un encadrement professionnel.
La formation de techniciens en éducation spécialisée
a connu un essor considérable au cours des dernières
années. À quelques nuances près, le même
programme est présentement offert dans 22 collèges
de la province et on estime qu'environ cinq cent (500) techniciennes
et techniciens sont formés annuellement.
Au niveau du baccalauréat, on retrouve, d'une part,
des connaissances plus approfondies sur les clientèles
et le processus d'inadaptation personnelle et sociale et,
d'autre part, une formation clinique beaucoup plus poussée
qu'au collégial, en particulier en relation d'aide,
en observation clinique, en évaluation des besoins
de même qu'en planification de services.
Au niveau de la maîtrise, la formation professionnelle
habilite l'intervenant à faire, de façon autonome,
un bilan clinique, à concevoir, planifier, gérer
et évaluer des programmes d'intervention et à
effectuer des interventions de nature préventive ou
curative auprès des personnes, des familles ou des
groupes. Au plan de la formation fondamentale, le deuxième
cycle, même lorsqu'il demeure professionnel, offre à
l'intervenant une formation aux méthodes de recherche
et à la rédaction d'un écrit scientifique.
Le processus visant l'insertion de la profession de psychoéducateur
au sein d'un Ordre professionnel va accentuer le développement
de ce niveau de formation, lequel deviendra vraisemblablement
la voie d'accès à la profession. En effet, depuis
1992, l'Office des Professions cherche à mieux protéger
le public dans le domaine complexe des psychothérapies
et, à cette fin, demande aux Ordres existants d'examiner
l'intégration de praticiens non-membres d'un Ordre,
comme c'est le cas des 3000 psychoéducateurs du Québec.
Pour faciliter cette intégration et assurer une formation
plus adéquate, l'Association des Psychoéducateurs
du Québec (A.P.E.Q.) et le Regroupement des Unités
de Formation Universitaire en Psychoéducation (R.U.F.U.P.),
envisagent de faire de la maîtrise le seuil obligatoire
pour l'accès à la profession de psychoéducateur.
Un lien de parenté étroit a toujours existé
entre la formation en psychoéducation et la formation
en psychologie. Outre le facteur historique touchant l'origine
de la psychoéducation, ce lien est attribuable au fait
que les deux formations s'appuient sur des connaissances théoriques
communes et que les clientèles desservies par ces professionnels
ainsi que les problématiques rencontrées sont
souvent les mêmes.
Cependant, l'examen des programmes de formation montre que
la psychoéducation s'est peu à peu imposée
comme champ disciplinaire autonome et ceci apparaît
dans les curriculum universitaires, dans les approches évaluatives
et les stratégies d'intervention utilisées,
de même que dans les pratiques de recherche. Ainsi,
le psychoéducateur est formé à faire
de l'observation participante, à évaluer les
diverses formes de l'inadaptation psychosociale et à
intervenir directement auprès des personnes présentant
des difficultés d'adaptation en accompagnant ces personnes
dans les différents contextes de leur vie. De son côté,
le psychologue est formé à faire des évaluations
à partir d'instruments diagnostiques et à intervenir
dans le cadre de rencontres thérapeutiques classiques.
Du point de vue des pratiques de recherche en psychoéducation,
après avoir été grandement influencées
par les méthodologies de recherche utilisées
en psychologie, ces dernières s'en sont partiellement
éloignées au profit d'approches de recherche
utilisées en éducation et en sciences sociales,
en particulier l'élaboration et l'évaluation
de programmes d'intervention et la recherche en collaboration.
C'est pour ces raisons que la psychoéducation, dans
les universités québécoises, est souvent
une entité autonome au sein d'une faculté ou
d'un département. Présentement, cinq universités
québécoises offrent un programme de psychoéducation
: l' Université de Montréal
(école-département autonome), l' Université
de Sherbrooke (secteur dans un département d'éducation
spécialisée), l' U.Q.T.R.
et l' U.Q.O.
(départements autonomes) et l' U.Q.A.T.
(insertion dans un département des sciences du
comportement).
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